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Coupe de la Ligue 2001, et le Lyon rugit enfin

L’OL dispute ce vendredi face au PSG la dernière finale de l’histoire de la Coupe de la Ligue. Une compétition que les troupes de Jean-Michel Aulas ont remportée une fois, en 2001, premier trophée du club depuis vingt-huit ans et point de départ de sa domination nationale dans la première décennie des années 2000. RMC Sport a interrogé les acteurs de ce succès pour vous faire revivre ce sacre qui avait déclenché une liesse incroyable dans la ville.

Dans chaque conversation, le même nom qui revient. Perrache. La gare lyonnaise. Le 6 mai 2001, au lendemain de leur succès face à Monaco (2-1) en finale de la Coupe de la Ligue au Stade de France, les joueurs de l’Olympique Lyonnais rentrent à la maison pour fêter leur sacre. Et quand capitaine Sonny Anderson et ses coéquipiers arrivent en gare, c’est le choc. "Quand on est sorti du quai, on est passé devant une haie de supporters. On s’est dit: 'Mais qu’est-ce que c’est?' Il y en avait vraiment partout!", se souvient l’ancien latéral droit Jean-Marc Chanelet. "Des frissons? Le mot est faible, poursuit l’ancien milieu de terrain Philippe Violeau. Je n’aurais jamais imaginé une telle réception." 

"Même au Brésil, je n'ai jamais vu un truc pareil"

Il faut ensuite monter sur un semi-remorque pour traverser la ville direction la place des Terreaux et le balcon de l’Hôtel de Ville. Un trajet communion festive. Sonny Anderson avait raconté à Eurosport une ville qui "s’était arrêtée pour (les) acclamer", des supporters qui les suivaient "en voiture, en vélo, en scooter, en courant, du monde sur tous les ponts, à toutes les fenêtres". "Même au Brésil, je n’ai jamais vu un truc pareil, renchérit l’ancien défenseur central Claudio Caçapa, aujourd’hui entraîneur-adjoint dans le staff de Rudi Garcia. Cette image est gravée dans ma tête pour toute ma vie." "Devant l’Hôtel de Ville, il n’y avait plus une place de libre, tout le monde était là, avec des fumigènes et tout ce qu’il fallait, tout le monde chantait avec le maillot de Lyon, c’était fabuleux", se rappelle l’ancien défenseur central Patrick Müller, aujourd’hui en charge d’un programme d’échange pour les Fédérations nationales au siège de l’UEFA à Nyon (Suisse).

>> PSG-OL: Les clés de la finale de la Coupe de la Ligue selon Rudi Garcia

Jean-Marc Chanelet, passé il y a quelques mois par la cellule de recrutement de Nantes (un autre de ses anciens clubs) et aujourd’hui en recherche d’un nouveau club, conclut: "On était assaillis de partout. On avait l’impression d’avoir gagné une Coupe d’Europe alors qu’on avait gagné la plus petite des Coupes nationales. On sentait une telle attente chez les Lyonnais…" Plus d’un quart de siècle, pour être précis. L’OL n’avait plus remporté le moindre trophée depuis la Coupe de France 1973 (et même le Challenge des champions 1973, ancêtre du Trophée des champions, si on le considère comme un titre). La fin de vingt-huit ans de disette. "Au-delà d’une grande ville réputée pour autre chose, Lyon était enfin reconnue pour sa réussite sportive", se souvient Jacques Santini, entraîneur de l’époque aujourd’hui retraité.

Le regretté Marc-Vivien Foé présente la Coupe de la Ligue 2001 au peuple lyonnais sur un semi-remorque
Le regretté Marc-Vivien Foé présente la Coupe de la Ligue 2001 au peuple lyonnais sur un semi-remorque © AFP

Sur les sept années suivantes, le club allait enquiller sept titres de champion en Ligue 1, une Coupe de France et six Trophées des champions. Cette Coupe de la Ligue 2001 est un tournant. Une rampe de lancement. Qui mérite de rembobiner le film. Au début de la saison 2000-2001, Lyon est LE club qui monte en puissance dans le foot français. Repris en 1987 par Jean-Michel Aulas alors qu’il est en D2 depuis 1983, l’OL grimpe les échelons petit à petit: huitième de la D1 en 1996-1997, sixième l’année suivante puis deux fois troisième. Jacques Santini, directeur technique depuis 1997 sur l'idée de Bernard Lacombe et futur sélectionneur des Bleus entre 2002 et 2004, a pris place sur le banc à l’été 2000. Sur le terrain, un groupe construit pièce après pièce au fil des années, avec l’attaquant brésilien Sonny Anderson en star. Bref, il y a tout pour dépoussiérer l’armoire à trophées. 

"Ça fait trop longtemps pour un club comme l'OL"

"Les adversaires commençaient à nous craindre, donc on se disait qu’un titre allait arriver à un moment ou à un autre", confirme Philippe Violeau, qui fête ce 4 août les dix ans de son cabinet de conseils en gestion de patrimoine basé à Bordeaux dans lequel il est associé avec Romain Battiston, fils de Patrick (Battiston-Violeau & Associés). "On savait que l’objectif était de gagner quelque chose", appuie Patrick Müller. Le trophée n’est pas non plus la priorité absolue. "Il y avait deux choses importantes: passer le tour préliminaire de la Ligue des champions contre Bratislava, car l’élimination contre Maribor au même stade la saison précédente avait laissé des traces quelques semaines, et tout programmer pour être champions dans les trois ans, précise Jacques Santini. Mais avec un groupe compétiteur, les Coupes font aussi partie des objectifs. Et plus vous approchez du Stade de France… Ce n’est pas un objectif qu’on se fixe mais il vient de lui-même." 

Arrivé pour un prêt de six mois en janvier 2001, pour compenser la grave blessure du capitaine Florent Laville, Claudio Caçapa comprend toutefois vite le poids de l’attente. "C’est une des premières choses dont on m’a parlé en arrivant, raconte le défenseur brésilien. Un membre de la direction m’a dit: 'Ça fait vingt-huit ans qu’on n’arrive plus à gagner quelque chose, ça fait trop longtemps pour un club comme l’OL'. J’ai tout de suite compris qu’ils allaient tout faire pour mettre le groupe dans de bonnes conditions pour qu’on puisse gagner des titres. Et quand je suis arrivé au centre d’entraînement avec Sonny Anderson, je me suis dit: 'Il va se passer quelque chose, il faut rester ici'."

Sonny Anderson (trophée en main) et ses coéquipiers célèbrent la victoire en Coupe de la Ligue 2001 avec les supporters lyonnais depuis le balcon de l'Hôtel de Ville
Sonny Anderson (trophée en main) et ses coéquipiers célèbrent la victoire en Coupe de la Ligue 2001 avec les supporters lyonnais depuis le balcon de l'Hôtel de Ville © Icon Sport

En championnat, avec un Sonny Anderson meilleur buteur de D1 (vingt-deux réalisations), l’exercice 2000-2001 va se conclure sur une qualification directe en C1 avec la deuxième place, quatre points derrière le Nantes de Raynald Denoueix, malgré une fin de saison boulet de canon et deux victoires sur les Canaris. "On parle souvent du finish des Lyonnais sur les saisons et c’est un peu ce qu’on a fait cette année-là, se rappelle Patrick Müller. On a vraiment cru qu’on allait gagner ce titre mais Nantes n’a rien lâché." La perte du titre s’explique aux aurores de l’exercice, en raison d’un travail foncier décalé par Jacques Santini et Robert Duverne (préparateur physique) pour éviter les jambes trop lourdes en tour préliminaire de la C1. 

"On ne s’est plus parlé comme entraîneur-joueur mais entre hommes"

En Ligue des champions, l’obstacle Bratislava effacé, l’OL va passer la première phase de poules et rater la qualification pour les quarts à la différence de buts particulière face à Arsenal lors de la seconde (le Bayern Munich, battu 3-0 à Gerland avec un doublé du jeune Sidney Govou, termine premier du groupe). En Coupe de France, les Lyonnais tombent en quarts, à Strasbourg, vainqueur 3-0 du match "le moins abouti de la saison" de l’OL dixit Jacques Santini. "Avec le staff, on avait relié tous les objectifs sur cette période en mars-avril", poursuit l’ancien entraîneur. Cela va payer en Coupe de la Ligue. Lyon débute sa campagne en seizièmes, début janvier. Une victoire 2-1 à Sedan, cinquième du championnat cette saison-là, avec des buts de Sonny Anderson et Sidney Govou. 

Le huitième voit Jacques Santini et ses hommes se déplacer fin janvier à Lens, futur rival pour le titre la saison suivante, pour une victoire 3-1 avec des réalisations signées Edmilson, Pierre Laigle et Steve Marlet. Le quart est un match piège à Amiens, alors en National (troisième division), battu 2-0 fin février sur un doublé du jeune Steed Malbranque. Une rencontre où le turnover, marque de fabrique du coach lyonnais toute la saison avec un groupe aux postes doublés, a servi. "Le matin du match, j’avais annoncé à Sonny que je voulais le protéger et il n’était pas bien chaud, se remémore Jacques Santini. Mais quand le petit Malbranque marque son second but, alors qu’il s’échauffait derrière les cages, il est venu lui sauter dans les bras. On avait gagné notre pari puisque j’avais été un des premiers entraîneurs à imposer le turnover mais sans faire n’importe quoi. Il y avait toujours une grosse assise du groupe titulaire qui débutait." "Le coach a permis que tout le groupe se sente concerné", appuie Jean-Marc Chanelet.

Pierre Laigle (à droite) célèbre un de ses deux buts pour l'OL en demi-finale de la Coupe de la Ligue 2001 contre Nantes
Pierre Laigle (à droite) célèbre un de ses deux buts pour l'OL en demi-finale de la Coupe de la Ligue 2001 contre Nantes © AFP

La demi-finale, le 10 avril 2001, est un match entre les deux cadors du championnat avec la réception de Nantes pour une victoire 3-2 grâce à un but de Sonny Anderson et un doublé de Pierre Laigle, meilleur buteur de l’OL dans cette campagne. "On avait mal appréhendé la pression avec cette finale au bout et on rate notre première période, où Nantes mène 2-1, avec un joueur qui était un peu hors sujet, Edmilson, raconte Jacques Santini. Cinq minutes avant de rentrer pour la seconde période, après les consignes pour remonter le moral de l’équipe, je l’ai attrapé dans les douches et on ne s’est plus parlé comme entraîneur-joueur mais entre hommes. Et Edmi, qui avait fait pas mal de fautes sans trop de conséquences, m’a fait une seconde période impériale. Après l’égalisation, Nantes ne pouvait plus rien arrêter. Si on termine à 4-2 ou 5-2, ça n’aurait pas été illogique car les joueurs avaient carrément laminé les Nantais dans cette seconde période." 

Aulas "ne voulait pas mettre trop de pression"

A la dernière minute, Claudio Caçapa a pourtant failli éteindre Gerland avec une tête sur un corner adverse – il avait été poussé par Mickaël Landreau, gardien des Canaris monté pour la dernière occasion – qui termine sur la barre de son propre but. Le Brésilien aurait pu être le coupable d’une occasion manquée. Moins d’un mois plus tard, il va devenir un héros. Ce 5 mai 2001, au Stade de France, Monaco se présente face à l’OL pour la finale. Le Monaco de Marco Simone, Marcelo Gallardo, Rafael Marquez, Christian Panucci, Martin Djetou, Ludovic Giuly et Shabani Nonda, champion de D1 la saison précédente. Sacré client. "Ils avaient une plus belle équipe que nous", estime Jacques Santini. "Entre nous, on se disait qu’on n’était pas favoris mais que c’était du 50-50, se souvient Claudio Caçapa. Eux aussi savaient qu’on avait une très belle équipe."

Fin avril, Jacques Santini a pu profiter de la trêve internationale pour préparer ses joueurs. "On avait été passé trois-quatre jours en stage vers La Grande-Motte, raconte l’ancien coach. Cette finale était vraiment devenu l’objectif." Elle va se dérouler au Stade de France, enceinte vieille de trois ans et demi où les Bleus ont conquis le monde en 1998. Une première pour Lyon et pour la grande majorité de ses joueurs. "La veille du match, on avait pu s’entraîner là-bas et le découvrir, raconte Jacques Santini. Je savais ce que ça pouvait représenter pour les joueurs, d’autant qu’on avait quelques jeunes. J’avais parlé de deux choses: savourer ces moments, le Stade de France, la finale, et le fait qu’elle allait être pour nous." "Quand on rentre dans ce stade vide, la pression monte déjà, raconte Philippe Violeau. Je ne dirais pas qu’on est déjà dans le match mais on sait ce qui nous attend. Et quand on le voit rempli…"

Les supporters lyonnais au Stade de France lors de la finale de la Coupe de la Ligue 2001
Les supporters lyonnais au Stade de France lors de la finale de la Coupe de la Ligue 2001 © AFP

Avant de vivre ça, il y a aussi de l’intendance à gérer. "Monaco avait gagné le droit de jouer en blanc et rouge mais on avait le choix de nos couleurs et le groupe et le staff n’étaient pas du même avis que la direction", se souvient l’ancien entraîneur. Ce sera le bleu choisi par les joueurs, avec en clin d’œil la marque… Lion (la barre chocolatée) comme sponsor. Pour le coach, l’heure est aussi au choix des hommes: "On était partis à dix-huit joueurs et avant la causerie, j’avais dû annoncer à David Linares et Patrice Loko qu’ils n’allaient pas figurer sur la feuille de match. Peut-être que beaucoup ont oublié ces choses mais un entraîneur ne les oublie pas." Tout proche de son premier trophée, Jean-Michel Aulas n’est jamais loin. Sans en rajouter. "Il a toujours été proche du groupe, comme depuis qu’il est président, explique Jacques Santini, mais il ne voulait pas mettre trop de pression. Je ne l’ai jamais entendu dire: 'Il faut absolument gagner'. Il s’est placé au-dessus de la mêlée, tout en étant présent, en venant partager le déjeuner, la causerie. On échangeait en aparté, il me demandait comment je sentais le groupe sans qu’il s’immisce dans la composition."

"Ce but a changé ma vie"

Pas de pression mais une musique de fond jouée depuis longtemps. "A partir de 1997, on a eu ce sentiment que nous faisait passer Jean-Michel Aulas, à savoir la gagne, la gagne, la gagne quoi qu’il arrive", se remémore Philippe Violeau. L’OL la touche plus que jamais du doigt avec cette Coupe de la Ligue. Mais il y a une finale à remporter. Dans une ferveur qui marquera ses acteurs. "Il y avait beaucoup plus de Lyonnais que de Monégasques dans le stade", confirme Patrick Müller. "Je sortais rarement au moment de l’échauffement des joueurs, mais là je l’avais fait car on sentait cette ferveur, poursuit Jacques Santini. On avait les yeux grands ouverts d’avoir plus de 40.000 Lyonnais dans les tribunes. On ne pensait pas qu’il allait y avoir cette ambiance que nos supporters ont mise pendant 120 minutes."

Le match, justement. L’une des plus belles finales de Coupe de la Ligue de l’histoire. Les premières occasions sont monégasques. Mais dans l’enceinte où Lilian Thuram a envoyé la France en finale de la Coupe du monde, un défenseur va changer la donne. A la 35e minute, Claudio Caçapa part de sa moitié de terrain, initie un double une-deux avec Steve Marlet et devance la sortie de Stéphane Porato qu’il lobe avant de finir sa course dans le but avec le cuir. Lyon mène 1-0 et le Brésilien n’oubliera jamais. "Je suis en train de vous parler et je vois le but, lance-t-il dix-neuf ans après. Il a changé mon destin à l’OL et ma vie car tout de suite après le match, le président m’a dit: 'On va t’acheter, tu ne bouges plus de là'. J’étais très content car mon idée était de rester. J’avais l’habitude quand j’étais plus jeune de faire de temps en temps ces genre de remontées. Là, les Monégasques étaient coupés en deux et je me suis dit: 'C’est le bon moment de contre-attaquer'. J’ai aussi de la chance car je mets un pointu qui lobe Porato et ensuite le ballon rentre tout seul. J’avais tellement envie que ce ballon rentre que j’ai aussi voulu mettre la tête et je suis rentré avec le ballon dans les filets. C’est un des plus beaux moments que j’ai vécus dans le foot."

Claudio Caçapa (à genoux) coincé dans les filets et félicité par ses coéquipiers après son but en finale de la Coupe de la Ligue 2001
Claudio Caçapa (à genoux) coincé dans les filets et félicité par ses coéquipiers après son but en finale de la Coupe de la Ligue 2001 © AFP

"Claudio s’est senti pousser des ailes, analyse Philippe Violeau, et c’est une finition de pur attaquant. Lorsqu’un défenseur central partait vers l’avant, je prenais son poste pour assurer face à un éventuel contre. Je le regarde avec des grands yeux mais il va jusqu’au bout. Il va même plus que jusqu’au bout car il a fallu les filets pour l’arrêter sinon il aurait fini dans la tribune. (Rires.)" Entouré par ses coéquipiers, le Brésilien met quelques secondes à sortir des filets. "J’étais vraiment coincé, sourit-il. J’ai voulu repartir vite pour aller saluer les supporters mais j’étais accroché et du coup je suis resté dans le but." "On l’avait un peu chambré, raconte Jean-Marc Chanelet. Quand on a revu ça, on rigolait. C’était le lion pris dans ses filets. C’était un but rageur qui démontrait l’état d’esprit de l’équipe." "Même lui ne croit pas qu’il a pu marquer ce but-là, s’amuse Jacques Santini. Claudio nous a tellement apporté en rigueur défensive. Je me rappelle comment il parlait avec le petit Jérémie Bréchet, sur la gestion des duels homme à homme et comment il devait se positionner. Et là, dans cette action, il y a tout."

"Il n'y a que lui qui aurait pu être là"

Suite à un relais un peu chanceux de Marco Simone, et un raté de Grégory Coupet qui était sur la trajectoire, Shabani Nonda égalise après vingt minutes de jeu en seconde période. Plus rien ne sera marqué dans le temps réglementaire. La prolongation est calme, crispée par et la crainte du contre. Mais arrive la 118e minute. Inoubliable. Lancé par Jérémie Bréchet sur la gauche du terrain, Sonny Anderson récupère la balle dos au but, se retourne et part dans un déboulé. Il dépose Julien Rodriguez, qui chute dans sa tentative de le stopper, et trouve la lucidité d’adresser un bonbon de passe en retrait. "Dans les commentaires du match, ils disent que Sonny n’avait pas été trop en vue mais c’est là qu’on voit la patte des grands joueurs, pointe Jean-Marc Chanelet. C’est lui qui débloque tout."

"Monaco avait très bien préparé son plan pour le contrer, poursuit Philippe Violeau. Mais c’était un phénomène qui était capable de vous faire un geste ou quelque chose qui allait changer le cours des événements à tout moment." Patrick Müller – entré douze minutes avant en remplacement du regretté Marc-Vivien Foé au milieu de terrain, poste où il avait évolué quelques années plus jeune – arrive lancé et tacle la balle en reprise de volée pour faire chavirer les supporters lyonnais. "Quelques temps avant, il avait subi une mauvaise entorse de la cheville, on ne savait même pas s’il pourrait être dans le groupe, se souvient Jacques Santini. Patrick avait une science du jeu et une anticipation. Il n’y a que lui qui aurait pu être là. Quand il a vu Sonny commencer son déboulé, d’autres n’auraient peut-être pas suivi mais lui sentait que ça pouvait être là."

Patrick Müller (de face) félicité par Grégory Coupet après son but décisif en finale de la Coupe de la Ligue 2001
Patrick Müller (de face) félicité par Grégory Coupet après son but décisif en finale de la Coupe de la Ligue 2001 © AFP

Ses coéquipiers de l’époque soulignent tous "la grande qualité technique" de son but, un autre "geste d’attaquant". "Dans ces moments-là, on a tous des petits instants de folie et on fait des gestes qu’on n’aurait pas faits dans un match ordinaire, rappelle Philippe Violeau. C’est ce qui fait aussi la magie d’une finale." "Le ballon, il faut aller le chercher, complète Jean-Marc Chanelet. Il se jette au bon moment, il faut qu’il soit en l’air et le pied avancé pour prendre le ballon. S’il ne prend pas l’initiative de se jeter, il ne le prend pas. Ce n’est pas un but facile à mettre." 

"Je ferme les yeux et quand je les ouvre, le ballon est au fond"

L’intéressé se veut plus humble: "J’ai eu beaucoup de réussite. Le plus gros du boulot, c’est Sonny. Moi, je suis un peu plus proche du but adverse que si j’étais défenseur central. Je vois Sonny déborder et je me dis : 'J’avance et je vais avec lui'. Il fallait que l’équipe avance ensemble même aussi tard dans le match. Sur son centre, je suis surpris de me retrouver assez seul dans les seize mètres monégasques. Le ballon arrive, je me jette dessus, je ferme les yeux et quand je les ouvre, il est au fond. (Rires.) C’est un but qui m’a marqué et qui a marqué les Lyonnais. Chaque fois que je retourne à Lyon, beaucoup de gens m’en parlent. En Suisse, les années précédentes, je n’avais jamais gagné un titre, j’avais fini trois fois deuxième du championnat et perdu deux finales de Coupe et j’avais l’impression d’être un peu le chat noir. Donc ce titre en marquant le but décisif, c’était fort. Quand j’en parle ou que je revois les images, j’ai des frissons. C’est quelque chose qui marque à vie." 

Il reste deux minutes mais la finale a basculé. Dans l’explosion de joie des joueurs comme du public, on sent que le trophée est déjà à la maison. "Je ne vais pas dire qu’on ne craignait plus rien mais on avait senti qu’ils avaient lâché l’affaire et qu’il leur serait impossible de revenir", confirme Philippe Violeau. L’arbitre siffle la fin des débats et Sonny Anderson va soulever la Coupe avec le capitaine blessé Florent Laville pour l'accompagner. Avant de longues minutes de partage avec les fans. "On en a profité jusqu’au bout, confirme Claudio Caçapa. Nous sommes restés sur le terrain jusqu’à la dernière minute où on pouvait rester. Pareil dans le vestiaire. On était tous en train de danser, de chanter, de se féliciter." Patrick Müller évoque "des caisses de bière, le champagne, le jacuzzi dans les douches, la totale".

Sonny Anderson en liesse avec ses coéquipiers après avoir soulevé la Coupe de la Ligue 2001
Sonny Anderson en liesse avec ses coéquipiers après avoir soulevé la Coupe de la Ligue 2001 © AFP

Jacques Santini reste plus sobre et tient à associer tout le monde: "On a fait plein de photos et je me revois avec les deux buteurs, puis après avec Sonny et Bernard Lacombe, car c’est nous qui avons un peu décidé monsieur Aulas d’aller le chercher à l’époque, avec des gros cigares, tous trempés car les joueurs nous avaient passé sous la douche. C’était une satisfaction pour tous les efforts de tout le monde, en particulier pour monsieur Aulas et ce qu’on appelait à l’époque sa garde rapprochée, monsieur Jean-Claude Morel, le président Roger Michaux qui lui avait passé la main et tous ceux qui entourent encore le président. J’avais ressenti la joie de tous ces hommes-là qui avaient beaucoup sacrifié pour l’OL, auxquels j’ajoute des salariés comme Olivier Blanc et Marino Faccioli. On est tous en costume du club et on a plein de photos en train de se passer la Coupe. On l’avait un peu squattée par rapport aux joueurs. Je ne vous dis pas l’ambiance dans ce vestiaire… Je ne sais pas combien de temps on y est resté, une heure ou deux."

Müller et la légende du car

"Pour le président Aulas, c’était une récompense de tout le travail fourni, estime Philippe Violeau. Il était plus qu’heureux et il nous l’a fait savoir." De quoi pousser à la double prime? "Je ne m’en souviens pas, franchement, sourit l’ancien milieu de terrain. Mais le connaissant, c’est très possible." La soirée se poursuit au Lido, mythique cabaret parisien, pour un dîner réservé à l’avance, victoire ou pas. "Il n’y avait pas que l’équipe et le staff mais tout le club, toutes les personnes qui ont travaillé toute l’année, et nos proches", se souvient Patrick Müller. "De mémoire, il y avait des petites tables rondes où on se mettait à une petite dizaine, complète Philippe Violeau. Jean-Michel Aulas est passé à chaque table nous féliciter. Puis certains ont continué la soirée dans d’autres lieux. (Sourire.)" "La nuit a été assez courte", confirme Patrick Müller. On laissera le mystère au mystère.

Le lendemain matin, il est l’heure de rentrer sur Lyon. Mais il faut réunir les fêtards, pas toujours simple. "Monsieur Faccioli et les personnes qui s’occupaient du déplacement avaient dit: 'Pour les cars, il ne faut pas rater l’heure de départ de l’hôtel car on a le TGV à telle heure', raconte Jacques Santini. Mais certains manquaient à l’appel. On est arrivé à la gare avec deux cars mais il y en avait trois en tout et il y avait Patrick Müller qui était tout seul dans le dernier. Il avait fait ouvrir le toit et il est arrivé dans un car pour lui tout seul car c’était le dernier." L’intéressé n’en a "pas souvenir". Mais rappelle dans un sourire que "la soirée a été assez longue" et que "Jacques s’en souvient certainement mieux que (lui)".

Jacques Santini, Jean-Claude Morel et Jean-Michel Aulas (de gauche à droite) célèbrent le succès de l'OL lors de la Coupe de la Ligue 2001, premier trophée du club en vingt-huit ans
Jacques Santini, Jean-Claude Morel et Jean-Michel Aulas (de gauche à droite) célèbrent le succès de l'OL lors de la Coupe de la Ligue 2001, premier trophée du club en vingt-huit ans © AFP

Ils continueront la fête dans le train avant l’arrivée à Perrache et la folie en ville. Dix-neuf ans plus tard, les frissons sont toujours là. Nos témoins parlent de cette Coupe de la Ligue comme "un de (leurs) meilleurs souvenirs à Lyon", en-dessous du premier titre de 2002 (après une "finale" lors de la dernière journée contre Lens) en termes d’émotion mais pas trop loin non plus. Tous évoquent aussi une "rampe de lancement" pour la suite. "Cette finale gagnée a tout déclenché", estimait l’ancien gardien Grégory Coupet il y a quelques années. "On se disait qu’on n’avait plus à rougir ou à être timide", reprend Jean-Marc Chanelet. "Sans trophée, vous n’existez pas, estime Philippe Violeau. Vous pouvez terminer deuxième dix ans de suite, ça n’intéresse personne. Il n’y a que les trophées qui font que vous pouvez prétendre à une reconnaissance et c’était le début de cette reconnaissance." "A partir de là, on a pris goût aux titres, les supporters aussi, et tous ensemble, on s’est dit qu’il fallait gagner des titres toutes les saisons, insiste Claudio Caçapa. Et les dirigeants et le coach se sont dit qu’ils avaient trouvé la bonne formule." 

Celle d’un groupe construit "en mélangeant de l’expérience, de la jeunesse, et des mentalités de gagnants" (Claudio Caçapa). "C’est ce qui a été particulièrement bien fait à cette époque, souligne Philippe Violeau. Tout le monde s’entendait très bien. Même Sonny, qui était à nos yeux une grande star, s’est mis au niveau. Il nous a tiré vers le haut et il n’a jamais été prétentieux." "Si on parle de stars, on n’avait que Sonny, rappelle Jacques Santini. On avait des très bons joueurs mais pas de joueurs hors normes comme il pouvait l’être. Quand j’avais pris l’équipe, on avait par exemple été chercher Patrick Müller qui était inconnu. On n’avait pas pu faire comme le club a pu se le permettre après. On avait insisté sur la mentalité des recrues, le côté professionnel, sur des joueurs qui avaient la gagne en eux. Avec le groupe qu’on avait, ça a été selon moi l’une des plus belles saisons sportives du club. On a vraiment tiré tout le monde à plus de 100% de leur valeur individuelle au service du collectif."

"Sans pratiquer un grand football, sauf quand il y avait des exploits par nos attaquants, on était un groupe travailleur, besogneux, responsable, avec des valeurs, un état d’esprit, qui faisaient qu’on arrivait à compenser des manques par une grande solidarité sur le terrain, juge Jean-Marc Chanelet. Pour arriver à des résultats, il faut toujours cette mentalité qui va sceller le collectif. Tout le monde pouvait apporter sa pierre à l’édifice. Ce sont deux défenseurs qui marquent dans cette finale. Ça démontre que tout le monde était concerné et qu’il y avait un état d’esprit de gagne et de solidarité." L’effet boule de neige est enclenché. Il va permettre une domination nationale de plusieurs années, avec un pouvoir attractif sur les joueurs jusqu’à la grosse équipe du milieu des années 2000 qui avait le potentiel pour aller loin en Europe. 

"Aux yeux du foot français, tout le monde se disait: 'Il y a quelque chose qui est en train de se passer à Lyon', explique Philippe Violeau. Tout le monde commençait à se dire que ça allait être à notre tour. Peut-être que sans cette victoire en Coupe de la Ligue, on n’aurait pas gagné le titre suivant. Mais à partir de là, on jouait pour tout gagner. Après, si on n’avait pas été champions l’année suivante, qu’est-ce qui se serait passé? On n’en sait rien." "Même s’il n’y avait pas eu ce trophée, les ambitions du club étaient de gagner des titres de champion de France et les bases pour ça étaient là", conclut Patrick Müller. Sept sacres nationaux viendront le confirmer. Mais la Coupe de la Ligue, malgré trois finales suite à ce premier succès (2007, 2012, 2014, après une première perdue en 1996), ne reviendra jamais entre Rhône et Saône. Il faudra battre l’ogre parisien pour voir celle de 2020, la dernière de l’histoire, rejoindre la très symbolique de 2001 dans l’armoire à trophées. 

Alexandre HERBINET (@LexaB)