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Mondiaux d'athlé: stade climatisé, humidité monstre... le défi qatari pour les athlètes

Les Mondiaux 2019 d'athlétisme vont débuter ce vendredi à Doha dans un stade à ciel ouvert... climatisé. Pour lutter contre la température ambiante, le Qatar a en effet installé un gigantesque système de refroidissement de l'air dans l'enceinte. Mais est-il vraiment efficace? Et comment faire pour les épreuves se déroulant en dehors de l'arène?

Les footballeurs de l’équipe de France auront normalement droit à un tel traitement en 2022, mais en attendant, ce sont les sprinteurs, sauteurs, et autres lanceurs tricolores qui vont jouer les "cobayes". Alors que les Mondiaux d’athlétisme débutent ce vendredi au Qatar (jusqu’au 6 octobre), les 1.900 et quelques participants vont en effet découvrir la joie de la compétition dans un stade… climatisé.

Car oui, même fin septembre, il fait chaud au Qatar, avec des températures oscillant entre 35 et 40°C la journée, et ne redescendant pas en-dessous de 30° la nuit. C’est pourquoi l’émirat a misé sur la clim'. Le Khalifa International Stadium, situé à une dizaine de kilomètres du cœur de Doha, est une enceinte à ciel ouvert mais avec l’air conditionné. Rénové en 2017, le système de refroidissement de l’air y est au point depuis fin 2018. Concrètement, une centrale produit de l’eau glacée transformée en air froid, ensuite diffusé via 3.000 canons disposés autour de la piste. Cette installation permet de faire baisser la température proche du sol à environ 24-26°C. Pour quelle efficacité? RMC Sport a sondé quelques athlètes du clan français à Doha, qui ont pu tester l’arène avant le début des hostilités.

Moins de chaleur, mais toujours de l’humidité

Ludvy Vaillant, coureur de 400m haies, se dit plutôt satisfait de ses premières foulées en milieu climatisé. "Je m’attendais à beaucoup plus frais, là franchement ça passe, c’est vraiment supportable, plutôt agréable, confie le Martiniquais. On n’a pas vraiment froid dans le stade, et surtout on ne sent pas trop la différence de température par rapport à l’extérieur. Je m’attendais à un véritable choc thermique, alors que là l’adaptation se fait de manière progressive."

Un constat également partagé par Gilles Garcia, patron du demi-fond à la DTN: "De l’échauffement jusqu’à la compétition, tout ira bien, veut-il croire. Il fait 24-25°C qu’on soit dans le stade ou la salle d’échauffement. La chaleur ne sera pas un problème."

La chaleur non, mais la moiteur, c’est une autre question. A Doha, le taux d’humidité peut en effet grimper jusqu’à 80% le soir. Ce qui entraîne quelques complications physiologiques, mais aussi pratiques. "Moi j’ai de la magnésie liquide, et il faisait tellement humide que la magnésie ne séchait pas, donc on a dû passer à la poudre, souffle Alexandra Tavernier, lanceuse de marteau. Ce sont des petits trucs auxquels on ne pense pas, comme le fait d’aller faire sa séance de lancers, de finir trempée, et d’aller ensuite dans une salle climatisée. On ne pense pas forcément à prendre du change… Pour moi ce n’était pas instinctif. Mais on progresse…"

Les "canons" à clim
Les "canons" à clim © Icon

La galère pour les compétitions en extérieur

Tavernier, comme les autres athlètes engagés dans des compétitions se déroulant à l’intérieur du Khalifa International Stadium, devrait donc pouvoir concourir dans des conditions tout à fait acceptables. Sauf que les championnats du monde, ce sont aussi des épreuves à l’extérieur, à l’image notamment du 50km marche. Et là, malgré des ressources financières sans limite, pas moyen de modifier les conditions climatiques…

En début de semaine, une annulation des épreuves d’endurance a d’ailleurs été évoquée. Elle n’a pas été confirmée, mais Jean-Michel Serra, médecin en chef de l’équipe de France, ne se veut pas très rassurant. "On n’est pas très inquiets pour les athlètes qui vont être en lice dans le stade lui-même, par contre pour ceux qui vont être en extérieur, les complications liées au climat, à la chaleur et à l’humidité vont rendre les compétitions beaucoup plus pénibles que d’ordinaire, observe le doc. Le gros problème est lié à l’humidité plus qu’à la chaleur. On arrive à s’acclimater quand c’est une chaleur assez sèche, en revanche lorsqu’il y a une humidité importante, le corps n’arrive plus à sortir suffisamment de sueur pour évacuer sa propre chaleur. Le système du corps humain est comme un moteur thermique, avec 20% de production d’énergie, et 80% d’évacuation par la transpiration. Mais si on n’arrive plus à évacuer cet excès de chaleur, automatiquement la température interne monte, le système cardio-vasculaire s’emballe et ensuite on peut faire des malaises, voire des accidents plus sérieux. Peut-être pas pour nos athlètes qui ont un système cardio-vasculaire solide, mais pour des personnes moins entraînées…"

C’est pourquoi Yohann Diniz, figure de la marche tricolore, a déjà poussé quelques coups de gueule. "Il avait déjà eu quelques soucis à Rio, il connaît la problématique, poursuit Serra. On a essayé de le préparer, de voir un petit peu avec une adaptation en chambre thermique, mais ce n’est pas évident de recréer le même contexte, et en même temps ça créait des troubles digestifs qui ne permettaient pas de s’entraîner avec une bonne intensité. Donc il a été plutôt choisi de faire l’impasse sur ça et de se dire qu’il n’y a qu’une épreuve pour lui à passer. Il lui faudra peut-être s’économiser, pour produire le maximum de son effort le plus tardivement possible."

A une époque où le réchauffement climatique est au cœur de nombreux débats, l’impact écologique de ces climatisations géantes dans les stades interroge aussi… Le comité d’organisation, questionné sur le sujet, se défend de tout gâchis, et assure que ces technologies de refroidissement innovantes limitent l’impact sur l’environnement, en utilisant 40% d’énergie de moins que les climatiseurs "classiques". Mais combien de plus qu’un stade lambda?

CC avec Aurélien Tiercin