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Equipe de France: grande première et juste récompense pour Veretout, plaque tournante de la Roma

A 28 ans, Jordan Veretout a été appelé pour la première fois en équipe de France ce jeudi. Une récompense logique pour ce garçon discret et travailleur, formé au FC Nantes et devenu avec l'AS Rome une référence en Serie A.

Ils seront donc quatre petits nouveaux à faire leur rentrée à Clairefontaine. Du haut de ses 28 ans, Jordan Veretout fera presque figure de grand-frère aux côtés d’Aurélien Tchouaméni (21 ans), Moussa Diaby (22 ans) et Theo Hernandez (23 ans). Mais lui aussi aura des étoiles dans les yeux au moment d’enfiler pour la première fois le maillot des doubles champions du monde. Si performant depuis son arrivée en Italie il y a quatre ans, l’enfant de Belligné (Loire-Atlantique) a été appelé pour la première fois par Didier Deschamps ce jeudi, en vue des trois matchs au programme des Bleus en septembre dans le cadre des qualifications au Mondial 2022. "Jordan sort d'une très belle saison à Rome, a souligné le sélectionneur. On le suit depuis un bon moment, il a aussi cette capacité à marquer. Il est régulier dans ses performances. On l’a peut-être oublié mais il fait partie de la génération qui a été championne d’Europe en 2013. Il ne fait pas partie des jeunes joueurs, mais au vu de ce qu'il fait régulièrement en club, c'est un milieu de terrain plutôt complet." Complet, oui, et moderne, aussi.

Relégation en Angleterre, affirmation en Italie

Assumer les premières relances, dicter le tempo, accélérer ou ralentir le jeu, aller gratter le ballon dans les pieds adverses, déclencher le pressing, offrir des solutions, sans oublier d’être décisif : voilà ce que sait faire Veretout et pourquoi il s’est imposé comme une valeur sûre de la Serie A. Une telle progression n’était pas si simple à imaginer à l’été 2016. Il vient alors d’être relégué en Championship avec Aston Villa, qui a lâché 10 millions d’euros un an plus tôt pour le faire venir de Nantes, son club formateur. En quête d’un rebond, il fait le choix d’être prêté à Saint-Etienne dans les derniers jours du mercato. Certains y voient un retour à la case départ, convaincus que ce joueur qui n’est pas parvenu à s’imposer en Premier League aura du mal à briller un jour dans un autre grand championnat européen. Lui ne s’affole pas. Dans le Forez, il trouve ce qu’il est venu chercher : Christophe Galtier lui redonne confiance et en fait l'un des patrons de son équipe. Ses bonnes performances ne passent pas inaperçues et la Fiorentina débarque avec un chèque de sept millions d’euros pour convaincre Aston Villa de le laisser filer en juillet 2017. Le début d’une nouvelle carrière pour Veretout.

Il n'a besoin que de quelques semaines pour prouver que son passage à Birmingham n’était qu’un contretemps dans sa progression. Stefano Pioli voit en lui un milieu aussi précieux avec que sans ballon, et n’hésite pas à donner les clés à ce garçon discret et travailleur, au gros volume de jeu, adroit techniquement et à même de répéter les efforts à haute intensité. "Pioli l’a mis en confiance en lui donnant beaucoup de responsabilités et ça a décuplé ses qualités. J’avais joué en France contre lui aussi et il n’était pas aussi fort. Il était beaucoup plus timide sur le terrain. Je le vois faire des choses aujourd’hui qu’il ne faisait pas avant", confiait à RMC Sport en septembre dernier Valentin Eysseric, qui a évolué avec lui à Florence. Après deux saisons pleines (75 matchs, 15 buts), la suite est logique : la Roma le signe pour un peu moins de 20 millions d’euros. Là encore, pas de période d’adaptation. Séduit par ses qualités, au point de l’avoir lui-même appelé pour le convaincre de le rejoindre, Paulo Fonseca en fait tout de suite une pièce essentielle de son 4-2-3-1 ou 3-4-2-1. Un soldat, un métronome travailleur, à l’aise comme regista ou relayeur. Dans le double pivot de la Louve, Veretout continue de progresser, en particulier dans l'apport offensif.

Un milieu qui sait marquer

"J’adore me projeter, aller dans les zones libres et prendre la profondeur. En tant que milieu de terrain, je sais que c’est dur d’avoir en face un milieu qui prend les espaces. Parce que tu dois réfléchir et te demander si tu dois le suivre, si tu le lâches et que tu le refiles au défenseur, tout en ayant un œil sur le porteur de balle et les trajectoires de passe. Ça fait mal à l’adversaire qui peut être "entre deux options" sans se décider vraiment. Ce temps de réflexion là peut donner un avantage important au joueur qui se projette et lui permettre d’être libre. Je sais combien c’est difficile quand je suis en position défensive et qu’un adversaire me le fait, donc moi j’aime bien le faire offensivement", expliquait-il dans un entretien à RMC Sport en mai. Les chiffres le confirment : la saison dernière, il a trouvé le chemin des filets à dix reprises en Serie A, et pas contre n’importe qui, avec notamment un doublé contre la Juve et des buts à l’aller et au retour face à l’AC Milan. Depuis le début de la saison dernière, il a marqué plus que tout autre milieu français des cinq grands championnats (12 buts au total).

"J’aime bien rester à la fin de l’entraînement pour travailler devant le but. (...) Quand j’étais plus jeune, j’arrivais un peu en panique devant le but, je ne savais pas trop quoi faire et honnêtement ça se voyait facilement. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus tranquille, je suis serein", racontait-il à RMC Sport. Ça se voit : son doublé dimanche contre la Fiorentina a guidé la Roma (3-1), désormais entraînée par José Mourinho, vers une première victoire cette saison en Serie A. Comme pour Theo Hernandez, la question est alors revenue dans les médias italiens ces derniers jours : mais quand sera-t-il convoqué chez les Bleus ? Lui n'a jamais lâché et il s’était même fixé l’Euro comme un objectif. A lui de prouver maintenant qu’il peut être utile à ce groupe, dans un secteur pour le moins concurrentiel. Ses grands débuts pourraient avoir lieu le 1er septembre, contre la Bosnie-Herzégovine, à Strasbourg.

https://twitter.com/rodolpheryo Rodolphe Ryo Journaliste RMC Sport