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Henin : « J’avais besoin de me connaître davantage »

Numéro 1 mondiale pendant 117 semaines, la Belge espère redevenir la patronne.

Numéro 1 mondiale pendant 117 semaines, la Belge espère redevenir la patronne. - -

Ancienne numéro 1 mondiale, Justine Henin a décidé de faire son retour à la compétition après près de deux ans d’arrêt. Dans un entretien passionnant et sans détour, la Belge de 27 ans fait le point sur ses ambitions, la concurrence et son état d’esprit avant son premier test à Brisbane, pour l’ouverture de la saison.

Justine Henin, comment vous sentez-vous à quelques heures de reprendre votre carrière ?
Très impatiente. J’ai énormément travaillé ces cinq derniers mois pour essayer de me mettre en condition, de retrouver des points de repères, de me reconstruire petit à petit. Maintenant, ce n’est que le début de cette nouvelle aventure. En tout cas, il y a beaucoup de plaisir sur le terrain, à l’entraînement. J’ai besoin de retrouver la compétition et mes points de repère en tournoi. C’est en tout cas un sentiment extraordinaire d’être de nouveau sur la route.

Quel a été l’élément déclencheur de votre retour ? Le doublé Roland-Garros - Wimbledon de Federer, vous qui ne vous êtes jamais imposée à Wimbledon ?
C’est vrai que ça titille des choses en moi. Mais au-delà de la performance, il y a toute l’aventure humaine. Je eu besoin de m’éloigner du tennis pour me connaître davantage, pour réaliser que j’existais sans ça et retrouver confiance en moi. Et puis j’ai eu envie de revenir à mon premier amour, à ma passion de gamine. Je voulais faire ce choix en tant qu’adulte. C’est une chance énorme. Je me connais d’avantage et me suis aussi ouverte vers d’autres choses. J’ai vécu des expériences extraordinaires qui m’ont permis de grandir. Tout cela me donne envie de revenir et de vivre ma deuxième carrière différemment.

Qu’est ce qui manque le plus quand on arrête ?
Au départ, on a des vies très structurées, rigoureuses, remplies de discipline. C’est une vie où le dépassement de soi est présent au quotidien. Il faut se refixer des projets de vie, des challenges. Ce n’est pas facile. On vit dans une bulle, quand on en sort et qu’on fait face aux réalités de la vie, il faut apprendre à fonctionner autrement. C’est le plus dur, mais tous les sportifs passent par là. Je suis passée par des périodes difficiles, mais qui m’ont donné beaucoup de force et que je suis fière d’avoir franchies.

« Je ne reviens pas pour un an »

A quel niveau de préparation vous sentez-vous aujourd’hui ?
Il y a six mois, quand j’ai décidé de reprendre, si on m’avait dit que j’aurais connu une préparation aussi sereine, tranquille, sans pépin physique, avec un bon niveau du jeu, j’aurais signé des deux mains pour être à ce niveau. Physiquement, je suis mieux que par le passé. Maintenant, ce n’est que l’entraînement. L’entraînement et la compétition sont deux choses bien différentes. Il y a le côté émotionnel qui arrivera avec la compétition et cela va devoir se gérer. Je vais devoir prendre mes points de repères avec cette pression qui me suivra sur le terrain. Mais tout cela ne se fera pas en un jour, en un tournoi. Je suis curieuse et impatiente de voir ce que ça va donner. A partir du moment où je m’amuse et prend du plaisir, c’est le plus important.

L’objectif est-il d’être prête dès l’Open d’Australie ?
Mon but est d’exprimer mes moyens actuels. C’est le plus important. On sait que ce n’est pas possible d’être à son meilleur niveau d’entrée de jeu. Je suis prête à tout vivre. Le plus difficile comme le meilleur, parce qu’il faut vivre intensément le moment présent. Avec de l’ambition bien entendu, mais aussi avec beaucoup de patience et de sagesse. Et je crois que j’en ai plus aujourd’hui que par le passé. Il est difficile de me projeter trop loin, mais je sais aussi, connaissant mon caractère, qu’il me faudra du temps. Je ne mise pas tout sur une carrière australienne, sur les trois premiers mois de 2010. Je mise sur une deuxième carrière à plus ou moins long terme.

Cela veut donc dire qu’il ne s’agit pas d’un retour de quelques mois…
Bien entendu. A partir du moment où je prends cette décision, ce n’est pas pour revenir un an. Maintenant, l’inconnu fait toujours partie de la vie et tant mieux. C’est bien de ne pas savoir où je serai dans un an et dans quel état. C’est aussi ce qui est séduisant. En tout cas, j’ai envie de pouvoir relever ce challenge merveilleux. Est-ce que les moyens que je me donne seront suffisants ? On aura sans doute des éléments de réponse dans quelques mois.

« Mauresmo va manquer au tennis »

Que pensez-vous du niveau du tennis féminin actuel ?
J’ai très peu suivi le tennis. Même pas du tout. Depuis que j’ai repris il y a cinq mois, j’ai suivi un peu plus, mais avec de la distance. Je suis trop éloignée pour donner un avis. Je sais que personne n’a vraiment pris la tête du circuit avec beaucoup de titres. Serena (Williams) a certes dominé en Grand Chelem. Pas mal de filles se bousculent avec le retour de Kim (Clijsters). Sharapova revient aussi en force. Il y a de la concurrence, mais je ne peux pas juger du niveau. Et puis, je cherche surtout à me concentrer sur moi-même pour voir ce que je peux mettre en place pour relever ce nouveau défi.

Il y a donc une place de patronne à prendre…
Personne n’a pris le leadership. C’est clair. Les gens ont besoin de quelqu’un qui domine. C’est excitant. C’est ce que fait Federer, ce qu’ont fait les Williams, comme je l’ai fait. C’est peut-être ce qu’il manque au tennis féminin. Je ne dis pas que ça sera moi, mais j’espère qu’on va vivre de belles choses et qu’on va montrer un beau tennis ces prochains mois.

Un mot également sur Amélie Mauresmo que vous ne croiserez plus puisqu’elle a pris sa retraite…
Ça restera une très belle joueuse qui offrait un tennis particulier et différent. Je pense qu’elle a beaucoup apporté au tennis féminin. J’avais du mal à la jouer, parce qu’on jouait quelque part toutes les deux à la même chose. C’étaient des confrontations très tactiques. Elle va manquer au tennis dans les prochaines années. C’est évident.

Pierrick Taisne