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La voile est-elle devenue trop dangereuse ?

Franck Cammas

Franck Cammas - AFP

L’accident dont a été victime Franck Cammas en début de semaine relance le débat autour de la sécurité des skippers en mer. RMC Sport a interrogé trois acteurs du monde de la voile sur la dangerosité de leur sport et les moyens d’y remédier.

Une réalité, pas une fatalité « La voile est un sport mécanique. Franck (Cammas, ndlr) s’en sort bien. Si vous parlez de ça à Sébastien Loeb ou à des gens qui font de l’automobile ou du vélo, ils vous diront qu’il y a des chutes. On essaie, on tombe, on se relève, on répare. Ça fait partie de notre métier. » L’introduction est signée Thomas Coville. Le skipper français décrit la réalité de son sport, sans verser dans le fatalisme.

Equipier de Franck Cammas au sein du Team France Groupama, Michel Desjoyeaux rappelle, lui, les nombreux moyens dont disposent les marins pour se prémunir du danger : « Les marins sont déjà équipés d’un casque de protection, d’une combinaison bien protégée, d’une petite bouteille d’air comprimé dans le cas où le bateau se retourne, de façon à pouvoir respirer et s’évacuer soi-même. Il y a un dispositif de sécurité autour du bateau qui a plutôt bien fonctionné puisque Franck a été rapidement sorti de l’eau. »

Le soutien de l’armée

Mais tout cela est-ce vraiment suffisant ? En l’espace de quelques mois, les accidents graves en mer se sont multipliés. Avant Cammas, blessé donc lors d’un entraînement pour la prochaine Coupe de l’America (2017), c’est une femme qui avait été gravement touchée après que le maxi trimaran Spindrift 2 ait violemment heurté un zodiac cet été, lors d’une étape de la Volvo Ocean Race. Et cette dernière avait eu moins de chance que le skipper français, puisqu’elle avait dû être amputée de la jambe.

Alors pour réduire le risque, les marins, en plus de communiquer entre eux, s’entraînent avec l’armée. L’idée ? Avoir les bons réflexes en cas d’accident et apprendre à décrire le danger autour d’eux, sachant que chaque partie du globe dispose de sa propre procédure de sauvetage. « Ce sont eux qui interviennent lors des hélitreuillages, confirme Coville. On n’est pas seul au monde. »

Le safran en L, LA solution ?

« Maintenant, on est sur une nouvelle génération de bateaux, avec des comportements qu’on découvre, des vitesses qui sont énormément plus élevées, poursuit Coville. Il faut qu’on apprenne et qu’on change notre façon de naviguer aussi. » Et changer les bateaux ? « Il ne faut pas freiner le progrès, il faut l’accompagner », rejette Michel Desjoyeaux. Responsable du design au sein du Team France Groupama, Martin Fischer ne cache pas « qu’il n’y a pas beaucoup de solutions ».

A défaut de tout bouleverser, pourquoi ne pas s’attaquer à ce fameux safran, au contact si meurtrier pour les skippers ? « Les bateaux ont un safran en T et ça c’est dangereux, c’est clair, reconnait Martin Fischer. Nous avons étudié des solutions avec des safrans en L, de sorte à ne rien avoir à l’extérieur. C’est faisable. Cela pourrait être une solution. Par contre, c’est plus difficile à construire. Il faudrait pouvoir imposer ça. » Un sujet pris très au sérieux et déjà posé sur la table des ingénieurs. Car la sécurité des skippers n’a pas de prix.

la rédaction avec Camille Gelpi