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Claude-Boxberger raconte le passif de son beau-père et la piqûre en plein massage

Contrôlée positive le 18 septembre dernier à l'EPO, perquisitionnée à son domicile le 5 novembre, Ophélie Claude-Boxberger pourrait avoir été dopée à son insu par le compagnon de sa mère, Alain Flaccus, qu'elle accusait par ailleurs d'agression sexuelle il y a quelques années. Provisoirement suspendue, la spécialiste du 3.000m steeple s’est confiée en longueur ce dimanche dans le RMC Sport Show.

Ophélie Claude-Boxberger, cela fait un mois que vous avez appris votre contrôle positif à l’EPO. Comment allez-vous?

C’est très compliqué. Je pensais qu’il s’agissait d’un simple contrôle le 5 novembre. Ça a vraiment été un choc. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’on me notifie un contrôle positif. C’est compliqué de tenir. J’ai eu 10h d’audition le 5 novembre, puis 48h de garde-à-vue et deux nuits en cellule.

Dès votre première audition, vous avez expliqué devant les gendarmes avoir été dopée à votre insu. Vous maintenez cette version?

Bien sûr. J’ai tout de suite cherché à comprendre ce qui avait pu arriver. J’ai été auditionnée par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). On a essayé de comprendre ce qui a pu se passer.

Vous comprenez que votre version soit difficile à saisir pour beaucoup de gens?

Je le comprends au vu de toutes les affaires de dopage en athlétisme. Les messages de méchanceté ont été durs à vivre, mais je comprenais. Je pense que j’aurais eu la même réaction si je m’étais retrouvée de l’autre côté. On a l’impression d’être dans un film, donc on peut comprendre les réactions.

Votre beau-père, Alain Flaccus, s’est lui-même accusé de vous avoir administré une piqûre d’EPO alors que vous étiez endormie après un massage. Aviez-vous été réveillée par cette piqûre? Aviez-vous compris qu’il se passait quelque chose d’anormal?

J’étais vraiment fragile psychologiquement à ce moment-là. J’avais un traitement pour pouvoir tenir. Je l’ai dit aux enquêteurs. J’ai entendu dans les médias que je n’avais rien senti. C’est faux. (Pourquoi ne pas l’avoir tout de suite dit dans les médias?) Quand j’ai été entendue le 5 novembre, les gendarmes m’ont demandé de respecter le secret de l’enquête. J’ai commencé à m’exprimer après l’annonce de mon contrôle, je ne pouvais pas rester dans le silence. J’ai répondu quand des faits déformaient la réalité. J’aurais préféré que tout reste confidentiel.

Quelle était la nature de votre relation avec Alain Flaccus?

Fin 2002-début 2003, ma maman était déjà en couple avec Alain Flaccus. Il m’emmenait à l’athlétisme et venait me chercher. Il y avait une relation de proximité. Puis il a commencé à avoir des attouchements sur moi. Je n’avais même pas 14 ans au début des faits. Ça a a duré à peu près quatre ans. Quand j’ai rencontré mon premier entraîneur, j’ai décidé de briser le silence et de lui en parler. Je lui ai montré les lettres qu’Alain Flaccus m’écrivait dans lesquelles il relatait les faits. Je n’ai pas porté plainte. Je suis allée à la gendarmerie, on a constitué un dossier. Mais ma maman risquait de faire de la prison car elle était au courant. Je me sentais mal et elle le voyait. Elle le couvrait.

Pourquoi avoir fait revenir Alain Flaccus dans votre staff?

Je me suis entraînée 12 ans avec Laurent Fleury. Ça a été compliqué quand il a arrêté. Je me suis retrouvée seule. J’avais coupé tout contact avec ma famille. Ma mère avait décidé de pardonner à Alain Flaccus et de rester avec lui. Je n’ai toujours pas compris pourquoi. Elle m’a demandé de renouer certains liens et m’a expliqué qu’il regrettait vraiment ses gestes. Il est réapparu fin 2017-début 2018 dans un rôle d’assistant sur des sorties longues.

Vous n’avez pas mis de limites à Alain Flaccus, notamment au sujet des massages?

J’étais dans un état physique et psychologique très compliqué au stage de Font-Romeu (avant les Mondiaux de Doha). J’étais blessée aux tendons d’Achille, des œdèmes osseux. Il n’y avait pas d’encadrement médical. Après l’affaire Calvin, on avait interdiction de partir sans encadrement fédéral et médical, mais je n’avais pas d’encadrement médical. Alain Flaccus a acheté une machine de massages. Vu que je voulais arriver à Doha le mieux possible, je l’ai autorisé à me faire des massages. J’avais fait de Doha mon objectif, je vivais pour ça. Et quand mon état de santé s’est dégradé à partir de mars, Alain Flaccus était présent aux entraînements pour me pousser à aller plus loin. Sur Font-Romeu, c’était un peu la seule personne qui avait la disponibilité pour rester un mois avec moi.

Au début de l’affaire, avez-vous pensé qu’Alain Flaccus était impliqué?

Non, pas du tout.

Selon vous, Alain Flaccus a-t-il cherché à vous nuire?

J’ai repensé à la sensation de pincement que j’avais eu. Il a d’abord nié. Mais il a été confronté à plusieurs témoins, dont ma maman. Il aurait craqué après plus de 24h de garde-à-vue et avoué son geste. Il y a eu une mise en présence entre Alain Flaccus et moi au sein de la gendarmerie après ses aveux. Il s’est mis à pleurer. Il a dit qu’il ne supportait pas ma relation avec Jean-Michel Serra (médecin de l'équipe de France et compagnon d'Ophélie Claude-Boxberger) et qu’il était toujours amoureux de moi. Je n’ai pas tous les éléments. Je n’ai pas eu accès au dossier.

Quels sentiments avez-vous envers Alain Flaccus aujourd’hui?

J’avais pardonné à Alain Flaccus. La relation était quand même tendue. C’est toute la complexité de cette histoire. J’ai été choquée quand j’ai entendu les révélations. J’étais en colère, je l’ai exprimé auprès de ma maman. J’ai l’impression qu’elle ne se rend pas trop compte de ce qui se passe et qu’elle est dans le déni. Il n’y avait aucun intérêt pour moi de prendre de l’EPO.

Pourquoi avoir continué la compétition dans ces conditions?

C’est ma vie. J’ai envie de réussir depuis toute petite. J’ai commencé l’athlétisme pour mon père qui est décédé. Toute ma vie est autour du sport.

Pourquoi avoir pointé du doigt le comportement de la Fédération envers vous?

Je n’accusais pas directement Jean-François Pontier (manager national), mais plutôt le système et la façon dont on m’avait mis une pression. J’aurais préféré préparer les championnats du monde chez moi. Mais la Fédération m’avait demandé de prouver mon état de forme et montrer ma volonté en allant à Font-Romeu pour que Jean-François Pontier vienne m’évaluer.

En octobre 2018, Jean-Michel Serra a envoyé un mail à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pour demander des explications sur vos contrôles antidopage répétés. Etait-il déjà votre compagnon? Vous a-t-il couvert?

Bien sûr que non. Je n’étais pas avec lui. Il avait la même relation avec moi qu’avec les autres athlètes de l’équipe de France.

Etes-vous en contact avec la Fédération?

Pas du tout. J’ai essayé de contacter André Giraud (président de la FFA), mais c’est silence radio. Je lui envoyé des messages dès le début. Malheureusement, je n’ai jamais eu de nouvelles de la Fédération. Jean-Michel Serra n’a pas non plus eu de retours. Je ne comprends pas.

Croyez-vous encore à la reprise de votre carrière d’athlète?

Il n’y a pas que ma carrière d’athlète qui est détruite. Ma vie est détruite. J’ai construit ma vie autour du sport. Les JO de Tokyo étaient mon rêve. Je sais que l’histoire sera longue.

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RR