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"Il n’avait jamais joué latéral droit" : comment Djibril Sidibé est passé tranquillement de la Ligue 2 aux Bleus

Djibril Sidibé

Djibril Sidibé - AFP

Après être passé de Lille à Monaco cet été, Djibril Sidibé a fêté sa première sélection avec les Bleus jeudi en Italie (1-3). Une nouvelle étape pour le défenseur polyvalent de 24 ans, formé à Troyes. Désormais entraîneur de Brest, Jean-Marc Furlan, qui l’a lancé en Ligue 2, décrypte ses qualités et son parcours pour RMC Sport.

Son passage sur le côté

"Lorsque je suis arrivé, en 2010, le garçon (18 ans) était avec le centre de formation. Et il jouait arrière central. Il n’avait jamais joué latéral droit. Le directeur sportif m’a dit : « On a deux très bons jeunes, qui ne s’entraînent pas (avec les pros), (Fabrice) N'Sakala et (Djibril) Sidibé. » Djibril s’est entraîné avec nous. Il est devenu titulaire. Je lui ai demandé très, très rapidement de renoncer au poste d’arrière central, auquel il avait joué pendant toute sa jeunesse, pour jouer dans le couloir droit. Ça s’est avéré extrêmement positif. Lorsque je l’ai vu à l’entraînement, il m’a semblé que c’était très intéressant à ce poste-là par rapport à son volume athlétique et son envie d’aller toujours de l’avant. Il nous passe tellement de joueurs entre les mains, si je peux m’exprimer ainsi, qu’on voit très vite un potentiel énorme. On monte en Ligue 1 (en 2012) avec ces joueurs-là, dont Djibril, qui avait fait une saison exceptionnelle. Et il est vendu au LOSC."

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Son attrait pour le jeu offensif

"C’est un ensemble. Dans le football, il manque beaucoup d’arrières latéraux, à droite et à gauche. Au milieu, notamment, il y a une très grosse concurrence. Pour Djibril, arrière central, j’ai trouvé que c’était du gâchis par rapport à son volonté de se dépenser physiquement, de beaucoup courir. Un arrière central, c’est un peu le disque dur d’une équipe de football. Les deux défenseurs centraux, ce sont eux qui te positionnent très haut ou très bas. Mais ce ne sont pas des gens qui ont une dépense athlétique énorme sur le terrain. Lui, il aimait ça. Et surtout, il aimait énormément le jeu offensif par sa technique de dribble. Du coup, dès les deux ou trois premières séances d’entraînement, je lui ai dit : « Si tu veux bien, tu joueras arrière droit ». Il m’a répondu qu’il n’y avait pas de souci. Et ça s’est avéré très positif."

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Sa capacité d’adaptation

"Ça m’a fait chaud au cœur de voir deux Troyens (Sidibé et Matuidi) titulaires en équipe de France en Italie, et particulièrement en Italie parce que je suis très attaché à ce pays. Blaise, nous l’avons lancé en Ligue 2 puis en Ligue 1. Très rapidement, avec son adaptation à la Ligue 1, je me suis dit « Blaise, ce sera no limit pour lui », d’abord par son intelligence de jeu. Ce qui ne laisse aucun plafond pour les joueurs, c’est quand ils sont très forts sur le plan stratégique. C’est le cas de Matuidi et Sidibé. Djibril, je ne l’ai eu qu’en Ligue 2. Quand on l’a vu évoluer au LOSC, avec tout le staff (de Troyes), on attendait sa sélection en équipe de France. Le sélectionneur ne s’est pas trompé.

Dès qu’on l’a vu jouer en Ligue 1, il faisait partie des trois ou quatre meilleurs arrières latéraux du championnat. C’est une évidence. En plus, il s’est très bien adapté à gauche alors qu’il n’est pas du tout gaucher. C’est quand même exceptionnel dans le football français de haut niveau. C’est très rare. Ça prouve tout son potentiel. Ceci dit, il faut toujours lui rappeler de défendre. A 17, 18 ans, il jouait devant ! (Rires) Il fallait toujours lui dire : « N’oublie pas qu’il faut un peu défendre quand même »."

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Sa polyvalence

"Il a un niveau technique qui correspond au très haut niveau. Et ensuite, l’enjeu n’a pas de prise sur lui. Pour que le match commence à être très intéressant pour ces gars-là, il faut que ce soit une finale de Coupe de France ! J’exagère, mais ce sont des gens qui s’adaptent très, très vite. Djibril est capable de s’adapter, effectivement. Milieu droit (comme avec Monaco contre le PSG, ndlr), je ne crois pas du tout que ça puisse être un poste pérenne pour lui. On peut tenter des coups, qui marchent pendant un, deux ou trois matchs. Surtout dans un couloir qu’il connait bien.

Défenseur central, ce serait plus difficile pour lui. Ça le troublerait beaucoup. Au très haut niveau, c’est une science qu’on n’improvise pas. On a besoin de beaucoup d’heures de travail à ce poste-là. Milieu défensif, il pourrait. Mais il faut être spécialiste d’un poste. Plus on disperse un joueur, plus ses qualités se diluent. Pour être titulaire en équipe de France, il faut être spécialiste de son poste et parmi les meilleurs en Europe. Donc il faut y rester et affronter des équipes de haut très haut niveau. Il va jouer la Ligue des champions et passer encore un palier. Etre parmi les meilleurs en Europe, il en est capable."

Sa progression linéaire

"C’est une progression très intéressante, salutaire. C’est sain pour les jeunes hommes de faire son parcours, plutôt que d’être porté aux nues très rapidement. Ça peut être très dangereux pour l’équilibre psychologique des joueurs. On le voit sur de nombreux cas. Les joueurs qui atterrissent du jour au lendemain en équipe de France, leur pérennité fait des hauts et des bas. Des garçons comme lui, c’est un peu comme dans les années 80-90. Mais il a toujours été quelqu’un de très mature, avec beaucoup de recul, de lucidité, de sang-froid. Il a toujours été comme ça, comme Blaise."

la rédaction avec CM