RMC Sport

Coupe du monde, J-100 : Entre polémiques et changements de dernière minute, une avant-coupe du monde pas comme les autres pour le Qatar

Après avoir changé à 101 jours la date du début de la compétition, le Qatar entame la dernière ligne droite d’une compétition qui promet autant qu’elle inquiète : beaucoup.

C’est la surprise de dernière minute, sans doute pas la dernière. Alors que traditionnellement, le vainqueur sortant ou plus récemment le pays organisateur disputait le match d’ouverture d’une coupe du monde, le tirage au sort du 1er avril dernier avait, parmi son lot de surprise, désigné Sénégal Pays-Bas comme match inaugural et Qatar Equateur en deuxième match à 17h. Ce jeudi, changement de programme, le match du Qatar est avancé au dimanche soir pour une cérémonie d’ouverture qu’un membre de l’organisation annonce « complètement dingue » à RMC Sport. Un changement surprenant, alors que Qatar sait depuis le 2 décembre 2010, il y a près de 12 ans, qu’il va organiser la Coupe du monde. Une désignation issue d’un processus très opaque et qui a vu la Russie (pour 2018) et le Qatar remporter la mise au nez et à la barbe des grands favoris anglais et américains, point de départ de l’enquête du FBI qui va coûter si cher à la FIFA et tâche qui colle toujours au Qatar avant sa Coupe du monde.

Un changement qui semble anecdotique mais qui met quelques détenteurs de tickets dans l’embarras et qui surtout illustre les ajustements qui vont encore avoir lieu dans les 100 prochains jours, où nombre de polémiques ne sont pas encore éteintes. Car à trois mois du début de la compétition, le Qatar est encore en construction. Les huit stades du Mondial sont déjà prêts mais des travaux sont encore en cours autour des enceintes. Par exemple, après les inondations de fin juillet, certains membres de la FIFA sont très inquiets en cas de pluie dans le pays lors du Mondial.

Droits de l’homme et droit de travailleurs immigrés

C’est la polémique qui trouve le plus de résonnance, tant les standards en matière de droits humains et de droits du travail sont éloignés au Qatar des démocraties occidentales même si ces droits évoluent au Qatar. L’affaire explose particulièrement en février 2021 quand le Guardian publie les travaux d’une ONG selon laquelle 6500 travailleurs émigrés, venant d'Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka ont péri au Qatar depuis que le pays a obtenu l'organisation de la Coupe du monde 2022, il y a dix ans. L’enquête ne dit pas s’ils sont décédés sur les chantiers de la Coupe du monde. Selon le comité d’organisation, seuls 37 sont morts sur des chantiers de la Coupe du monde, dont 34 qui ne sont pas considérés comme des accidents du travail ? Des chiffres remis en cause par plusieurs experts. Des nuances qui ne passent pas toujours dans l’opinion publique et nombres de publications parlent toujours de 6500 morts sur les chantiers de la Coupe du monde. Des changements existent mais ne garantissent pas un maximum de droits aux travailleurs étrangers : Il a fallu attendre 2016 pour que l’émirat abolisse le système de « kafala », qui soumet les travailleurs immigrés au bon vouloir de leur employeur. Dans la réalité c’est encore très complexe.

Les supporters de Stuttgart appellent au boycott de la Coupe du monde au Qatar, le 7 août 2022
Les supporters de Stuttgart appellent au boycott de la Coupe du monde au Qatar, le 7 août 2022 © ICON SPORT

Alcool, homosexualité, vêtements

C’est l’autre sujet sensible, quelle sera la tolérance de l’émirat qatari vis-à-vis du comportement des fans de football qui peuvent parfois s’éloigner des standards rigoristes de l’émirat, qui, dans sa loi, banni l’homosexualité et les relations sexuelles hors mariage. Interrogé par l'agence Associated Press début avril, le responsable de la sécurité de Qatar 2022, le général Abdullah al-Ansari, avait évoqué la promotion d'orientations sexuelles et d'identité de genre non-normatives pendant le Mondial. "Si un supporter brandit un drapeau arc-en-ciel dans un stade et qu'on le lui enlève, ce ne sera pas parce qu'on veut l'offenser, mais le protéger, a-t-il dit. Si on ne le fait pas, un autre spectateur pourrait l'agresser. Si vous souhaitez manifester votre point de vue concernant la cause LGBT, faites-le dans une société où cela sera accepté [...] mais ne venez pas insulter toute une société avec ça". Pour autant, les autorités répètent en boucle : "En novembre, venez comme vous êtes". Interrogés à ce sujet par RMC, la plupart des habitants de la capitale ont la même réaction, ils dégainent leur téléphone portable pour montrer les applications de rencontre. Symbole pour eux de l’ouverture du pays et du changement progressif des mentalités. "On ne va pas venir ouvrir votre chambre et lever la couette", confie un réceptionniste d’un hôtel de Doha. De son côté, la FIFA assure que le Qatar "respectera la vie privée" des supporters. Le pays, qui veut surfer sur la vague Coupe du Monde pour devenir une destination touristique au Moyen-Orient, sait que l’erreur est interdite lors de ce Mondial 2022.

Le dilemme des logements pour les supporters

C’est l’une des grandes interrogations de ce Mondial 2022. 130 000 places de chambres seront disponibles pendant l’ensemble de la compétition. 100 000 places sont déjà prêtes (de la chambre simple, au camping de luxe – voir article web que l’on a fait). Pour ce domaine, le Qatar veut surtout s’appuyer sur ses voisins afin d’augmenter sa capacité hôtelière. Plus de 150 liaisons quotidiennes avec les pays voisins. Reste à savoir si les fans de football seront prêts à ne rester que quelques jours sur place, dans une ambiance coupe du Monde, avant de rejoindre une autre destination. Une vraie modification des habitudes.

Un pays fermé pendant le Mondial

C’est une Coupe du Monde particulière. Et avant de venir au Qatar pour la prochaine Coupe du Monde il faut être certain d'avoir un billet valide pour une rencontre…Pour y entrer, il faudra un billet valide ou une accréditation de l’organisateur. Dans les faits, si vous êtes une famille et vous voulez profiter de ce Mondial, il faut que l’ensemble de la famille dispose de billets pour au moins un match. Si un membre de cette famille n’a pas de billet, l’accès au territoire lui sera interdit, l’organisation a confirmé cette information à RMC Sport. Les tickets sont tous reliés aux informations des acheteurs avec leur hôtel et leur Fan ID. Une manœuvre bien différente des Mondiaux en Russie ou même au Brésil. Cette mise en place d'un suivi permet surtout aux organisateurs de contrôler le nombre de personnes présentes sur le territoire au moment de l’événement. En cas d’élimination de votre équipe, vous avez le droit de rester sur le sol qatari.

Par Pierre Koetschet et Nicolas Pelletier