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Pourquoi Jean Le Cam est le chouchou du Vendée Globe

Impressionnant depuis le début du Vendée Globe, Jean Le Cam a touché le cœur des Français avec le sauvetage du sinistré Kevin Escoffier, révélant à ceux qui ne le connaissaient pas encore, une personnalité attachante. Michel Desjoyeaux, Yvan Bourgnon et son épouse Anne nous parlent de lui.

Jean Le Cam a repris en solitaire dimanche le cours de son Vendée Globe, six jours après le sauvetage spectaculaire de Kevin Escoffier (ndlr, son navire avait sombré), qu’il avait gardé à son bord depuis, partageant avec lui une belle tranche de vie. "Me revoilà seul!", a-t-il confié, taciturne, dans sa vidéo, un peu triste, forcément. "Le cocktail était parfait, ils ont été énormes, chacun dans son jeu et dans son style, sourit Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe. C’était une pièce de théâtre dont le scénario était improbable, avec deux acteurs qui ont été formidables."

Leur aventure humaine a ému le pays tout entier, et passionné les Français, jusqu’à échouer sur le bureau du président de la République, qui a prêté une oreille attentive au récit de ces deux héros. Emmanuel Macron, qui s’est dit grand admirateur de Jean Le Cam a peut-être découvert à cette occasion le marin de 61 ans adepte des bons mots, le facétieux. Mais Le "roi Jean" est bien plus que cela. "Je ne sais pas si on peut résumer Jean Le Cam", s'amuse Michel Desjoyeaux, qui sait bien que l'exercice peut s'avérer délicat, à moins de s’appeler Anne Le Cam. 

L’épouse du marin engagé sur son cinquième Vendée Globe partage depuis 30 ans son obsession de la course au large. "On peut résumer Jean à quelqu’un d’authentique sur le plan humain, de pudique. Il va raconter des histoires, mais pas forcément, lui, se mettre à nu." Car derrière le personnage un peu bourru et rugueux décrit par tant de marins, se cache un homme d’une grande sensibilité, pour ses bateaux, qu’il bichonne tout au long de l’année avant de les mettre à l’eau, mais chez qui, surtout, l’humain est au cœur de tout.

Desjoyeaux: "Il est rugueux, Jean, il n'est pas lisse"

"Il peut passer des rires aux larmes, c’est quelqu’un qui parle vrai, il ne fait pas semblant, poursuit Anne. Jean, il est comme ça. C’est quelqu’un qui dévoile ses émotions. Il est un comique malgré lui, aussi. Il ne se rend pas forcément compte des choses. Quand il regarde un film, il va le vivre pleinement, il rentre très facilement dans les histoires, il prend ça très à cœur. Cela donne des histoires un peu rigolotes." Certains continuent de rire à ses dépens d’ailleurs. Fidèle à lui-même, Jean Le Cam leur en donne l’occasion à chaque édition du Vendée Globe avec ses peluches, qu’il emporte par dizaines à bord de son cockpit.

"Pour moi, il méritait mieux que le personnage dans lequel il s’était enfermé, regrette aujourd’hui Michel Desjoyeaux. C’est ce qu’il est en train de faire cette année, c’est ça qui est top.” Sur un bateau vieux de treize ans, Jean Le Cam rivalise avec les jeunes loups équipés de foils. Il pointait au 6e rang à 396 milles de Charlie Dalin (Apivia) au moment de reprendre la course. "C’est le meilleur de tous, s’enthousiasme Yvan Bourgnon, vainqueur de la Transat Jacques-Vabre en 1997 avec son frère, Laurent. Et il a peut-être le plus petit budget de la course, c’est ça qui m’agace."

C’est un fait, le marin génial et talentueux qu’il est n’attire pas les sponsors. Sa personnalité, très différente de la nouvelle génération de skippers, pour la plupart des ingénieurs, dénote dans le paysage. "Je pense qu’il aurait pu se sortir par le haut de son talent, qu’il n’a pas toujours bien utilisé, dans sa façon de s’exprimer notamment. Cela a des effets pervers de désaffection, de désamour des sponsors qui se sentent plus à l’aise avec des gens plus policés. C’est sûr qu’il est rugueux, Jean, il n’est pas lisse", a estimé Desjoyeaux. Ses positions tranchées n’ont pas favorisé son ascension, cela fait partie de son histoire.

Bourgnon: "Il en a rien à foutre de remplir les cases"

Et pour rien au monde, il ne la changerait. "On a tous les deux une liberté de ton, on n’est pas contraint par des éléments de langage, c’est notre choix", assume Anne Le Cam. La communication moderne et le marketing, très peu pour lui. "Tout est codifié aujourd’hui, il faut prendre le jeune qui monte, qui sait bien communiquer sur instagram, remplir les cases, s’agace Yvan Bourgnon. Jean, il en a rien à foutre de remplir les cases, c’est un personnage." Rien ne semble, en effet, pouvoir troubler sa tranquillité apparente, sauf si cela a trait à son bateau: "Son super compagnon", rit son épouse. Le duo file néanmoins sur l’eau, et rien ne paraît en mesure de les arrêter.

Jean Le Cam récolte à 61 ans le fruit d’un dur labeur, d’une obsession jusqu’au-boutiste qui l’aura poussé à tout sacrifier, en premier lieu sa vie de couple, forcément. Tous ces sacrifices pourraient néanmoins lui permettre d’entrevoir les premières places. Et si le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro titillait la tête de course? "Force est de constater que sa méthode est pas mal. Quand ils vont lui rendre son temps perdu, ça va faire mal", anticipe Michel Desjoyeaux. Qu’il remporte ou pas le Vendée Globe, Jean Le Cam pourra se consoler avec le fait d'avoir gagné encore un peu plus le cœur des Français.

dossier :

Vendée Globe

Quentin Migliarini (QMigliarini)