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Coupe Davis - Noah : "On m’avait tellement parlé de la nouvelle génération…"

EXCLU VIDEO RMC SPORT - A quelques heures du début du premier tour de la Coupe Davis entre la France et le Canada à Baie-Mahault, Yannick Noah a accordé un entretien exclusif à RMC Sport et à son complice Denis Charvet, membre de la Dream Team.

La semaine s’est-elle passée comme vous le vouliez ?

Mieux en fait. Je voulais qu’on s’acclimate : la plupart des joueurs n’avaient pas rejoué sur terre battue depuis Roland-Garros l’année dernière donc ça prend un peu de temps. Il fait très chaud, très humide. On a eu neuf jours, c’est bien. Les gars sont prêts. Il y a une bonne ambiance dans l’équipe, on apprend à se connaître. Ça bosse dur et ça rigole à côté, c’est top.

Sentez-vous un groupe soudé ?

Je sens vraiment une vraie cohésion dans le groupe. Ce n’est pas facile parce que ce sont quatre joueurs tellement proches sur le circuit… On pouvait penser, et j’avais ce sentiment qui était faux, qu’ils se tiraient peut-être un peu la bourre, qu’il y avait peut-être des problèmes d’ego entre eux. Pas du tout. Ce sont des gars qui ont grandi ensemble depuis les minimes, ils ont des souvenirs depuis toujours. Ce sont des joueurs qui ont de la qualité et qui bossent dur.

Cela n’a pas posé de problèmes pour la composition de l’équipe ?

Ce n’est pas ce que je préfère d’aller voir un joueur pour lui dire qu’il ne joue pas. C’est un peu le souci que j’ai et que mes prédécesseurs ont eu. Il y a quatre joueurs tellement proches, c’est très rare d’avoir une équipe comme ça. D’un côté ça peut être un peu compliqué au moment de la décision mais d’un autre, je sais que s’il y en a un qui a un problème, il y a toujours l’autre qui est là. Du coup, le mot équipe prend forme. On part sur une longue saison, on espère jouer la finale. J’ai une équipe.

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- © AFP

Le forfait de Milos Raonic a-t-il changé votre approche ?

Ce ne sont pas des gamins, ils ont de la bouteille. Ils ont quand même fait beaucoup de matches de Coupe Davis, avec des expériences diverses, mais ils savent. Je ne m’en faisais pas non plus une montagne : on savait qu’il n’avait pas joué pratiquement depuis l’Open d’Australie, on lui avait concocté un petit accueil ici avec la terre battue et la chaleur… Oui, il est 13e mondial mais dans mon équipe, j’ai un 9e et un 10e. La Coupe Davis, c’est un peu ça, on te met une équipe en face et quoi qu’il arrive, il faut donner le meilleur de toi-même.

Votre père est là, votre fils aussi. C’est spécial…

Papa est très content que je sois de nouveau capitaine. C’est vrai que c’est une fierté de porter ce survêt’. Quand tu es joueur, tu ne te rends pas bien compte et puis je me suis arrêté 20 ans et j’arrivais sur scène avec d’autres déguisements.

Cela vous manquait ?

La Coupe Davis, c’était des bons souvenirs. Je me sers de ce que j’ai pu vivre de beau, de parler des belles choses qu’on a pu vivre et qu’ils peuvent vivre. Ce qui m’a le plus touché, c’est la gueule de mon petit : quand je lui ai montré mon survêt’, il était complètement halluciné ! Il a 11 ans, il est fan de Jo, Gaël, Richard… Mais voir d’un coup que je suis leur capitaine, mon pépère était émerveillé. C’est très mignon. Joakim sait que j’aime ça, d’essayer de motiver comme j’ai pu le faire avec lui. Il m’appelait très souvent « mon coach » ou « capitaine » quand j’essayais de le motiver dans les petits coups de mou. Je baigne dans mon jus, il sait que c’est naturel.

Avez-vous l’impression de parler à votre fils Joakim quand vous parlez aux joueurs ?

Ils ont le même âge. C’est très important d’avoir de vrais liens avec les joueurs. J’entends des coaches dire que l’affectif ne compte pas mais pour moi ça compte énormément. On vit ce truc ensemble. Quand Gaël ou Gilles vont jouer, c’est comme si c’était mes petits-frères ou mes gamins. Sans que ce soit péjoratif. Leur bonheur fera le mien.

Quand avez-vous décidé d’y retourner ?

On ne part pas vraiment en fait. Me retrouver là, c’est presque naturel. Au début, je ne savais pas trop, on m’avait tellement parlé de la nouvelle génération… A partir du moment où tu rentres dans le vestiaire, les mots sont les mêmes, les motivations sont les mêmes. Par contre les gars jouent bien, le niveau ça ne rigole pas ! Les mecs tapent fort. On les a défiés avec Cédric (Pioline), avec des règles spéciales comme on ne bouge plus tellement, on a failli gagner un petit billet de 10 !

Pensez-vous pouvoir refaire le coup de 1991 ?

Oui, je pense grave ! Enfin ce n’est pas moi mais je pense qu’on peut vivre ce truc-là. On va le faire !