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Pourquoi la NBA a choisi Paris pour un match de saison régulière

C’est ce vendredi soir que va avoir lieu, pour la première fois de l’histoire, un match de NBA à Paris, les Milwaukee Bucks contre les Charlotte Hornets. Après plusieurs saisons à Londres, le championnat nord-américain a décidé de délocaliser une rencontre officielle à Paris. Mais pourquoi une telle décision ?

La nouvelle, il y a maintenant un an, avait fait l’état d’une bombe. Les aficionados du basket américain allaient pouvoir assister, en France, à Paris, à un match officiel entre deux franchises de la NBA. Après plusieurs matchs d’exhibition et de présaison organisés dans la capitale, les dirigeants nord-américain ont frappé un grand coup en optant pour la délocalisation d’une rencontre de saison régulière.

Mais pourquoi un tel choix ? Depuis 2011 était organisé le "NBA London Game", avec huit matchs officiels joué sur le sol britannique. C’est au tour de Paris et cette décision a été totalement réfléchie: elle répond parfaitement à un impératif d’internationalisation du basket nord-américain.

S'armer face à la concurrence du football

En sport, les deux seules disciplines capables de réunir des fans aux quatre coins du globe, capables de générer des audiences spectaculaires et de drainer un public en nombre sont le football et le basket. Le rugby, le handball, le volley voire le tennis ou la Formule 1, même s’ils ont un rayonnement international, ne produisent pas les mêmes audiences et les mêmes retombées économiques.

Les sports mondiaux sont seulement le football et le basket. A ce titre, se joue une compétition entre eux à savoir qui deviendra la discipline la plus populaire du monde. Le football vise un positionnement en Asie, en Amérique du Nord, en Afrique. La FIFA compte instaurer une Ligue des champions africaine, va organiser une Coupe du monde des clubs, va augmenter le nombre de participants à la coupe du monde 2026.

De même, les clubs européens, du PSG au Real Madrid, ne cessent d’accroitre l’identité de leur marque à travers le monde, visent de nouveaux marchés et organisent de plus en plus de rencontres délocalisés. Les ligues, elles aussi, essayent d’augmenter leur visibilité afin d’augmenter leurs droits TV internationaux.

La NBA, face à cette force de frappe footballistique, s’arme et se prépare au combat. Elle aussi, à son tour, tente de structurer sa mondialisation. Après l’annonce d’un championnat NBA sur le continent africain, l’organisation d’un match à Paris répond à cet objectif. Il faut concurrencer le football et devenir le sport mondial par excellence.

La France, plus gros contingent de joueurs européens

La NBA, depuis quelques années, confirme sa mondialisation d’un point de vue sportifs. Sur la saison 2019-2020, on compte plus d’une centaine de joueurs non-américains, 36 nationalités différentes. Le pays le plus représenté, hormis les Etats-Unis, est le Canada, avec 16 joueurs. Quant à la France, elle se positionne à la deuxième place, avec 11 basketteurs, de Nicolas Batum à Rudy Gobert en passant par Evan Fournier.

La stratégie est donc simple. Parce que la France a un contingent de joueurs français très important, le public national sera forcément au rendez-vous. Les fans hexagonaux vont certainement suivre et supporter durablement le basket nord-américain, par chauvinisme et patriotisme.

Paris n'a pas de grosse équipe de basket et s'est associé avec le PSG

L’autre raison qui explique le choix parisien est qu’il n’existe pas de grosse équipe dans la capitale. Le club du Paris Basketball n’évolue qu’en deuxième division, en Pro B. Les Metropolitans 92, à Levallois (bientôt Boulogne-Billancourt), et Nanterre 92 ne sont pas suffisamment cotés pour venir concurrencer la NBA dans la capitale.

Ce n’est pas le Real Madrid, le FC Barcelone ou le CSKA Moscou, qui évoluent tous en Euroleague, le deuxième championnat de basket le plus suivi au monde, derrière la NBA. Paris est donc vu comme une terre vierge de basket sans rival médiatique qui aurait pu altérer la popularité des Milwaukee Bucks ou des Charlotte Hornets.

De plus, le Paris Saint-Germain, le club le plus populaire de la ville, a signé des partenariats avec les membres de la NBA, notamment Michael Jordan, via sa marque Air Jordan. C’est donc un positionnement doublement gagnant. La visibilité du basket nord-américain n’est pas amoindrie par la présence d’un gros club francilien, mais elle est renforcée par les liens tissés avec le PSG.

Paris est la porte d'entrée vers l'Europe

Enfin, venir à Paris, c’est viser, au-delà du marché français, toute l’Europe. Contrairement à Londres qui, encore plus depuis le Brexit, n’avait pas le sentiment de faire pleinement partie du continent.

Un fuseau horaire différent, une monnaie différente, une mentalité différente. Rien ne concordait entre le Royaume-Uni et le reste de l’Europe. Avec Paris, très certainement vu par les Américains comme la capitale du pays "Europe", il y a la garantie de toucher un public beaucoup plus vaste. Des fans allemands, espagnols, portugais, italiens, grecs, pourront venir et suivre la rencontre.

La monnaie est commune, avec l’euro, le fuseau horaire est le même et surtout, ces pays font tous partis de l’espace communautaire, l’espace Schengen, qui garantit la libre circulation sans contrainte des individus. On pourrait donc s’attendre à voir débarquer beaucoup de supporters européens durant le match.

Pour toutes ces raisons, la NBA a fait le bon choix avec Paris. Et ce n’est pas pour rien que la NBA a confirmé sa présence en 2021 dans la capitale, et pourquoi pas en 2022, 2023, 2024...

Pierre Rondeau