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Mort d'Hubert Auriol: il avait terminé une étape du Dakar avec les deux chevilles cassées

Décédé ce dimanche à 68 ans, l'ancien pilote Hubert Auriol était entré dans la légende du Dakar grâce à ses succès, mais aussi par son calvaire de 1987, lorsqu'il était tombé la veille de l'arrivée, pour se relever, et terminer l'étape malgré les deux chevilles brisées.

D’Hubert Auriol, disparu ce dimanche à l’âge de 68 ans, l'histoire retiendra ses trois victoires sur le Paris-Dakar, deux en moto (1981 et 1983) et une en auto (1992), et ses années comme directeur du célèbre rallye (1995-2004). Mais plus que par ses réussites, c’est peut-être dans la souffrance que le pilote avait créé sa légende dans le désert africain. Et plus particulièrement avec son calvaire de l’édition 1987.

Cette année-là, comme souvent depuis la création de l’épreuve en 1979 par Thierry Sabine, Hubert Auriol (Cagiva) est à la bagarre avec son grand rival et camarade de jeu Cyril Neveu (Honda). Après plusieurs semaines d’un fantastique mano a mano, Auriol "l'Africain" se présente au départ de l’avant-dernière étape avec une dizaine de minutes d’avance, qu'il semble longtemps en mesure de conserver.

Mais à l'arrivée à Saint-Louis ce 21 janvier, Auriol tarde. Neveu, qui trépigne en regardant le chrono défiler, se demande comme tout le monde ce qui peut retarder son adversaire, et se met à y croire. Puis le quadruple vainqueur grimace: dans un nuage de poussière, la moto d'Auriol apparait, ce dernier franchit la ligne avec encore trois minutes d'avance au général. Il n'en profitera jamais.

Vingt kilomètres de moto avec deux fractures, dont l'une ouverte

Entouré par la foule des organisateurs et des spectateurs, Auriol arrache ses lunettes, et fond en larmes avant même de descendre de sa moto: "J'ai les deux chevilles cassées, ça fait super mal", lance-t-il, avant d'hurler de douleur lorsqu'on l'aide à s'extirper de son engin. A 20 kilomètres de l'arrivée, Auriol a percuté deux souches et chuté lourdement. Malgré la douleur, insupportable, il est parvenu à remonter sur sa Cagiva pour terminer l'étape au courage, à deux doigts de l'évanouissement. Mais le mal est fait.

Allongé au sol, avec le directeur René Metge lui soulevant la tête et lui tenant la main, le pilote voit les secouristes découper ses bottes, et découvre l'horreur: il souffre bel et bien de deux fractures aux chevilles, dont l'une est ouverte. Neveu, qui s'est rapproché, ne peut s'empêcher de tourner la tête à la vue des blessures d'Auriol, évidemment contraint à l'abandon... "C’était un rallye sublime, déclare aux caméras le leader malheureux, encore par terre. On s’est battu avec Cyril, c’était génial. Il est plus fort, j’arrête la moto. C’est tout ce que j’ai à dire."

Hubert Auriol attendant son évacuation
Hubert Auriol attendant son évacuation © AFP

"Un moment de télévision incroyable" pour Auriol

Le lendemain, après l'évacuation de son compagnon de route par hélicoptère, Cyril Neveu remporte donc son cinquième Paris-Dakar, avec une célèbre formule à la clé: "Il en fallait un qui gagne, malheureusement ce fut moi." Le rallye, alors extrêmement populaire en France et en Afrique, vient de voir deux hommes écrire l'un de ses plus grands chapitres.

"Ça a été un grand moment de télévision, si on voulait le refaire on ne pourrait pas, confiait Auriol en janvier 2018 à France TV. C’était incroyable. (…) Quand tu regardes la réaction de Cyril dans la séquence, au début il se dit 'chic', et puis après il change de visage. Sur le moment ,je n’ai pas très bien vécu tout ça, c’est clair, mais avec du recul ça a été un moment incroyable." Et pas le dernier, puisque l'année suivante, en 1988, Hubert Auriol faisait déjà son retour. Sur quatre roues...

Clément Chaillou