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On a passé une journée dans la première école d'eSport en France

Les gamers ont désormais leur propre école ! Il s’agit de l’eSport Academy, qui a ouvert ses portes il y a deux mois du côté de Nantes. Qu’enseigne-t-elle ? Quelle est la qualité du suivi ? Passe-t-on uniquement son temps à jouer ? Quels sont les débouchés ? RMC Sport eGaming a passé une journée en immersion au sein de ce drôle de lieu.

Bouguenais, en Loire-Atlantique, 10h30. Le lieu est désert. Derrière nous, un camion de friterie vient de stationner, prêt à lever sa devanture et à afficher ses prix. Juste à côté, se tient une bâtisse blanche, avec des portes vertes. A première vue, l’endroit ne paie pas de mine. Après quelques minutes d’hésitation – le temps de faire le tour du propriétaire – on finit par pousser la porte. Puis une autre. 

Et là, plus de doute : un maillot de l’équipe Millenium – un des plus grands clubs français d’eSport – encadré au mur, une petite collection de jeux vidéo divers et variés, bien rangée dans une bibliothèque, des ordinateurs : nous sommes bien à l’eSport Academy.

Les joueurs de LoL (League of Legends) en pleine partie. Chut...
Les joueurs de LoL (League of Legends) en pleine partie. Chut... © DR

Un vrai lieu de vie

La grande salle située en face de nous nous plonge directement dans le vif du sujet. Une première rangée de PC à l’entrée, une deuxième au fond de la salle. Des PC partout ? Non, au milieu, deux canapés. Un grand écran TV, des consoles de jeu vidéo. Et une table pour manger aussi.

La plus grande pièce de l’eSport Academy mélange les genres, à l’image de ces posters de super-héros ou de ce casque d’Iron Man, qui nous rappellent l’univers forcément geek du lieu. Mais pas que. Un peu plus loin, on trouve des douches, une machine à laver, un sèche-linge et quelques mètres après, un véritable dortoir. Plus qu’une école, l’eSport Academy est un lieu de vie où le maitre mot est… collectif.

La cuisine de l'eSport Academy
La cuisine de l'eSport Academy © DR

900 demandes sur les deux dernières semaines

« Les jeux qu’on fait ici sont tous en équipe. C’est pour ça qu’on se base sur le principe de communauté, confirme Fabien Goupilleau, le co-fondateur de l’école. On veut vraiment que la personne se sente à l’aise pour progresser plus vite. » Et pour cela, hors de question d’amasser les candidats. Alors que la capacité maximale de l’école est de 25 élèves et que la file d’attente est longue (900 demandes sur les deux dernières semaines !), ils ne sont que 19 actuellement à fréquenter l’enceinte.

Outre le coût de la formation (3 500 € par an, soit 500€ par mois pendant neuf mois), il faut également un bon dossier. Car être juste bon ne suffit pas. « On juge sur la culture générale, la culture du domaine de l’eSport et le projet professionnel de la personne », souligne Fabien Goupilleau, qui fait office de jury, avec son associé Cédric et Héléna, en charge de la communication de l’école.

La salle principale de l'eSport Academy
La salle principale de l'eSport Academy © DR

Joueur, coach, manager ou même kiné : à vous de choisir

Pas de panique : un faible niveau n’est pas éliminatoire pour faire carrière dans l’eSport. Outre la carrière rêvée de pro-gamer, ce ne sont pas les vocations qui manquent : coach, organisateur d’événements, commentateur et même kiné ! Ni les cours : réseaux sociaux, programmation web, montage vidéo, psychologie, community management, avec des intervenants et des figures actuelles ou anciennes de la scène eSport. Le programme est chargé avec deux sessions de cours par jour et une journée qui démarre dès… 8h30. Chargé mais crédible pour ses élèves.

« Je suis assez satisfait, savoure Xavier, ancien maitre-nageur. Il y a un suivi. Les cours sont construits par des professionnels. On touche un peu à tout pour ne pas nous faire louper une vocation qui pourrait apparaitre. Et puis à la fin des trois premiers mois, on sera plus porté vers un domaine en fonction de son niveau. » Il est midi. Le moment de voir tout ce petit monde s’affairer autour d’un plat de pâtes. Et d’apprendre que les élèves se relaient pour la cuisine et le ménage, le tout en parfaite harmonie. Puis vient le début d’après-midi. Alors que certains reprennent leur entraînement intensif sur PC, d’autres discutent du cours qu’ils auront un peu plus tard avec un coach sur TeamSpeak (un logiciel de discussion en ligne), alors qu’une bonne poignée quitte les lieux en shorts et baskets pour aller… courir !

De la théorie à la pratique. Ce jour-là, les élèves devaient trouver un nom accrocheur à un tournoi dont ils géreront l'organisation
De la théorie à la pratique. Ce jour-là, les élèves devaient trouver un nom accrocheur à un tournoi dont ils géreront l'organisation © DR

Seuls les joueurs de Call of Duty sont isolés

« Ça permet aussi de souffler en-dehors du jeu vidéo, assure Sacha. On va à la salle de muscu ou on fait un peu de sport collectif pour travailler la cohésion de groupe et calmer les tensions. » 14h30. Tout le monde a repris son train-train, celui des cours. Un petit coup d’œil, avant de finir, sur la seule chambre isolée de l’enceinte, celle consacrée aux joueurs spécialistes de Call of Duty. Pourquoi ce recul ?

« Parce que c’est un jeu qui se joue beaucoup au son, explique Valentin, 22 ans, originaire d’Avignon. Quand on était dans la pièce d’à côté, ça criait dans tous les sens. On s’entendait moins bien. Et puis c’est le principe de la ‘gaming house’. On ne joue qu’au jeu. On maximise nos chances en restant tous ensemble et, en même temps, on progresse individuellement et en équipe. »

La chambre des joueurs de Call of Duty
La chambre des joueurs de Call of Duty © DR

« Pas de rivalité pour le moment »

Et la notion de concurrence ? « Pour le moment, il n’y a pas encore de rivalité, assure Joris, 21 ans, qui après un bac ES s’est vite tourné vers l’informatique. On est tous soudés, on essaie de se serrer les coudes. Après, on ne sera pas tous pris dans les mêmes écoles, les mêmes structures. Mais le fait qu’il y ait beaucoup de débouchés permet de ne pas nous concurrencer. »

Le moment de quitter les lieux est venu. Dans quelques heures, Fabien Goupilleau et son équipe auront déserté les lieux. Pas leurs élèves. Au menu : du jeu, encore du jeu. Mais avec modération. « La première semaine, ils avaient un peu de mal à suivre les cours le matin, raconte Fabien. Puis ils ont vite compris que c’était dans leur intérêt de bien suivre les cours. » Une carrière dans l’eSport est à ce prix.

Alix Dulac