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Roland-Garros: Nouveau diffuseur, stars boudeuses et huis clos, le casse-tête de la night session

Grâce au toit du court Philippe-Chatrier, les Internationaux de France se lancent cette année dans les night sessions. Mais l’organisation de ce spectacle à match unique ne s’annonce pas de tout repos. Aucune star normalement constituée ne se portera volontaire pour jouer à huis-clos... Il faudra trancher pour contenter le nouveau diffuseur.

C’est LA grande innovation de cette édition de Roland-Garros. Comme l’Open d’Australie et l’US Open, ses deux confrères en Grand Chelem – et comme la plupart des autres grands tournois - les Internationaux de France mettront en place à partir de lundi dix soirées, dix night sessions dans le jargon tennistique. Depuis la couverture du Central Philippe Chatrier, c’était une évolution inévitable. Cela permet d’instaurer une billetterie dédiée. En terme de recettes, c’est une poule aux œufs d’or. Sauf qu’en raison de la pandémie, tout nevapas se dérouler comme imaginé avec le diffuseur – Amazon Prime Vidéo – qui avait décroché les droits en juillet 2019.

Au contraire de Melbourne ou New York, qui ouvrent leurs grilles à 19h30 avec deux rencontres respectant la mixité, Amazon Prime a misé sur un seul match à 21 heures, avec un dispositif assez spectaculaire en apéritif. Ainsi, un parcours lumineux conduira les joueurs jusqu’au court Philippe-Chatrier, où ils feront leur entrée accompagnés d’une musique spécialement composée pour l’occasion.

Une seule vraie night session, le mercredi 9 juin

Gros problème : le couvre-feu ne permettra pas d’accueillir du public. Seul pour le dernier quart de finale du mercredi 9 juin – dont le coup d’envoi sera avancé à 20 heures pour se prémunir du couvre-feu à 23h – qui aura l’allure d’une night électrique avec 5 000 spectateurs autorisés.

Lorsque, le 15 mai, en marge d’une interview Zoom à Rome, nous avions soumis ce problème à Rafael Nadal, l’Espagnol avait marqué une gêne. Visiblement il ignorait les détails du contrat. "Voyons comment la situation va évoluer ces deux prochaines semaines. On doit respecter les règles mais, comme chacun sait, je préfère jouer en day session, sans le moindre doute. Mais en tant que joueur, je me plierai aux décisions du tournoi."

Une position très diplomatique. Mais le Majorquin pèse treize titres ici. Il se nourrit de l’énergie des spectateurs. Repartir à huis-clos pourrait être considéré comme un fâcheux retour en arrière. Aucune star n’a envie de cela et pourtant, pour une affiche, il faut au moins une star. Le piège se referme…

"Bien sûr que je préfère jouer à Roland-Garros avec du public, nous a confié Gaël Monfils, totalement hagard en septembre dernier sur le Lenglen désert face au Kazakh Bublik. Mais l’histoire de la programmation, c’est une bonne question, ça va être intéressant de voir… Après, il y a des personnes, ça ne les dérange pas trop de jouer sans public." On a cherché, on voit mal de qui parle le Français.

Roger Federer n’a jamais joué à huis-clos

N’omettons pas le cas Roger Federer. Le Suisse a ravi les organisateurs en annonçant sa participation. Mais, pandémie oblige, c’est le seul joueur à n’avoir jamais évolué à huis-clos. Lors de sa reprise à Doha, il y avait une jauge limitée et, dernièrement, à Genève, une centaine de privilégiés avait pu assister à son seul match. Lui "infliger" une night session à zéro spectateur pourrait apparaître comme un manque de respect. La solution, finalement, serait de le programmer en quatrième rotation dimanche, pour son premier tour. Pour une vraie-fausse night session.  Son "quota" serait alors atteint…

Mais on est sûrs d’une chose: il y aura de grosses luttes d’influence dans les couloirs du stade. Et Guy Forget s'apprête à vivre des moments difficiles, entre le nouveau diffuseur qui a payé très cher son exclusivité et les joueurs qui ne veulent plus revivre l’atmosphère glauque d’une rencontre de Grand Chelem dans un stade vide de 15 000 places.

L’expression heureux élu de la night session n’aura jamais aussi mal porté son nom.

Eric Salliot