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Coupe du monde: Diacre et Renard, les secrets d'une cohabitation tendue

Entre Corinne Diacre, réputée pour être intransigeante, et Wendie Renard, le courant ne passe pas vraiment. Mais la sélectionneure des Bleues et la défenseure ont appris à cohabiter, dans l'optique de remporter la Coupe du monde féminine.

Gagner, malgré les relations fraîches. Au sein de l'équipe de France féminine, qui s'apprête à affronter les États-Unis dans le cadre des quarts de finale de la Coupe du monde (vendredi 21h), la relation quasi conflictuelle entre Wendie Renard et Corinne Diacre ne passe pas inaperçue.

Le retrait du brassard pour marquer son territoire

À son arrivée à la tête de l’équipe de France, Corinne Diacre avait observé depuis plusieurs mois les Bleues. Elle avait notamment pris une première décision forte: celle d’enlever le brassard de capitaine à Wendie Renard, qui le portait depuis 2013. La raison annoncée? Que la joueuse "se recentre sur ses performances".

En réalité, pour la technicienne tricolore une chose est essentielle: être la patronne sur tous les plans. Or, l’autorité naturelle et l’aura de Wendie Renard au sein du vestiaire bleu lui posait problème. Elle lui aurait même dit qu’elle voulait qu’elle "redevienne une joueuse lambda". Un choc pour la capitaine de l’Olympique Lyonnais, dévouée à son pays et au maillot frappé du coq. "Wendie n’a pas besoin de parler dans le vestiaire, un seul regard suffit pour comprendre le message", ont confié certaines joueuses à RMC Sport. Si elle n’est plus la capitaine, Renard reste donc l’une des cadres du groupe.

Cette décision a mis du temps à être digérée. Mais la fracture était ouverte, et ne s’est pas refermée. Comme Wendie Renard a toujours voulu protéger le maillot de son pays avant tout et donner la priorité au terrain, elle n’a jamais voulu s’épancher sur le sujet.

Aucun échange avec le but contre son camp

Ces derniers mois, le cas Marie-Antoinette Katoto a également divisé. À la suite du discours très cinglant de Corinne Diacre, à propos du comportement de l’attaquante parisienne à l’entraînement, en conférence de presse avant le match face aux États-Unis, la défenseure avait été la seule à critiquer publiquement la sélectionneure. Elle estimait qu’il aurait été préférable de "laver le linge sale entre nous".

Quelques semaines avant le début de la compétition, Diacre avait confié à sa défenseure centrale qu’elle avait besoin d’elle pour gagner cette Coupe du monde. La sélectionneure le sait, elle ne peut pas se passer de ses 113 sélections, de ses six Ligue des champions et de sa qualité sur le terrain.

Pourtant, lorsque nous lui avons posé une question sur le rôle et les buts de Wendie Renard dans ce début de Mondial (meilleure buteuse de l’équipe à ce moment-là de l’équipe de France, avec trois réalisations), la sélectionneure a débuté sa réponse par une blague qui a surpris l’assistance: "Vous comptez son csc ?". Et pourtant cette ironie n’était pas tant dénuée de sens. Car après son but contre son camp face à la Norvège, selon nos informations, Corinne Diacre n’a eu aucun mot pour sa défenseure. Aucune empathie.

Autre preuve de la volonté de Corinne Diacre de ne pas mettre en avant Wendie Renard: la joueuse de l'OL est la seule cadre de l'effectif à n'avoir jamais été présente en conférence de presse depuis le début de la préparation.

Une dissension dans le discours

Face à cette communication cash et brutale, les joueuses qui s’entendaient déjà très bien entre elles depuis pas mal de mois semblent s’être ressoudées (la cinglante défaite 4-1 face à l’Angleterre lors de la SheBelieves Cup 2018 est en quelque sorte l’acte de naissance du groupe). Pour preuve: la célébration de leurs buts. À chaque fois, la buteuse va voir les remplaçantes sur le bord du terrain, car elles s’estiment être toutes ensemble dans cette aventure qui peut les mener jusqu'au 7 juillet. C'est notamment le cas d'Amandine Henry, qui tient toujours à aller saluer ses coéquipières lorsqu'elle marque. 

Mais des sources proches de l’équipe de France ont rapporté que les briefings concernant les médias étaient très stricts, que la "politique de le terreur" s’était installée et que les relations avec l’extérieur devaient être limitées de peur "que cela retombe sur les joueuses". Dans le même style, on a d’ailleurs vu une Amandine Henry presque demander l’autorisation de répondre aux questions lors des conférences de presse à sa sélectionneure. Ou la capitaine rappelant que l'équipe de France est un groupe, et Diacre dire qu'elle n'avait que 14 ou 15 joueuses aptes à débuter et que les autres ne joueront pas.

Clairement, Corinne Diacre ne poursuit qu’un seul objectif: celui de devenir championne du monde le 7 juillet, quoi qu’il en coûte. Si elle gagne, on dira bravo. Et parfois, certains ennemis peuvent se rallier à une cause commune pour faire triompher l’équipe.

Anthony Rech