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Daniel Riolo: "Benzema, la bonne nouvelle"

L’annonce d’une liste au 20H n’avait jamais été aussi attendue. Toute la journée la rumeur a enflé jusqu’à devenir information en milieu d’après-midi: Benzema est de retour en Bleu.

L’un des meilleurs 9 actuel, une vedette du Real, un joueur qui a gagné quatre Ligues des Champions et enfile les records revient en Equipe de France et pourtant on a très peu parlé foot depuis hier. On a vaguement imaginé une attaque à trois avec Griezmann et Mbappé, mais sans plus.

Le retour de Benzema, c’est autre chose. Un petit bout d’histoire de France de ces dernières années. La cristallisation autour d’un joueur star de pas mal de problèmes de notre société.

Bon gré mal gré, Benzema est un porte-voix, un symbole. Il incarne le bi-national en malaise avec la France. Celui qui ne trouve pas sa place, qui se sent rejeté. Ne cherchez pas à comparer avec les autres binationaux des Bleus, ça ne marche pas. Benzema c’est la banlieue. Celle dont la France a raté l’intégration. Cela fait 20 ans que le constat est là. Le dossier est sur la table. Le France-Algérie de 2001 a mis en évidence les échecs des politiques antérieures. Depuis, rien ne s’est amélioré. Benzema est l’enfant de cet échec. Peu importe qu’il l’ait voulu ou pas. On a choisi pour lui. Il n’était pas là lors du fiasco de Knysna et des caïds immatures, pourtant on entend souvent son nom au moment d’évoquer cet événement.

Méfions nous toujours de sa charge symbolique du foot et surtout des récupérations 

Benzema impliqué dans l’affaire de la "sex-tape", c’était le gars de banlieue qui ne sait pas, ne peut pas couper avec son milieu d’origine, ses vieilles amitiés encombrantes. Alors quand il est écarté des Bleus, il n’y a pas lieu, objectivement, de trouver ça scandaleux. Et quand il règle son compte à Deschamps avec des déclarations honteuses, il n’y aucune injustice à envisager qu’on ne le reverra pas en équipe de France. Dans les propos de Benzema à l’époque, il y a tout le malaise ressenti par beaucoup de jeunes en banlieue : Tu ne m’aimes pas, tu es raciste. Raisonnement simpliste récupéré par toute une partie de la gauche française pour flatter les bas instincts victimaires. Une phrase qui, de l’autre côté, arrange bien l’extrême droite soucieuse de démontrer que les problèmes en France, viennent principalement des banlieues où on a empilé des politiques sociales désastreuses. C’est simple et efficace. C’est la tenaille que tienne ensemble Eric Zemmour et Assa Traoré.

Le foot n’est pas que du foot, mais il n’est pas non plus totalement autre chose. Méfions nous toujours de sa charge symbolique et surtout des récupérations. 

Le retour de Benzema sonne comme une réconciliation, ça a fait plaisir à beaucoup de gens mais ça ne va pas régler les problèmes sociaux du pays. 

D’autant que nous n’avons eu pour l’instant aucune vraie explication du genre : J’ai fauté, je me suis excusé, nous avons fait un pas l’un vers l’autre, nous avons dissipé le malentendu. Cette phrase était grave… Rien de tout ça. Deschamps n’a pas voulu s’étendre. Il a parlé de besoin réciproque. Pas vraiment à la hauteur de l’émotion suscitée par ce retour. En écoutant Deschamps, j’ai même eu l’impression que le pragmatisme, l’opportunisme avaient commandé ce retour. C’est tout de suite moins emballant. Alors restons juste sur la bonne nouvelle. Benzema et Deschamps se sont parlés pour le bien des Bleus. Si ça peut faire taire, même cinq minutes, ceux qui voient des racistes partout. Si ça peut exciter en vain les gens du RN sur les plateaux TV, ça sera déjà pas mal. Si le retour de Benzema crée une joie pour beaucoup de gens, si d’ici à la fin de l’Euro on se rassemble autour de l’équipe de France et bien on prend. On prend ce moment en lui accordant toute l’importance qui est la sienne. Ni trop, ni pas assez…

Daniel Riolo Journaliste RMC Sport