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Mahut : « Avec Isner, on était choqués… »

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Incroyable mais vrai : un an après avoir perdu face à John Isner le match le plus long de l’histoire du tennis (11h de jeu, 70-68 au 5e set), le Français sera de nouveau opposé à l’Américain au premier tour des Internationaux de Grande-Bretagne ! Confessions exclusives à RMC Sport avant les retrouvailles programmées mardi prochain.

Nicolas, quelle a été votre première réaction après avoir appris que vous alliez retrouver John Isner à Wimbledon ?
Comme vous, j’imagine (sourire). Je sais que les médias attendent ce match avec impatience. Pour moi, c’est différent. J’ai la possibilité de rejouer face à John. On l’a évoqué tous les deux, on ne l’espérait pas dès le premier tour, d’autant que le match aura lieu mardi et qu’on risque de beaucoup en parler. Mais attention : on ne rejouera pas le match de l’an passé. En 125 ans de Wimbledon, ce n’est arrivé qu’une fois…

Abordez-vous ce match comme une revanche ? Vous l’avez perdu, après tout…
Quelque part, oui, dans un coin de ma tête. J’ai des ambitions dans ce tournoi, et je ne veux pas m’arrêter dès le premier tour. Je veux aller loin à Wimbledon. C’est un match forcément différent des autres, mais j’essaierai de faire encore plus que l’an passé, si c’est possible. Cela reste un premier tour, difficile certes, mais je n’ai peur de personne sur gazon, ma meilleure surface.

Avec peut-être l’honneur de jouer sur le Central de Wimbledon…
Cela m’étonne un peu, mais ce serait formidable. Pour moi, c’est le court le plus mythique, chargé d’histoire. J’aimerais beaucoup y jouer un jour, c’est sûr.

Avez-vous eu l’occasion de parler avec John Isner depuis le tirage au sort ?
Oui, on est amis. On devait s’entraîner ensemble demain (samedi) mais on a dû annuler après le tirage (sourire). On s’est croisé dans les vestiaires, on a échangé quelques messages. On était choqués tous les deux. On a fait un petit pari sur le nom de l’arbitre. Cinq dollars. Lui pense que ce sera le même que l’an passé, moi non. On verra bien !

« Ce que j’ai gagné ? Le respect »

Un an après, quel souvenir gardez-vous de ce match de plus de onze heures, perdu 70-68 face à Isner ?
Ça restera toujours une défaite, même si les gens voient cela différemment. C’est allé au-delà d’un simple match de tennis, malgré tout j’en suis sorti perdant. Mais je me suis prouvé énormément de choses, dans le dépassement de soi-même. Ce match m’a permis de me découvrir. J’ai vécu les plus belles émotions de ma carrière. De la joie, de l’adrénaline, de la peur, de la déception. Je suis très fier d’avoir joué ce match. C’est le plus beau moment de ma carrière, même si je peux vous assurer que la fin a été douloureuse.

L’après-match notamment fut difficile…
Le fait d’accepter la défaite a vraiment été douloureux. Pendant le match, je n’avais pas conscience des records et de l’aspect historique. Je savais juste que je vivais quelque chose que je ne revivrais jamais. Ce qui m’a permis de jouer aussi longtemps, c’est l’envie de gagner. A aucun instant je n’avais imaginé la défaite. Quand la balle de match arrive et que je dois serrer la main ensuite, ça a été très difficile.

Vous avez même fait une dépression…
Oui, c’est très fort, mais c’est ce qu’il s’est passé. Le tournoi d’après manquait de saveur, j’avais peur de ne pas retrouver ces moments d’excitation. J’étais 130e au moment du match, donc j’ai dû repasser par de petits tournois, je n’avais plus d’objectifs et en plus, je me suis blessé au dos, donc je ne jouais pas comme je voulais. La chance que j’ai eue est d’avoir un entourage exceptionnel. Je pense notamment à ma compagne qui était là quotidiennement.

On dit souvent que les joueurs du top 100 vivent bien, et que les autres galèrent. Est-ce vrai ?
C’est vrai pour les 50 premiers. C’est la belle vie, les grands tournois, les hôtels de luxe. Puis il y a un deuxième circuit, plus difficile. Donc passer cette barrière est un objectif pour la plupart des joueurs. Un joueur dans les 50 premiers gagne 500 000 dollars brut annuels (400 000 euros) environ. Un centième gagne environ 200 000 dollars (160 euros) annuels.

A ce niveau-là, ce match a-t-il changé quelque chose pour vous ?
Absolument pas. Ce que j’ai gagné surtout, c’est le respect quand je rentrais dans un vestiaire. Mais je n’ai signé aucun contrat avec une société. J’ai simplement continué mon partenariat avec mon équipementier.

Racontez-nous l’épisode Nadal…
Après le match, j’ai dû aller en conférence de presse. Le responsable presse me dit « Attends-toi à recevoir un message avec un indicatif espagnol ». Et il me dit que Nadal lui a demandé mon numéro. J’ai reçu un message de sa part vers minuit, en me disant que j’avais été un exemple et que j’avais laissé une belle image du sport pour les enfants. Je n’ai pas effacé le message, ma mémoire du téléphone l’a effacé après six mois. J’ai trouvé ça très classe venant d’un modèle comme Rafa.

La page est-elle définitivement tournée ?
(Il hésite) Oui, pour avancer il le faut. Mais je suis marqué au fer rouge par ce match. Ça va me porter jusqu’à la fin de ma carrière…

Le titre de l'encadré ici

NICOLAS MAHUT EN BREF |||

Nicolas Mahut
Né le 21 janvier 1982 à Angers
Droitier
Classement actuel : 99e ATP
Meilleur classement : 40e (2008)  
Titres en simple : 0 (2 finales perdues au Queen’s et à Newport)  
Titres en double : 3
Vainqueur à Wimbledon en juniors en 2000
Ouvrage : « Le match de ma vie » (avec Philippe Bouin), éditions Prolongations, 2011