RMC Sport

NBA: les Toronto Raptors n'auraient jamais existé sans Jurassic Park

Les Toronto Raptors, opposés aux Golden State Warriors en finale des playoffs NBA, sont à une victoire d’un titre historique. Mais sans le film Jurassic Park, jamais une franchise au nom de dinosaure n'aurait pu partir à la conquête de la ligue.

Ils ont loupé le coche à domicile mardi, sans doute rattrapés par l’enjeu. Mais rien n’est fini. Dans la nuit de jeudi à vendredi à Oakland, puis dans la nuit de dimanche à lundi dans leur salle, les Toronto Raptors auront deux nouvelles occasions de remporter un quatrième match face aux Golden State Warriors en finale des playoffs NBA. Une quatrième victoire qui offrirait un tout premier titre à la franchise canadienne, et permettrait à Kawhi Leonard et ses partenaires de rendre un hommage indirect… à Steven Spielberg.

Le réalisateur américain n’est pourtant pas connu pour son attachement à la plus grande ville du Canada, et n’est pas réputé non plus pour être un passionné de balle orange. Pourtant, si les Toronto Raptors existent, c’est en partie grâce à lui.

Le choix du peuple

Retour en 1993. Dans un souci d’expansion, et de conquête de nouveaux territoires, la NBA annonce cette année-là la création de nouvelles franchises pour la saison 1995-1996. Ayant reçu plusieurs candidatures, la ligue sélectionne deux projets: l’un à Vancouver (les futurs Grizzlies), et l’autre à Toronto, mené par John Bitove.

Avec ses lieutenants, l’homme d’affaires a deux ans pour bâtir une équipe à partir de rien. Et l’un des premiers défis est de lui trouver un nom. Dans un premier temps, les Huskies sont évoqués, en hommage à une éphémère franchise créée à Toronto en 1946 et liquidée au bout d’une saison. Problème: les Huskies, ça ressemble un peu trop aux Timberwolves (les loups) du Minnesota.

Les fondateurs de la franchise décident donc de lancer début 1994 une grande consultation publique au Canada. Deux-mille propositions différentes sont enregistrées, et dix sont retenues dans une liste finale: les Beavers (castors), les Bobcats (lynx), les Dragons, les Grizzlies, les Hogs (cochons), les Scorpions, les Tarantulas, les Terriers, et deux noms de dinosaures, les T-Rex, et les Raptors.

Un film mythique pour toute une génération

Pourquoi cette soudaine passion pour les gros lézards? Eh bien justement parce qu’on est au début de l’année 1994, et que quelques mois plus tôt est sorti un certain film nommé… Jurassic Park. L’œuvre de Spielberg a non seulement fait un carton au box-office, mais elle se propage largement en dehors des salles. Fleurissent des jeux vidéo, des jouets pour enfants, des t-shirts, des casquettes… Le dino est partout, dans toutes les têtes. Notamment celles des jeunes Canadiens.

En mai 1994, les dirigeants, qui ont essayé de garder le secret, dévoilent à la télévision nationale le nom sélectionné pour la nouvelle franchise. La séquence est kitsch à souhait. Une vidéo angoissante d’une créature courant dans la jungle est projetée, avec une superbe voix off: "Ils ont vécu il y a plus de 85 millions d’années, mais ils sont de retour… pour jouer avec une petite balle." Retour sur scène, des plantes s’écartent soudainement, et laissent apparaître le nouveau logo: les Toronto Raptors sont nés.

Le logo en question n’est autre qu’un velociraptor rouge jouant au basket, sur un fond violet. Un emblème qui deviendra culte, et pas toujours dans un sens positif. Car si les Raptors cartonnent niveau merchandising dans les premiers mois, leur blason, jugé enfantin, sera régulièrement moqué par les supporters adverses les années suivantes.

Isaiah Thomas et le premier logo, en 1194
Isaiah Thomas et le premier logo, en 1194 © AFP

"Jurassic Park" est devenu une fan zone

En 2013, la franchise affiche un bilan sportif assez médiocre depuis sa création (malgré les passages de Vince Carter ou Chris Bosh), et passe entre de nouvelles mains. Ses patrons, pour dépoussiérer l’image des Raptors, envisagent même de changer de nom. "On va réfléchir à cette question. Je ne dis pas qu’on va le changer, mais on va y réfléchir, c’est un vrai sujet", concède Tim Leiweke, le nouveau boss.

Finalement, seul le logo sera modernisé en 2015. Adieu le dinosaure, place à un sobre ballon argenté, griffé par la créature. Mais ce sont bien les résultats, et le travail de joueurs phares comme Kyle Lowry, DeMar DeRozan puis Kawhi Leonard qui ont remis les Raptors au goût du jour. Eux, et tout leur univers. Pour preuve: la gigantesque fan zone accueillant ces dernières semaines les supporters de Toronto a été surnommée "Jurassic Park". Les années 90 sont de retour.

Clément Chaillou