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Marion des sources

Marion Bartoli en pleine joie à Roland-Garros.

Marion Bartoli en pleine joie à Roland-Garros. - -

La demi-finaliste de Roland-Garros a débuté le tennis sur les courts de Retournac, en Haute-Loire. Un lieu qu’elle ne fréquente plus mais où ses anciens éducateurs ont gardé de nombreux souvenirs d’elle. Reportage.

Le lieu arbore un côté désuet qui lui donne son charme. Trois courts en béton, à l’ancienne, encadrés de grillages, disposés en escalier et aujourd’hui fréquentés par 80 licenciés. Un club-house de quelques mètres carrés. Bienvenue au tennis club de Retournac, charmante bourgade rurale de 2600 âmes en bord de Loire, à un peu moins d’une heure et demie de Lyon. Particularité ? L’endroit a vu les premiers pas tennistiques d’une certaine Marion Bartoli. De quoi se replonger dans les souvenirs à l’heure où « la gamine » va disputer une demi-finale à Roland-Garros.

A Retournac, les traces de Marion ne sont pas légion. Une photo d’elle dans le club-house, qui date de ses 15 ans. La bouteille de champagne (vide) débouchée après sa finale à Wimbledon en 2007. Et une de ses raquettes, bleue. Rien de plus. Célébration trop minimaliste ? On peut le voir comme ça. Ou comprendre le choix de dirigeants et d’éducateurs qui ont le sentiment d’être délaissés par Marion et son clan. « Quand des joueurs viennent, ils me demandent si j’ai toujours des relations avec elle, explique Marie-Pierre Oudin, la présidente du club. Mais je ne l’ai plus vue depuis trois ans. Je n’ai plus de nouvelles. » Un temps installé au club, le fan-club Marion Bartoli a même disparu depuis 2003. La présidente a aussi retiré toutes ses photos du mur, sauf une. Et malgré ses appels à Walter, elle n’a pu obtenir de places pour la demi-finale de Roland.

"Une faculté à ne pas vouloir perdre"

Une pointe d’amertume balayée par la fierté de voir le beau parcours de l’enfant du pays. Car Marion est bel et bien née au tennis sur les courts de Retournac, à six ans. Une découverte liée à la proximité du cabinet médical de son père, alors médecin dans la commune. « Il n’y a pas de hasard, raconte Robert Chambefort, premier éducateur de Marion et fondateur du club en 1983. Pour la diriger vers un sport, Walter est venu naturellement près de ces courts et la gamine a tout de suite voulu taper la balle. » Avec, déjà, les prémices de ses qualités actuelles. Techniques comme mentales. « Comme elle n’était pas assez puissante par rapport aux autres, elle tenait déjà sa raquette à deux mains, indique Robert Chambefort. Elle avait aussi cette faculté à ne pas vouloir perdre. C’était inné chez elle. Elle voulait prouver aux autres qu’elle était au-dessus du lot et elle a travaillé fort pour corriger ses lacunes. »

Une évolution observée par Marc Oudin, le mari de la présidente, venu au tennis par amitié pour Walter Bartoli afin de servir de sparring-partner à Marion : « Aujourd’hui, quand je la vois à la volée côté coup droit, je sais qu’elle va marquer le point 99 fois sur 100. C’est un coup qu’elle ne rate jamais. » Un arsenal technique développé dans la quiétude de Retournac. « Elle avait son court préféré, celui du bas, précise Marie-Pierre Oudin. Elle était à l’abri des regards et du vent. Elle y emmenait même son chat. » Une demoiselle à part, dans son monde, mais nimbée d’un potentiel hors normes. Aucun doute. C’était bien Marion Bartoli.

Alexandre Herbinet (avec Edward Jay, à Retournac)