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Coaching autorisé en tennis depuis les tribunes: "Ça met un point final à une forme d’hypocrisie ambiante"

En tennis, un coaching discret sera autorisé à partir du 12 juilet. Le papa de Stefanos Tsitsipas – souvent montré du doigt - doit jubiler. Mais il n’est pas seul. Sébastien Villette et Marc Barbier, les coachs d’Arthur Rinderknech et Hugo Gaston, se réjouissent de cet essai.

L'ATP, l'instance qui chapeaute le circuit masculin de tennis, a annoncé en début de semaine qu'elle allait autoriser cette saison, et à l'essai, les communications entre les joueurs et leur entraîneur en tribunes à partir du 11 juillet, y compris à l'US Open (29 août-11 septembre).

Ce sont des réunions de coachs, durant Indian Wells, qui ont débouché sur cet essai de "soft" coaching à partir de juillet. A savoir que de courts échanges seront autorisés. Ainsi que des signaux. Mais en aucun cas un coaching comme en Coupe Davis ou en ATP Cup. Voire en WTA, lorsque le coach, équipé d’un micro, accourait lors d’un changement de côté. Initiative curieusement abandonnée au passage…

"Je réagis plutôt favorablement lance à RMC Sport Sébastien Villette, l’entraîneur d’Arthur Rinderknech et de Manuel Guinard. C’est bien de tester. La situation actuelle n’était pas viable. Le coaching était interdit mais il était usé par certains. Ça devenait grotesque."

Déjà en Angleterre, Marc Barbier, le mentor d’Hugo Gaston, renchérit : "Il y a une forme de soulagement. Ça met un point final à une forme d’hypocrisie ambiante générale depuis que je suis sur le circuit. Tous les points abordés dans le communiqué de l’ATP autorisent de manière officielle ce qui se fait régulièrement. Ça va apaiser tout le monde."

Si la finale 2018 de l’US Open entre Serena Williams et Naomi Osaka avait basculé dans l’irrationnel parce que Patrick Mouratoglou avait été sanctionné d’un avertissement pour coaching on n’avait pas noté d’incident grave depuis. Même si lors du dernier Open d’Australie, une arbitre grecque s’était cachée en dessous du clan Tsitsipas pour prévenir l’arbitre de chaise d’un débordement oral du papa du numéro 6 mondial.

"On ne va plus jouer au chat et à la souris avec l’arbitre"

Il y a quatre ans, dans la fureur new yorkaise, Patrick Mouratoglou avait reconnu sa "faute". Il avait surtout dénoncé une hypocrisie. "Est-ce que j'ai coaché ? Oui j'ai coaché, en tout cas j'ai fait un geste pour coacher. Serena ne m'a pas vu, c'est pour ça qu'elle n'a pas du tout compris pourquoi elle prenait un avertissement. J'ai essayé de la coacher, oui, comme 100% des coachs sur 100% des matchs toute l'année. Tout le monde le sait, personne ne le nie. Les instances internationales, les coachs... tout le monde le sait. L'hypocrisie a des limites", expliquait-il à l'époque.

"Ferrero, c’est très élaboré ce qu’il fait, sourit Sébastien Villette. Ils ont des codes avec Alcaraz. Tous les coaches espagnols le font. Richard Gasquet en parle dans son livre quand il évoque son association avec Sergi Bruguera." Et quand Marc Barbier se félicite d’un apaisement, il se remémore une scène dans un Challenger à Brest.

"On avait été victimes d’un excès de zèle d’un juge de ligne. Il était allé faire de la délation auprès de l’arbitre. Celui-ci s’est retourné vers moi et je l’ai senti désabusé. Il a mis un avertissement à Hugo Gaston. Mais il se devait d’appliquer le règlement… On ne va plus avoir ce jeu du chat et de la souris avec l’arbitre. Parfois, quand il nous surprenait, il faisait les gros yeux. On sera juste plus décontractés."

Sébastien Villette, lui, ne se souvient pas avoir été pénalisé sur le circuit. Mais une clarté s’imposait : "On ne faisait pas la différence entre ceux qui trichaient, je parle de coacher tactiquement, et ceux qui étaient juste dans un encouragement actif."

"Une bouée de sauvetage"

Maintenant, la grande question, c’est de savoir si les joueurs avaient besoin de cet artifice. "Le rôle d’un coach c’est de rendre autonome son joueur. S’il a besoin de nous en permanence, c’est qu’on n’a pas bien fait notre job. Ça va servir de rustine. Ca peut libérer les joueurs qui peuvent avoir une bouée de sauvetage. On va pouvoir aller au soutien de notre gars par un mot, un geste. Encore une fois, ça ne va pas révolutionner tactiquement les matchs."

Même avis pour le Toulousain Marc Barbier. "On est en permanence avec notre joueur. Au moment où ca compte vraiment, c’est-à-dire le match, qu’on soit inactif, c’est dur..." Mais il n’oublie pas que ce coaching autorisé doit être géré avec tact. "Le coach peut aussi se défouler sur son joueur et ça peut avoir un effet délétère, note Marc Barbier. Tout le monde n’est pas équipé émotionnellement pour avoir un coaching à propos, juste, au bon moment, avec les mots qui vont bien. On n’aura pas beaucoup de temps. Il faudra que ce soit concentré en très peu de mots pour que ce soit efficace. Il faudra s’exercer."

Ils auront tout l’été pour cela. Et si le coaching non autorisé a fait perdre la tête à Serena Williams un soir de septembre 2018, pas sûr qu’un coaching autorisé amène régulièrement des remontada.

Eric Salliot