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Cammas : "Rien n’est remis en cause pour la Coupe de l’America"

Victime d’un grave accident et d’une fracture tibia-péroné il y a huit jours en baie de Quiberon, Franck Cammas est sorti de l’hôpital ce lundi. Le navigateur français, qui a dit adieu à son rêve olympique pour Rio (catamaran olympique), a évoqué au micro de RMC les circonstances l’incident et sa motivation intacte pour la Coupe de l’America 2017.

Franck Cammas, huit jours après l’accident, comment allez-vous ?

Je ne suis pas un grand sportif en ce moment… (Rires.) Mais ça va beaucoup mieux qu’il y a une semaine, donc ce n’est pas si mal.

Que s’est-il passé exactement lors de cette chute ?

On était deux bateaux. On s’entraînait l’un contre l’autre, à faire des exercices de départ, donc avec de très gros et violents changements de trajectoire. Comme en voiture, la force centrifuge peut éjecter quelques personnes d’un côté ou de l’autre et ça m’est arrivé. Je suis parti en arrière et je n’ai pu me retenir à rien, donc je suis tombé à l’eau. Ça nous est déjà arrivé mais d’habitude, ce n’est pas dangereux comme ça. Là, sur les bateaux qui volent, il y a un safran en T avec une surface horizontale derrière qui supporte le bateau pour voler. Ça balaie tout sur son passage et malheureusement mon pied a percuté cette lame de rasoir, fine de quelques millimètres. C’est sûr qu’il ne faut pas se retrouver dans sa trajectoire (Rires). Je suis tombé en arrière et j’ai senti un truc assez violent au pied. Ça ne faisait pas si mal que ça, donc j’ai sorti ma jambe au-dessus de la surface de l’eau et là j’ai vu une autre ligne avec un pied qui pend à côté. C’est surtout ça qui m’a fait peur. Après, ça s’est enchaîné vite. On n’était pas loin de la côte donc on est rentré en zodiac. J’ai été tout de suite pris en charge et j’étais sur la table d’opération à Nantes une heure et demie après. J’avais donc toutes les chances de récupérer au maximum. Et dans ma malchance, les os étaient brisés mais le tendon était encore là et c’est ça qui tenait le pied.

Vous avez eu de la chance dans votre malheur…

C’est sûr. Quand on tombe en arrière, on essaie de tomber le plus loin possible. On se jette presque dans l’eau. Mais les pieds restent forcément plus proches du bateau. Et là, comme le bateau était en train de tourner, il est arrivé un peu plus sur moi qu’à la normale.

« Pour Groupama Team France, c’est peut-être un accident qui va renforcer la performance »

Êtes-vous optimiste pour la suite ?

Je reste pour l’instant handicapé. Mais je suis chez moi. Le problème, c’est que l’os et le reste sont restés à l’air libre, ou plutôt à l’eau libre, pendant pas mal de temps, donc il peut y avoir une infection. Mais les organes vitaux sont là. Il faudra juste attendre que ça se ressoude. Après, c’est sûr que je suis en titane par endroits désormais (Rires.) Sur le papier, ça devrait bien le faire. Il faut juste que je sois patient et que j’attende que ça se fasse.

Les nouvelles technologies permettent aux bateaux de surfer au-dessus de l’eau. Cet accident en montre-t-il les dangers ?

C’est sûr, oui. Les foils, qui portent 95% du poids du bateau, sont à l’avant et normalement on tombe toujours à l’arrière de ces foils. Il y a très peu de danger de tomber à l’avant de ces foils. Ce qui est dangereux, c’est le T à l’arrière. C’est beaucoup plus petit, ça porte moins le bateau mais c’est aussi tranchant qu’un couteau. Lors de la dernière Coupe de l’America, à San Francisco, Team New Zealand a planté sur une manœuvre au vent et trois coéquipiers sont passés à l’eau. Pour eux, c’était super risqué. On se demande comment on va ressortir derrière avec cette surface horizontale qui traîne dans le coin. C’est un risque qui a été imaginé et il n’y a pas eu d’accident jusqu’ici. Comment l’appréhender ? On discutait aujourd’hui avec mon équipe pour imaginer quelque chose qui fasse sauter l’appendice en cas de choc. On réfléchit à des choses comme ça mais comme c’est une pièce qui doit tenir des efforts assez importants, ce n’est pas évident de mettre un fusible pour le poids d’un bonhomme. Mais c’est évidemment à réfléchir.

Vos objectifs sont-ils tombés à l’eau ?

Rien n’est remis en cause pour la Coupe de l’America. Je suis même contraint et forcé de me concentrer à 100% là-dessus à partir d’aujourd’hui. Pendant les deux mois et demi à venir, je m’étais organisé pour faire surtout une préparation olympique et obtenir la qualification. Je n’aurais pas beaucoup été à Lorient avec mon équipe pour préparer la Coupe de l’America et dessiner le nouveau bateau. Du coup, ça va me permettre de rester en repos forcé pas loin de ma base et de travailler à tout ça. La Coupe de l’America est en mai 2017. Le bateau n’est pas encore à l’eau. Les entrainements qu’on faisait jusque-là étaient sur des bateaux plus petits et différents. Pour Groupama Team France, c’est peut-être un accident qui va renforcer la performance plutôt que la déprécier.