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Tsonga, une révolution en questions

Jo-Wilfried Tsonga

Jo-Wilfried Tsonga - -

Après s’être séparé de son entraîneur Eric Winogradsky, le Manceau va entamer la saison de terre battue en autogestion. Une grande première et un pari risqué qui suscitent déjà de nombreuses interrogations.

Peut-il réussir seul ?
C’est la grande question. Jo-Wifried Tsonga s’apprête à attaquer la saison sur terre battue sans entraîneur. Un pari audacieux. « C’est un risque majeur, estime notre consultant Patrice Dominguez. Il recherche un électrochoc. Comme tous les champions, c’est un garçon fier et orgueilleux. Il veut se prouver à lui-même qu’il peut réussir tout seul. » Sur la surface qui lui convient le moins, le Manceau sera en autogestion. Une première pour celui qui a toujours été couvé par Eric Winogradsky. « Ce n’est jamais évident, reconnaît Patrice Hagelauer, le directeur technique national. On ne sait pas comment il va réagir. Il est face à lui-même. Ça peut le motiver. » Actuellement à Genève, Tsonga s’entraîne aux côtés de Gaël Monfils. En point de mire : Monte Carlo (du 11 au 17 avril), premier gros test pour le néo-solitaire.

Est-il en train de s’émanciper ?
En se séparant de Winogradsky, le n°17 mondial, qui réside en Suisse depuis un peu plus d’un an, a pris ses distances avec le giron fédéral. Un éloignement approuvé par la FFT. « Le rôle d’une fédération, c’est de faire en sorte que les joueurs puissent voler de leurs propres ailes, assure Hagelauer. On a fait du bon boulot avec Jo. Maintenant, il faut qu’il prenne son envol. A un moment donné, le joueur doit faire ses choix et trouver sa propre organisation. Ce sont des problèmes qu’il va maintenant devoir affronter. Mais on sera toujours là pour l’aider si besoin. » Une émancipation encadrée à quitte ou double. « A 26 ans, c’est un gros changement dans sa carrière, juge Dominguez. A cet âge là, on n’a pas trop le droit de se tromper car les années passent vite… »

Où en est-il physiquement ?
Freiné par les blessures depuis ses débuts sur le circuit, Tsonga a du mal à boucler une saison pleine. Le n°2 français oscille entre coups d’éclats et sérieux revers. Touché au genou gauche, il avait du mettre un terme à saison début novembre l’an passé. Avant d’être victime d’une hernie inguinale il y a quelques mois. Depuis, le Sarthois refait peu à peu surface. Sa défaite en trois sets (6-7, 6-4, 7-5) face à l’Ukrainien Alexandr Dolgopolov au Masters 1000 de Miami est encourageante. Reste à confirmer ce retour en forme sur terre battue.

Pourquoi changer de stratégie de jeu ?
Pour éviter les rechutes à répétition justement. Très affecté par ces pépins physiques, le finaliste de l’Open d’Australie 2008 a décidé d’agir. Winogradsky en a fait les frais. Désormais, Tsonga adoptera un jeu beaucoup plus offensif. Histoire de s’éviter des échanges interminables du fond de court. « Jo sent qu’il ne peut pas jouer le tennis d’endurance et de résistance qu’il s’est imposé depuis plusieurs saisons, remarque Dominguez. Son physique ne le lui permet pas. Il a pris l’initiative de changer de stratégie pour se relancer. Il faut qu’il retrouve de la sérénité et de la confiance. » A moins de deux mois de Roland-Garros, le défi est de taille.

Alexandre Jaquin avec Rodolphe Massé