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Arbitrage: Mais alors, c’est quoi la règle de la main dans la surface?

Lyon a inscrit un penalty mardi face à Rennes (2-3), en Coupe de France, après une main involontaire de Benjamin André dans la surface. Malgré la règle établie par la Fifa, le cadre semble toujours flou et sujet à beaucoup d’interprétation.

Quand M.Bastien a désigné le point de penalty à la 75e minute de la demi-finale de la Coupe de France, mardi entre Lyon et Rennes (2-3), il s’est retrouvé encerclé d’une nuée de joueurs bretons. En tête, le capitaine Benjamin André, coupable, selon l’arbitre, d’une main après avoir contré une frappe d’Houssem Aouar. Sur les images, le ballon touche le bras du milieu de terrain rennais qui fait tout pour l’éviter, d’autant qu’il heurte d’abord son genou. Julien Stéphan, l'entraîneur rennais, a évoqué "des décisions particulières dans le match" pour parler le penalty.

Après avoir consulté ses assistants-vidéos, l’arbitre principal est resté sur sa première décision et a désigné le point de penalty. Moussa Dembélé l’a transformé et égalisé pour Lyon. Cela s’est tout de même bien terminé pour Rennes qui s’est imposé (3-2) et qualifié en finale. Mais la décision de M.Bastien entretient le flou autour de la règle de la main dans la surface de réparation.

Quiniou: "Ce penalty est très sévère"

"On voit bien qu'André fait tout pour éviter le contact en serrant les bras contre son corps un peu comme une coquille parce qu'il a peur de commettre l'irréparable, remarque Joël Quiniou, ancien arbitre international et consultant pour RMC Sport. D'après les règles de l'International Board, ce penalty apparaît vraiment très sévère."

Un cadre réglementaire est bien dédié à ce point sensible. C’est l’objet de la Loi 12 de la Fifa sur les "fautes et incorrections" qui prévoit ainsi une condition d’intentionnalité. "Toucher le ballon de la main implique un geste délibéré de la part du joueur pour toucher le ballon de la main ou du bras", précise l’organe du football international. L’arbitre doit aussi tenir compte "du mouvement de la main vers le ballon (et non pas du ballon vers la main)" et de "la distance entre l’adversaire et le ballon touché de la main (ballon imprévu)". Dans le cas de Benjamin André, c’est bien le ballon qui vient à la main et sa distance avec Houssem Aouar semble trop réduite (entre 2 et 3 mètres) pour anticiper. 

"Sur ces notions, le VAR doit être utilisé avec parcimonie"

Depuis la main de Presnel Kimpembé lors du 8e de finale retour de la Ligue des champions entre le PSG et Manchester United (1-3), le flou reste sur cette règle qui laisse une grande part à l’interprétation. L’introduction du VAR n'a pas réduit cette notion de subjectivité. "Sur ces notions d'interprétation, le VAR doit être utilisé avec parcimonie, poursuit Quiniou. La décision doit rester à l'arbitre. Sinon, on déplace la polémique du terrain devant l'écran."

"Sur toutes ces situations de main, il y a toujours le problème de l'interprétation, poursuit Quiniou. Le meilleur exemple, c'est Kimpembé qui a cherché à ramener les bras vers lui sans avoir la trajectoire du ballon. L'arbitre a considéré que le joueur avait augmenté la surface d'opposition. (...) C'est la difficulté de l'utilisation du VAR dans ces situations parce que l'arbitre de terrain aura une interprétation qui pourrait ne pas être identique à celles des arbitres du VAR."

Une nouvelle règle pour les mains offensives

Le Board a récemment clarifié la question mais seulement dans le cas des mains offensives, c’est-à-dire commises par l’équipe qui attaque. "Un but inscrit directement de la main/du bras (même de manière accidentelle) et un joueur qui marque ou se crée une opportunité de marquer après avoir obtenu la possession/le contrôle du ballon de la main/du bras (même de manière accidentelle) ne sera plus toléré", indique la nouvelle règle qui sera appliquée à partir du 1er juin. 

"S'il fallait sanctionner toutes les mains involontaires..."

Aucun exemple n’est fourni sur la faute de main commise par un joueur dans sa surface. "J'ose espérer qu'on ne va pas étendre cette notion de main accidentelle à toutes les mains dans les surfaces de réparation, conclut Quiniou. Par rapport au texte tel que je le comprends, c'est uniquement sur les mains qui débouchent sur un but. Sur les mains défensives, on doit rester sur les notions actuelles (de la Loi 12). S'il fallait sanctionner toutes les mains involontaires, cela créerait beaucoup de confusion, voire de l'injustice."

Nicolas Couet