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Taekwondo: Wiet-Hénin veut "arriver avec toutes les armes bien chargées" au TQO

Magda Wiet-Hénin

Magda Wiet-Hénin - ICON Sport

Vendredi et samedi à Sofia (Bulgarie), l’équipe de France de taekwondo joue sa dernière carte pour qualifier des athlètes pour les Jeux olympiques de Tokyo. Des Bleus en formation réduite (quatre athlètes seulement) et des finales à atteindre pour récolter les précieux sésames. Cyrian Ravet (-58kg), Dylan Chellamootoo (-68kg), Althé Laurin (-73kg) et Magda Wiet-Hénin (-67kg). Wiet-Hénin, championne d’Europe 2020 se penche sur ce défi à ne pas manquer.

Magda Wiet-Hénin, vous n’avez pas obtenu la qualification au classement mondial à la fin 2019: depuis quand ce TQO est-il dans votre tête?

Cela fait un petit moment. En décembre 2019, je suis passée proche de la qualification par le ranking. Ça aurait été une grande satisfaction mais finalement il faut passer par cette date obligatoire du TQO. Ce tournoi a changé deux fois de date. Maintenant j’ai vraiment hâte qu’il arrive, d’aller chercher cette qualification et que cette étape soit derrière moi pour pouvoir se concentrer sur les JO. Depuis que Haby Niaré (championne du monde, d’Europe et médaillée d’argent olympique fraichement retraitée ndlr) m’a passé le flambeau des -67 kg, je pense aux JO. Ça se concrétise avec ce TQO. Lors des championnats d’Europe (3e) c’était difficile de se mettre dedans car je me projetais déjà sur le TQO, alors qu’il y avait la possibilité d’aller chercher un titre. C’était confus.

Les quatre qualifiés et leurs partenaires se sont réunis à Bugeat (Corrèze), au calme pour réussir cette mission délicate...

On est un collectif réduit pour se protéger du Covid, avoir un test négatif afin de prendre l’avion pour Sofia. On est avec nos partenaires d’entraînements, motivés, qui nous aident. On a l’envie d’aller chercher quatre quotas. Le matin, c’est technique, et l’après-midi, physique. Avec les partenaires, on travaille sur des profils d’adversaires ou avec le plastron électronique. Avec la liste des qualifiées, c’est important de se préparer en fonction des adversaires. En tant que tête de série numéro 1, je pense que les filles vont m’avoir étudiée au maximum. C’est un enjeu supplémentaire. On se prépare bien pour ne pas avoir se surprise, on veut connaitre toutes les filles et ne pas partir en se disant "je suis numéro 1, la qualification est dans la poche". On a beau connaitre ce que fait l’adversaire, il faut faire le taf sur l’aire de combat, focus sur soi.

Pour cette échéance, faut-il rester sur ce qui a fonctionné ou essayer de surprendre?

Il faut faire un compromis. Si je peux gagner en faisant ce que je maîtrise, c’est bien. Si besoin, on sortira la petite technique qu’on travaille en plus avec le coach. On essaiera de s’adapter. Le schéma le plus positif serait de ne pas faire quelque chose de nouveau et de rester sur mes techniques fortes. Si je peux poser mon jeu comme je le souhaite, ça sera cool. S'il y a besoin d’aller au charbon, on ira et on tentera quelque chose d’un peu plus fou.

En 2016, votre coéquipier et compagnon Dylan Chellamootoo avait participé au TQO et s’était incliné au deuxième tour...

En 2016, je suis allée le voir à Istanbul. C’était vraiment impressionnant. Il n’a pas pu saisir l’opportunité d’aller aux JO. Il m’a dit que ce qui faisait la différence, c’est d’être détendu, celui qui sera le plus relâché sera celui qui pourra se lâcher. On essaie de faire une bonne préparation pour ensuite n’avoir plus qu’à lâcher les jambes. Lors de ma préparation mentale, je me dis que dans ce TQO, je serai à mon plein potentiel physique et mental, que j’arriverai avec toutes mes armes bien chargées. Et si je peux arriver comme ça, personne ne me prendra mon quota.

Comment est votre mère Valérie, ancienne championne, par rapport à cet évènement?

Elle me laisse de l’espace. D’habitude, elle me demande tous les jours comment je vais. Là, elle me laisse entamer la conversation. On fait quelques Facetime, elle essaie de me relâcher si je doute un peu, elle va me dire "ma fille t’es la plus forte". Ici à Bugeat, il n’y a rien, on reste dans le centre... alors elle me sort du taekwondo

Pouvez-vous présenter vos coéquipiers?

Cyri (Cyrian Ravet) c’est un surdoué du taekwondo, il est cool, il ne se prend pas la tête. C’est sympa de voir ce jeune arriver en étant relâché, il se donne des défis. C’est sympa de s’entrainer avec lui, avec ses techniques un peu spéciales, il est inspirant. Althéa ressent aussi le taekwondo, elle a ça dans le sang. Comme Cyri, elle a ça, c’est inné le taekwondo pour eux. En dehors, elle est réservée, on apprend à se connaitre. Dylan, c’est le binôme, on se connait depuis longtemps, on est les plus anciens, les vieux de l’équipe: je me rappelle encore de nous à 15 ans. 10 ans plus tard, on se rapproche de notre rêve. J’espère continuer l’aventure avec lui. Avoir nos quotas... je sais à quel point il veux réussir, il sait combien je veux y arriver. On se soutient beaucoup.

En dehors du taekwondo, c’est aussi du sérieux pour vous...

Depuis octobre, je suis passée en Contrat d’Insertion Professionnel au Crédit Mutuel, je peux vivre de mon sport. C’est aussi ma reconversion: le jour où j’arrête ma carrière, je suis dans l’entreprise en CDI. A l’Insep, je vais le jeudi après-midi en agence pour apprendre le métier. Je travaille au service d'associations à but non lucratifs. Plus tard, j’aimerais montrer ma propre association. Et en même temps, j’ai un Master à l’école de management de Lyon. A mon rythme.

Morgan Maury