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Comment Philippe Croizon, amputé des quatre membres, se lance dans le Dakar

Philippe Croizon s'est élancé d'Asuncion (Paraguay) ce lundi pour un projet un peu fou. Rallier Buenos Aires, en Argentine, ville d’arrivée du Dakar 2017. Amputé des quatre membres, il relève ce nouveau défi après avoir traversé la Manche à la nage ou encore relié les cinq continents, à la nage également. Il raconte sa préparation, ses sensations de conduite, ses objectifs.

Possible

« C’est peut-être une histoire de fou, mais c’est une histoire qui est possible. C’est mon slogan, tout est possible. Elles sont où nos limites ? Moi je trouve que je n’ai pas de limites. J’ai eu un accident le 5 mars 1994. Tout ce que je fais aujourd’hui, c’est du plus. A chaque fois, que ce soit pour la traversée de la Manche ou relier les 5 continents, le but c’est de monter une équipe et dire « allez, on va atteindre un objectif où 99% des gens disent que ce n’est pas possible ». Et nous on prouve que c’est possible. »

Sa préparation

« Je me suis préparé mentalement. J’ai fait de l’hypnothérapie, j’ai fait de la cohérence cardiaque. La cohérence cardiaque, c’est ce qu’utilisent les pilotes de chasse français. Les pilotes d’avion de chasse. Ce qui leur permet de gagner une demi seconde sur le danger. Moi une demi seconde sur le danger dans la voiture, c’est aussi une éternité. Je me sens prêt mentalement, je me sens prêt physiquement. Cédric (Duplé, son copilote) est prêt aussi. L’équipe est prête. Vivement le 2. »

Sa conduite

« On aurait pu mettre tout automatisé, avec un système électronique, mais je voulais vivre la voiture. Je voulais la ressentir. Ressentir la voiture, c’est passer les vitesses. Quand je pilote, je pilote autant avec mon bras droit qu’avec mes jambes. Quand je tourne, je tourne avec mes jambes. Je cherche mes appuis dans la voiture. Quand je freine, j’ai mon appui ici. J’ai des appuis partout et je me sens bien dans la voiture. Au niveau sécurité, mon copilote a une pédale de frein de son côté. Et si j’ai un problème il y a des systèmes de sécurité qui font qu’on peut réagir assez rapidement. Mon copilote peut réagir très rapidement si on a un danger ou un manque de contrôle. La voiture je la sens avec mon bassin. C’est-à-dire que je fais corps avec la voiture. Là mon bras est pris avec la voiture. Et dès que la voiture part en travers, j’arrive à contrebraquer, à accélérer, à freiner. C’est un jeu vidéo. C’est un jeu vidéo, sauf qu’un jeu vidéo, on a le droit de faire des erreurs. Là je n’ai pas le droit de faire d’erreur. »

Son objectif

« Mon objectif c’est Buenos Aires. Ce n’est pas de faire des temps. Là, il va falloir se maîtriser. On est sur l’épreuve la plus dure du monde. Et là ils nous ont annoncé le Dakar le plus dur qu’ils n’ont jamais fait en Amérique du Sud. Ils nous mettent un peu la pression. Enfin un peu … beaucoup. Je pense que, ouais, je vais être plus raisonnable que ce que je l’ai été au Maroc. Au Maroc (il a participé au rallye du Maroc), j’ai été vite, on a pris des risques. Là aujourd’hui, je sais que l’ultime rêve c’est d’arriver à Buenos Aires. »

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propos recueillis par L.A