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OM-PSG : on a fait le voyage dans le bus des Dodgers

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DOCUMENT RMC SPORT. Un de nos reporters, Florent Germain, a fait le déplacement à Paris avec les Dodgers pour assister à la finale de la Coupe de France samedi face au PSG (4-2). Un périple en bus particulièrement éprouvant mais plein de passion pour les fans de l’OM. Récit.

Il est environ 5h30, samedi matin. Le bus n°3 des Dodgers quitte Marseille et prend la route de Paris. Le soleil est à peine levé mais l’excitation est déjà palpable parmi les fans de l’OM. « On est arrivé à 5h du matin et on n’a pas arrêté de chanter, témoigne Nicolas. On n’a pas encore dormi. L’ambiance commence à monter en température. Les gars sont déjà chauds ! » Les Dodgers ont rempli plusieurs cars pour cette finale au Stade de France. Pour optimiser l’organisation, chaque supporter porte un bracelet correspondant à la couleur de son véhicule. Christian Cataldo, le patron du groupe, tient le listing. Chacun a dû débourser 100 euros pour s’offrir le déplacement et la place au stade. Presque deux fois moins cher qu’en TGV. Dans le bus n°3, des jeunes squattent le fond et Colette Cataldo, la doyenne, est installée à l’avant.

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Les lettres de Colette Cataldo

Mi-journée. C’est l’heure du pique-nique sur l’aire de Beaune, en Côte d’Or. Colette en profite pour se dégourdir les jambes. A 75 ans, elle n’a pas manqué une finale de l’OM depuis 1969. Avec ses anecdotes de déplacement, la mère de Christian pourrait écrire plusieurs bouquins. Mais avant d’y penser, elle ouvre sa glacière pour en sortir des pizzas aux anchois et fromage, avec un peu de rosé. Dans sa poche, elle a également une prière pour faire gagner l’OM : « Doux Jésus, ce soir, des milliers de Marseillais et de Parisiens vont t’implorer pour que tu les aides à gagner le match. Tu es neutre, on le sait. Mais penses à ta mère, qui veille sur Marseille et essaie de la rendre heureuse ! »

Colette a emmené une deuxième lettre avec elle. Elle est adressée à Vincent Labrune. Le président de l’OM n’a pas encore reçu le courrier car la maman des Dodgers le peaufine. Elle a l’intention d’exprimer son dégoût après cette triste saison, elle qui a été refoulée du Vélodrome lors d'un matchs à huis clos de fin de saison car les virages étaient fermés. « Ils m’ont demandé de payer ma place pour aller en tribune latérale. Si on comptait tous les kilomètres que j’ai faits pour l’OM, on pourrait parcourir plusieurs fois la distance qui sépare la Terre de la lune, et on me traite comme ça ? ». La lettre sera cinglante.

Les bus marseillais livrés à eux-mêmes

Fin d’après-midi. Le bus des Dodgers arrive au péage de Fleury-en-Bière (Seine-et-Marne), dans le sud de la région parisienne. Tous les cars marseillais y ont rendez-vous. Une heure pour sortir prendre l’air. Les chants montent en puissance. Pour la passion de l’OM, beaucoup. Pour provoquer les CRS, un peu. Quelques parties de foot s’improvisent. Les drapeaux et les fumigènes sont de sortie, en attendant la mise en place de l’escorte policière.

Une escorte policière qui, au final, brillera par son absence ! Certains bus se perdront sur le périphérique. Un car des Dodgers déplorera même une vitre caillassée. Le bus n°3 trouve lui son chemin par miracle, grâce à de super chauffeurs. L’ambiance, les chants et les provocations avec quelques supporters du PSG s’intensifient. « Ne tapez pas sur les vitres », répète la famille Cataldo, Christian en tête : « Vous ne savez pas ce que c’est un retour dans la nuit avec une vitre cassée. Moi je sais, c’est la misère ! » Le Stade de France est enfin en vue. Christian Cataldo prend le micro pour chauffer son bus. « Ce soir, on vous met le feu. Ce soir, on vous met le feu. Olympique de Marseille, Olympique de Marseille », s’époumone-t-il.

Une sécurité très mal organisée

A la descente du bus, les milliers de supporters marseillais empruntent un tunnel sous-terrain très étroit qui débouche sur une première zone de filtrage, mise en place en prévision de l'Euro 2016. Un véritable entonnoir puisque ce premier contrôle s'effectue sur l'espace d'un seul et unique portillon. De quoi provoquer quelques mouvements de foule. Certains supporters frôlent le malaise, beaucoup d'enfants arrivent finalement au stade en pleurs. Notre reporter, à l’instar de nombreux fans à ses côtés, ne subit aucune palpation avant d’entrer. Son sac à dos est seulement checké en vitesse. Inquiétant pour la sécurité.

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A moins d’une heure du coup d’envoi, le virage sud du Stade de France, réservé aux supporters de l’OM, est enfin rempli. Les Dodgers sont en haut, au dernier anneau, juste en dessous de l’écran géant. Colette s’agace et tape sur les doigts de tous ceux qui mélangent, déchirent ou font des avions avec les feuilles de papier qui vont servir au tifo géant. Au final, la fresque est une réussite. Une fierté, suivie d’un élan d’espoir après l’égalisation de Florian Thauvin. Jusqu’au penalty de Zlatan Ibrahimovic…

La résignation des supporters

A la fin du match, la plupart des Dodgers quitte leur tribune avant la remise de la Coupe de France. Beaucoup de supporters s’agacent de voir certains commencer à jeter des projectiles et des fumigènes sur les CRS, avec une tentative d’envahissement de terrain. « Ça va donner raison à ceux qui nous traitent comme des animaux », peste Jérémy. Le jeune homme est résigné. Et il a de quoi. « Je me suis échappé des urgences parce que j’ai eu un accident de scooter hier (vendredi), raconte-t-il. J’ai bougé les infirmières pour qu’elle me laisse sortir et venir voir cette finale. Je crois que j’aurais mieux fait de rester avec elles ! Mais bon, au final, c’était bien d’être avec les copains. Tout s’est bien passé. » Enfin, façon de parler…

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Sur le chemin du retour, le bus n°3 des Dodgers a le droit à un périple de 12h pour regagner la cité phocéenne. Par solidarité avec le bus n°1 (celui parti vendredi soir pour mettre en place le tifo) qui va connaître, dans le désordre et dans la même nuit : une panne de batterie au départ du SDF, une boîte de vitesse coincée à l’arrivée à Marseille et un coup de fatigue d’un des chauffeurs, qui s’accordera une sieste d’une heure sur une aire d’autoroute d’Auxerre. « Oh Guy Roux, paye ton café », se met à crier le fond du bus, pendant que Jean-Pierre, membre des Dodgers depuis 20 ans, ronfle « en faisant des cauchemars de Rekik ». « Les gars, tout de monde dort de 4h30 à 6h », ordonne Cataldo. Même Colette dit « ne jamais avoir vu ça en 50 ans de déplacements ! »

Un périple de 32 heures

Le mot de la fin revient à Cristian Cataldo, qui préfère relativiser après cette virée difficile : « On est toujours sur la route, il est 11h du matin ! Ça fait partie des histoires qu’on racontera à nos enfants et à nos petits-enfants »

La journée de dimanche est déjà bien entamée. Marseille est en vue. Enfin. Certains Dodgers retrouvent des forces et de la voix pour improviser un dernier apéritif anisé. Les deux derniers bus des Dodgers arrivent à 13h30, près de la Place Castellane. Au terme d’un voyage de 32 heures rocambolesque et agité, pour boucler une saison olympienne totalement ratée. Que seuls des passionnés ont pu supporter.

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Florent Germain