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Euro 2016: Bordeaux ne cache pas ses craintes

Frédéric Gil (premier en partant de la droite) aux côtés d’Alain Juppé, Jacques Lambert et Noël Le Graët lors d’une réunion Euro 2016

Frédéric Gil (premier en partant de la droite) aux côtés d’Alain Juppé, Jacques Lambert et Noël Le Graët lors d’une réunion Euro 2016 - AFP

Directeur général adjoint à la mairie de Bordeaux et chef de projet Euro 2016 de la ville girondine, Frédéric Gil fait part de ses doutes sur les conditions de sécurité dans lesquels la compétition pourrait se dérouler dans sept mois. « Est-ce qu’un pays qui se déclare en guerre peut regarder devant comme avant ? », interroge-t-il.

Ils seront environ 60.000 attendus dans la fan zone de Bordeaux lors de l’Euro 2016. Si les plus chanceux ont été tirés au sort pour assister aux matchs qui se dérouleront au Matmut Atlantique, les autres supporters du monde entier vont se ruer (gratuitement) dans ces espaces de convivialité dédiés à la fête comme au foot. Au total, ils pourraient donc être plus de 3 millions à venir place des Quinconces pour profiter du spectacle. Mais plus que jamais, la question de la sécurité revient au cœur des débats après les attentats de vendredi à Paris et Saint-Denis. Les fans zones sont-elles risquées ? Comment s’organise la sécurité autour d’elles ? L’Euro peut-il en pâtir ? Frédéric Gil, chef de projet Euro 2016 à Bordeaux, fait le point.

Comment s’organise la sécurité autour des fans zones ?

Elle se matérialisera par des contrôles d’accès, mais également par des équipes qui pourront venir renforcer les conditions de sécurité en fonction du public. Sur les 51 matches de la compétition, les fans zones ne seront pas toujours remplies. A Bordeaux, elle est censée pouvoir accueillir 60.000 personnes. Ça sera très dépendant du parcours de l’équipe de France et des affiches qu’il y aura à Bordeaux. Tout ceci est paramétré. Aujourd’hui, un budget de 700.000 euros est prévu pour la partie sécurité. Avec les aléas que nous avions d’ores et déjà anticipés et qui peuvent nous amener à tendre les conditions de sécurités par des contrôles d’accès renforcés, ou même des palpations si la situation l’impose.

Un renforcement de la sécurité autour des fans zones est-il envisagé ?

La sécurité a toujours été omniprésente dans nos discutions avec les ministères des Sports et de l’Intérieur. Les villes ont parfaitement conscience que c’est un enjeu essentiel sur les fans zones. On a toujours dit qu’on voulait des lieux festifs, attractifs, sans pour autant y sacrifier la sécurité que l’on doit à nos visiteurs et à nos usagers. Donc ce paramètre existe, il est à affiner avec les services du Samu, les policiers, les pompiers, pour se donner les garanties optimales. Mais peut-on se prémunir de tout ? Je ne sais pas. Il faudra se poser les questions sur le renfort de la sécurité, mais aussi du budget correspondant. C’était déjà une préoccupation au centre de nos objectifs. Elle est désormais primordiale.

« Qu’on continue à vivre, mais pas à n’importe quel prix »

Peut-on envisager d’annuler les fans zones ?

Tout est possible. Ce qu’il faut se dire, c’est que si les pouvoirs publics, dans leur ensemble, décident de le faire, il faudra aussi le faire avec les écrans géants. Parce que les fans zones proposent un espace fermé, sécurisé, autant que faire se peut. Il ne faudra pas abandonner ce principe pour faire fleurir des écrans géants qui, eux, seront ouverts aux quatre vents et vont représenter des risques qui seront encore plus importants que ceux qu’on a dans les fans zones où il y a une large de part de contrôle, de sécurité et de couverture sanitaire.

Êtes-vous inquiet quant au déroulement de l’Euro 2016 ?

On a entendu le chef de l’Etat décréter l’état d’urgence. On a entendu le Premier ministre parler de guerre. Je ne sais pas si le troisième évènement mondial peut être organisé dans un pays en guerre. C’est cette question-là qu’on doit se poser aujourd’hui. Et malgré tout ce qu’on a envie, malgré le fait qu’il ne faut pas céder, malgré le fait qu’il faut rester debout, il y a une situation qui est ce qu’elle est, qui s’impose à nous. On ne peut pas non plus prendre le risque de mettre des gens en danger en disant que tout doit continuer comme avant. Est-ce qu’un pays qui se déclare en guerre peut regarder devant comme avant ? Je ne crois pas.

C’est-à-dire que l’Euro 2016 pourrait ne pas avoir lieu ?

Je n’exclus aucune hypothèse aujourd’hui. La situation évolue tellement vite que tirer des conclusions serait prématuré. Ça peut aussi s’apaiser. On ne sait pas dans quel sens les choses peuvent aller. Donc il faut surtout se garder de tirer des conclusions trop hâtives, se préparer à toutes les options. Et se dire aussi qu’on continue à vivre. Mais pas à n’importe quel prix.

Vincent Delzescaux