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Quand les papas de championnes pètent les plombs

Damir Dokic

Damir Dokic - -

L’exemple du père d’Aravane Rezaï, qui aurait pris à partie sa fille et menacé son petit ami, n’est pas le seul dans le tennis féminin. Plusieurs joueuses ont déjà subi les écarts de conduite de leur géniteur. C’est le cas notamment de Jelena Dokic, Mary Pierce ou Jennifer Capriati.

Avec sa barbe fournie, son air menaçant et sa carrure de déménageur, Damir Dokic ne passait pas inaperçu sur le circuit WTA. Depuis, ce sosie de Ramzan Kadyrov (le président de la Tchétchénie) a été radié des courts de tennis. Alcoolique, misogyne, violent, il a brisé la jeunesse de Jelena, sa championne de fille. Rouée de coups, insultée sans retenue, privée de liberté, la prodige australienne d’origine serbe est tombée en dépression. Jusqu’à ce qu’elle ne trouve la force de fuir ce quotidien insoutenable. Et de le dénoncer publiquement quelques années plus tard. « Il y a eu une période où rien ne pouvait me rendre heureuse, explique l’ancienne n°4 mondiale, atteinte de crises de boulimie. Je voulais la vie de quelqu'un d'autre. »

Suite à ces révélations, le paternel, fou de rage, décroche son téléphone pour s’en prendre à l’ambassadrice de Serbie en Australie, lui promettant de « tirer sur sa voiture à coups de roquettes ». S’en suit une perquisition à son domicile, dans les montagnes de Fruska Gora, où la police découvre sept fusils de chasse, un pistolet et deux bombes. Le colosse serbe écope de quinze mois de prison. Capable de déclarer dans « The Sun » qu’il se suiciderait si sa fille était lesbienne, Damir Dokic s’est souvent fait remarquer sur les tournois féminins. A Edgbaston (Angleterre), il se fait expulser après avoir accusé les organisateurs d’être des nazis soutenant le bombardement de l’ex-Yougoslavie. A Wimbledon, il est mis dehors pour avoir piétiné le téléphone d’un journaliste…

Des dérives choquantes mais pas réellement isolées. Dans l’histoire du tennis féminin, les pères omnipotents et agressifs sont malheureusement assez nombreux.

Pierce menacée de mort par son père

Mary Pierce peut en témoigner. La Franco-américaine, vainqueur de Roland-Garros en 2000, a subi durant de longues années les écarts de conduite de son père Jim. Expulsé des gradins de la Porte d’Auteuil en 1993 pour s’y être mal comporté, l’Américain au sang chaud, condamné à cinq ans de prison pour divers larcins, a menacé de mort sa fille et son épouse lorsque ces dernières ont décidé de s’éloigner. « Je vais tuer tout le monde », a-t-il lancé. Au point que « Sports Illustrated » titrera dans la foulée « Why Mary Pierce fears for her life » (pourquoi Mary Pierce craint pour sa vie).

Jennifer Capriati a elle aussi été victime de l’omniprésence de son géniteur. Sévère et exigeant, Stefano, ancien boxeur et cascadeur dans des westerns spaghettis, a conditionné sa fille pour en faire une star. A 14 ans, elle intègre le Top 10 mondial. Mais à force d’être étouffée, la surdouée américaine explose en vol. Promise à un avenir doré, elle se réfugie dans la drogue et la vie nocturne. Au point de mettre sa carrière entre parenthèses à plusieurs reprises. Avant de revenir et de rafler trois titres du Grand Chelem.

Steffi Graf, Maria Sharapova, les sœurs Williams… toutes ont connu des moments plus ou moins pénibles sous l’aile de leurs géniteurs. Suspendu ce lundi à titre conservatoire par la WTA, le père d’Aravane Rezaï ne fait que perpétuer cette sinistre tradition.

Alexandre Jaquin