RMC Sport

Open d'Australie : cinq choses à savoir sur Stéphane Robert

Stéphane Robert

Stéphane Robert - -

Opposé à Andy Murray en 8e de finale ce lundi à Melbourne, Stéphane Robert est LA sensation de l’Open d’Australie. Le Français (33 ans), qui a d’ores et déjà réussi son Grand Chelem, est un personnage aussi attachant que détonnant. Découverte.

1 - Avec lui, c'est (tout le temps) tennis-plaisir

Que les choses soient claires : Stéphane Robert est un stakhanoviste. Un amoureux du jeu. Un joueur qui a bien, bien tapé la balle (594 matches) mais rarement parmi l’élite (seulement 48 sorties sur le grand circuit ATP). A la lumière, Robert préfère une certaine part d’ombre. Pas surprenant de le voir alors considéré comme une des figures du circuit Challenger, loin des strass, des paillettes et des sollicitations médiatiques. Là où on peine à gagner sa vie. « Je suis un caméléon. Je passe du luxe aux conditions rudimentaires sans problèmes » avoue-t-il. Le touriste néo-zélandais, qui avait partagé une chambre avec lui l’an dernier dans un Backpakers (auberges de jeunesse australiennes) peut en témoigner : Stéphane Robert n’est pas regardant sur le confort.

Pas question pour autant de faire une croix sur les notions de voyage, découverte et… d’exotisme. Robert choisit ses tournois en fonction des destinations. Ensoleillées de préférence. En 2013, il a passé presque trois mois dans l'Hémisphère Sud. Au programme : un détour par Nouméa avant les qualifications de l’Open d’Australie, puis une tournée Challengers en Australie jusqu’au mois de mars… avant de retourner à Melbourne en octobre pour un nouveau Challenger.

2 - Numéro 1 du... Créma Bisou

Stéphane Robert aime la nature. Et quand elle le lui rend bien, le Français n’hésite pas à la remercier… à sa façon : autrement dit d’un baiser réalisé avec deux doigts sur la bouche, avant d’être envoyé vers le ciel. Le Créma Bisou. « J’ai rencontré Stéphane en 2007, explique Laurent Rochette, l’un de ses proches (644e à l’ATP). A ce moment-là il avait l’hépatite A et moi, une grave blessure au poignet gauche. J’allais me faire opérer donc on était tous les deux arrêtés pendant quasiment un an. Lui, il était sur la fin de son arrêt et moi, j’étais au début. A cette époque-là, le truc du Créma Bisou existait déjà et on se marrait tout le temps avec ça. C’est juste un geste de détachement et qui le rattache au plaisir qu’il a quand il fait des beaux coups. » Un geste qui a quand même fait des émules, notamment chez les enfants du club de Saint-Médard, près de Bordeaux.

3 - Le yoyo, il adore ça

Pour suivre Stéphane Robert, il vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Et bien serrer sa ceinture. Parce qu’avec le natif de Montargis, ça monte et ça descend. Très souvent. 61e mondial en février 2010, Stéphane Robert a alors eu accès aux grands tournois. Aux matches contre des joueurs prestigieux. Aux moments inoubliables, comme cette victoire à Roland-Garros en 2011 sur Tomas Berdych, après avoir sauvé une balle de match. « Après ça, comme disait Thierry Roland, je pouvais mourir tranquille » confie-t-il. Mais le grand blond, premier lucky loser à accéder aux 8es de finale à Melbourne, plonge par la suite.

Incapable de se maintenir dans un monde qui ne semble pas fait pour lui. Une dérouillée face à l’Allemand Kamke à Roland-Garros et un revers expéditif contre Andy Roddick plus tard à l’US Open, Robert retombe dans l’oubli (119e place). « C’est un peu un joueur yoyo, raconte Rochette. Une saison, il va monter 61e et finir 100ème par-là. La saison d’après, il va descendre 250 ou 300. Il a eu beaucoup d’années comme ça où il a alterné les bonnes performances puis n’arrivait plus trop à mettre de balles dedans. Il s’est forgé aussi comme ça. » Un coup en haut. Un coup en bas.

4 - La pression, « connait pas »

Stéphane Robert est un homme tranquille, accessible. Le genre de gars que vous pourriez volontiers inviter à boire une petite mousse après un bon match de tennis. Décomplexé, naturel au possible, l’intéressé ne s’est jamais fait une montagne de sa carrière, de ses coups de génie comme de ses zones d’ombre. Alors ne comptez pas sur lui pour tout bouleverser en cas d’échec ou de succès face à Berdych. « Il joue au tennis pour se faire plaisir et pour être heureux, souligne Rochette. C’est comme le truc du Créma Bisou… Il n’est pas là pour gagner de l’argent, il n’est pas là pour la notoriété, ni pour prouver quoi que ce soit. Mais pour passer de bons moments sur un terrain de tennis. Il sait qu’il y a des choses beaucoup plus importantes que le tennis dans la vie, donc ça ne changera rien pour lui d’aller en 8es de finale ou de perdre au 1er tour, explique Laurent Rochette. Il est là, il fait son coup… Il va se présenter sur le terrain face à Andy Murray en sachant qu’il est capable de faire rêver les gens, comme il l’a fait il y a deux ans en jouant Berdych. Quoi qu’il arrive, il sera en paix après le match, dans un sens ou dans l’autre. »

5 - Il lisait le Monde diplomatique dans les vestiaires

Eliminé samedi au dernier tour des qualifications, Stéphane Robert a eu un premier coup de chance en étant parmi les quatre meilleurs plus classés. Puis après, le doute. Gilles Simon, qui devait déclarer forfait, tient sa place. « Stéphane me disait : ‘‘Je ne comprends pas… Il est sur des béquilles et il va quand même aller jouer alors qu’il a une cheville qui n’est pas du tout en état’’ » confie Laurent Rochette, 644e à l’ATP et proche de Stéphane Robert. Finalement, la chance frappera à nouveau à sa porte. Mardi à 11h, le juge-arbitre l’appelle d’urgence. Dans le vestiaire, l’intéressé lisait le Monde diplomatique… du mois de mars 2013, l’un des journaux qu’il récupère dans les aéroports pour les lire sur les tournois. Il ne le finira pas. « Je me doutais que c'était une bonne nouvelle. » Philipp Kohlschreiber s’est blessé. L’Allemand renonce. Robert doit aller sur le court illico. « Je ne savais même pas qui je jouais. Mes raquettes n'étaient pas fraîchement recordées », confie-t-il. Cela ne l’empêchera pas de battre le Slovène Bedene. Et de lancer son aventure australienne.

A lire aussi :

>> Open d'Australie : Robert, c'est historique !

>> Open d'Australie : la France en force

>> Toute l'actu de l'Open d'Australie

A.D avec E.S et B.R