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Ambiance plombée et climat de suspicion sur le Tour

Ce devait être le Tour du spectacle. Après une première semaine de toute beauté, ce mardi soir, aucun sourire, si ce ne sont ceux de la Sky au sein de la caravane du Tour. La suspicion a pris ses quartiers et la performance de Christopher Froome laisse tout le monde perplexe.

Dix ans après, on en est donc toujours là. L’arrogance et les mensonges de Lance Armstrong, vainqueur (déchu) de ses sept Tours de France en 2005, ont pourri l’image du cyclisme à un point tel que ce mardi soir, la caravane du Tour doute. Mais cette fois, plus personne ne s’en cache. Quelques minutes seulement après l’arrivée de la 10e étape marquée par la démonstration de puissance de Christopher Froome, l’ambiance était plombée à la Pierre-Saint-Martin. Et même un peu partout en France. Après une étape de montagne, la 102e édition du Tour de France est jouée. Tuée, même. A la régulière ? La question est posée.

Une domination à la Armstrong

« Il a tout assommé. Froome a tué le Tour. Je ne vois plus l’intérêt au classement général, sauf chute ou contrôle positif ai-je envie de dire, balance d’emblée Cyrille Guimard, membre de la Dream Team. L’équipe Sky n’est aujourd’hui pas à égalité avec les autres sur ce Tour de France. Ils ont tué le Tour et moi en même temps. Je suis inquiet, il y a des choses qui ne sont pas normales sur ce Tour. On ne peut pas rester insensible à certaines choses et il y a certaines équipes qui doivent avoir le blues ce soir. » Pourquoi le cyclisme ne semble-t-il pas prêt à passer à autre chose, à tourner la page ? Peut-être parce que dans la démonstration de Froome dans le col de Soudet, il y avait plus que des airs d’Armstrong.

Froome invoque la journée de repos

Bernés pendant trop longtemps par l’Américain dans les années 2000, les suiveurs du Tour se sont promis de ne plus se laisser tromper. Les épisodes Landis et Rasmussen en 2006 et 2007 (pour ne citer qu’eux) l’ont prouvé. Alors, la suspicion est au rendez-vous. Chris Froome le sait, et avance ses explications. « Quand on m’a dit que Contador et Nibali étaient lâchés, c’était incroyable. J’ai pensé que ces gars-là n’avaient pas bien géré la journée de repos hier, au contraire de nous. » Des explications que refuse d’entendre Cyrille Guimard : « Ça veut dire que les autres sont des imbéciles et qu’ils ne savent pas gérer la journée de repos ? II n’y a que lui et son équipe qui savent la gérer ? Qu’il ne prenne pas les autres pour des imbéciles ! »

Les motor-home de la Sky dérangent

Jean-René Bernaudeau, directeur sportif d’Europcar, ne se veut pas si alarmiste. « Il est fin prêt, il a une équipe exceptionnelle, il a une approche précise, chapeau. » Pourtant l’équipe Europcar a déjà connu une altercation avec la Sky sur cette Grande Boucle. En cause, les trois motor-home de l’équipe britannique. « Que se passe-t-il dans ces motor-home ? Qu’y a-t-il de si important qui justifie un investissement de 1,5 millions d’euros ? Pourquoi doivent-ils être à côté de l’hôtel ? La rumeur fait état de chambres hypoxie (ndlr : un système qui permet de simuler des heures passées en altitude afin d’enrichir le sang en oxygène). Dans ce cas, où est l’équité sportive entre les équipes ? », se demande Cyrille Guimard. Les questions ont le mérite d’être posées. Les contrôles appropriés auront sans doute lieu. Et on en vient à n’espérer qu’une chose : demander pardon d’avoir douté. Sans quoi le cyclisme aurait cette fois du mal à s’en relever.

Rémi Farge (avec P-Y.L)