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Coronavirus: les chiffres alarmants de la catastrophe économique pour le cyclisme

Les organisateurs du Tour de France ne savent pas encore s’ils vont ou non maintenir la Grande Boucle cette année et l'Union Cycliste Internationale crie famine. Les annulations et les reports successifs des compétitions et des Jeux Olympiques de Tokyo ont porté un coup sévère à ses finances. L'instance pourra-t-elle s’en relever?

L'Union Cycliste Internationale (UCI) a pris des mesures drastiques ce jeudi pour faire face à la réduction considérable des recettes, après l’annulation et le report de centaines d’événements vélo au quatre coins du globe, dont les Jeux olympiques de Tokyo, en raison de l'épidémie de coronavirus.

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Au total, les salaires et les indemnités des salariés de l'instance ont été réduits et 130 employés ont été mis en chômage partiel ou en congés. Pour David Lappartient le président de l’UCI, "la fédération internationale traverse une crise que nous n'avons pas connue depuis la Seconde Guerre mondiale", il fallait prendre des décisions fortes.

Le report des JO a coûté très cher

Mais cela ne pourrait pas être suffisant. D'après l’agence de presse américaine AP, "les perspectives financières du cyclisme sont très sombres et très inquiétantes". Un risque de faillite serait même à envisager tant les pertes sont importantes et coûteuses.

Au total, on estime que le seul report des JO de Tokyo, à juillet 2021, va coûter 23,5 millions d’euros, via l’absence des primes sportives reversées par le CIO. Cela représente 41% du chiffre d’affaires total de l’UCI sur une seule saison, estimé sur la période 2015-2018 à 57 millions d’euros.

Vers le remboursement des villes-hôtes

A cela se rajouterait le remboursement d’une partie des frais d'hébergement et d'inscription payés par les organisateurs de courses. Sur ces 26 millions d’euros glanés par saison, l’UCI va devoir rembourser toutes les villes qui avaient payé des droits pour accueillir un événement et une course sportive.

Par exemple, bien que le Tour de France ne soit pas encore officiellement reporté ou annulé, pour qu’une ville soit ville-départ ou ville-arrivée, elle doit débourser respectivement 60.000 et 100.000 euros à ASO, l’organisateur officiel. Ce dernier ira ensuite reverser une partie à l’UCI, au titre de représentant du cyclisme mondial.

35M€ en moins et des réserves dépendantes des aléas financiers

Sans aucune course sur toute la période du confinement, c’est une accumulation de pertes sèches et une obligation de remboursement, la plupart du temps non-assurée. L'UCI a déclaré qu'elle avait reçu "plus de 650 demandes" pour reporter ou annuler des événements jusqu'en août en raison de l'épidémie de coronavirus. Au total, le manque à gagner pourrait s’évaluer à plus de 35 millions d’euros, 60% du budget total de l’Union Cycliste Internationale. Et ses réserves bancaires, déclarées à 42,5 millions d’euros en 2018, ne devraient pas suffire pour faire face à la crise et surtout à sa durée. D'autant plus qu’une partie de son portefeuille est placée en bourse. 

"Nos actifs souffrent des effets de la pandémie sur les marchés financiers, et tout cela est combiné à l'effondrement des prix du pétrole", a déclaré l'instance dirigeante. En conséquence, et afin d’éviter une faillite prévisible, l’UCI, dont son siège est basé à Aigle en Suisse, aurait soumis une demande d’aide financière via le programme d'urgence approuvé le mois dernier par le gouvernement fédéral helvétique. En tout cas, l’instance y serait parfaitement éligible.

Pierre Rondeau