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Tour de France: de l'eau pour arroser les routes, "une absurdité" et un mauvaise symbole pour des militants écologistes

Les 10 000 litres d'eau utilisés pour rafraîchir les routes du Tour de France suscitent une vaste vague de réactions, notamment au sein des associations et élus écologistes, qui voient dans cette mesure une absurdité, contraire aux règles imposées à l'ensemble des Français en cette période de canicule.

La polémique suscitée par les 10 000 litres d'eau à disposition pour rafraîchir les routes empruntées par les coureurs du Tour de France a durement fait réagir plusieurs élus ou associations écologistes, qui peinent à comprendre une telle mesure, dans des régions où les locaux sont privés d'arroser leurs propres cultures en raison de la canicule.

"On est toujours dans la politique de l’autruche"

"C’est une décision qui représente l’absurdité de notre système, s'agace David Belliard, adjoint écologiste aux Transports de la ville de Paris. Alors que nous avons des problèmes de sécheresse, avec plus de 60 départements en alerte canicule, des feux de forêt partout, qu’il nous faut mieux préserver la recherche en eau, qui devient extrêmement précieuse avec les dérèglements climatiques, et bien il y a pour le Tour de France, des milliers de litres d’eau qui vont être utilisés pour rafraîchir la chaussée et permettre aux coureurs de passer."

"On a l’impression que quoiqu’il arrive on est toujours dans la politique de l’autruche par rapport à la question climatique et la question de l’eau en particulier, complète Gabriel Mazzolini, porte-parole d’Alternatiba et Les Amis de la Terre, mouvements citoyens de mobilisation sur le dérèglement climatique. Et j’ai bien conscience que c’est très peu d’eau, mais c’est le symbole que nous ne sommes pas adapté au dérèglement climatique, il faudrait changer le modèle. La meilleure façon, ce serait de retarder le Tour en attendant des températures plus clémentes. Ca permettrait de mieux préserver la santé des coureurs et d’économiser l’eau."

"Ce que nous sommes en train de vivre, c’est l’urgence climatique"

Arnaud Schwartz, président de l’association France Nature Environnement estime lui que la décision n'est pas "particulièrement choquante": "Il faut préserver la santé des coureurs et spectateurs. 10 000 litres d’eau ça représente 1000 fois cet arrosoir. 1000 arrosoirs de 10 litres sur le Tour de France, je pense que ce n’est pas exagéré. C’est une compétition qui véhicule des valeurs écologiques avec le vélo qui est remis au goût du jour." Le dirigeant estime que ça n'excède pas les consommations d'eau nécessaire aux lavages de voiture.

"Demandez aux agriculteurs qui vont voir leurs récoltes mises en souffrance par cette tension hydrique, si 10 000 litres d’eau ne pourraient pas être utiliser à meilleur escient, assure de son côté David Belliard. Chaque litre compte, si on se dit que ces petites choses n’ont pas d’importance, on n’y arrivera jamais. (...) Ce que nous sommes en train de vivre c’est l’urgence climatique, une situation de sécheresse qui doit nous faire changer notre façon de vivre, et de gérer les ressources en eau."

"Il faudrait faire rouler les coureurs de nuit"

Gabriel Mazzolini pointe lui des politiques deux poids-deux mesures, où l'on demande à chacun de faire un effort, mais où rien n'est mis en place à l'échelle collective. "Il faut qu’on fasse tous des efforts concernant la question de l’eau, explique le porte-parole. Mais de l’autre côté on n’a pas d’action concrète de la part du gouvernement. Face aux incendies en Gironde, la réponse du gouvernement a été de mettre en place un numéro vert. En tant que citoyen on ne peut pas ne pas avoir la sensation d’être moqué dans cette affaire."

Tous s'interrogent sur l'avenir du Tour de France, alors que le réchauffement climatique devrait contraindre l'organisation à anticiper d'autres canicules lors des prochaines années. "Il pourrait effectivement y avoir d’autres solutions à trouver mais ce ne sont pas 2-3 heures de différence qui vont changer la température, relève Arnaud Schwartz. En période de canicule, les chaussées accumulent tellement de chaleur et les étapes sont tellement longues que ça ne changerait rien. Il faudrait faire rouler les coureurs de nuit mais là ça poserait d’autres questions de sécurité."

Plus pessimiste, Gabriel Mazzolini souhaite que cette vague d'indignation permette à tous de "repenser la façon d’organiser ces compétitions sportives", et d'éveiller les consciences: "Je ne veux pas être excessivement dramatique mais il ne sera plus possible de vivre dans un monde à +4 degrés. Donc ça va nous appeler à plus de vigilance, à nous dire que c’est maintenant qu’on doit prendre des décisions plus radicales pour éviter que ce réchauffement climatique ne s’emballe encore plus et qu’on ne puisse même pas envisager de suivre des compétitions sportives de ce type à l’avenir."

AC avec MC