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Euro: des spécialistes s’inquiètent de l’impact sanitaire des matchs à Londres

Alors que la situation épidémique est préoccupante en Angleterre, des spécialistes se montrent très inquiets concernant la tenue début juillet des deux demi-finales et de la finale de l’Euro à Wembley, dans le nord-ouest de Londres.

Cas contacts de l’Ecossais Billy Gilmour, les internationaux anglais Mason Mount et Ben Chilwell ont été sommés de rester à l’isolement jusqu’au 28 juin inclus, ce qui pourrait les priver des huitièmes de finale de l’Euro. Impactée par l’épidémie de Covid, l’Angleterre se verrait donc pénaliser d’un point de vue sportif. Mais ce qui inquiète surtout outre-Manche, c’est la recrudescence du virus dans sa version Delta, où elle est devenue majoritaire.

Selon le site de partage des données de séquençage du virus Gisaid, le variant indien représente 87% des séquences déposées par le Royaume-Uni. Tandis que le gouvernement britannique a autorisé ce mardi la venue de 60 000 spectateurs dans les tribunes londoniennes de Wembley pour les demi-finales et la finale de l’Euro, les 6, 7 et 11 juillet – au lieu des 40 000 initialement prévus –, cette décision inquiète largement les spécialistes, qui ne voient pas d’un bon œil le brassage d’autant de population dans une mégalopole où se répand le variant. Lundi déjà, lors d'une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande Angela Merkel, le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, souhaitait que les autorités s'emploient "à ce que la finale du Championnat européen ne se déroule pas dans un pays où les contagions sont en train de croître rapidement."

"Très difficile d'éviter de contracter la maladie dans les grandes foules, même si l'on est vacciné"

Le professeur et épidémiologiste Tim Spector, cofondateur de l’application de suivi des symptômes Zoe, regrette à Sky News que "cela n’ait pas beaucoup de sens" d’autoriser 60 000 supporters à Wembley, tout en interdisant les voyages des Britanniques vers certains pays placés en liste rouge. "Il y a cette étrange politique concernant les voyages, où les gens ne peuvent pas se rendre à l’étranger mais 60 000 personnes peuvent venir à Wembley, constate Spector. Il faudra s’attendre à ce qu’il y ait quelques cas supplémentaires de Covid, et je pense que les gens doivent se rendre compte du risque. Le variant Delta étant plus transmissible, il est très difficile d'éviter de contracter la maladie dans les grandes foules, même si l'on est vacciné. "

"Notre santé est prioritaire. La propagation du variant Delta ne permet pas aux 40 000 spectateurs d'assister à la finale dans le stade de Londres", martèle de son côté Peter Liese, député européen chargé des questions de santé au sein du Parti populaire européen (PPE), premier groupe au Parlement européen. Cité par Reuters, celui-ci a également adressé une lettre au président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, afin de l’exhorter de choisir un autre site pour la finale, en se basant uniquement sur des critères de santé publique.

Budapest, pas forcément une meilleure solution ?

"Les sites alternatifs ne devraient pas être choisis par l'UEFA en fonction de l'endroit où le plus de spectateurs est autorisé, mais en fonction du stade ou de la ville qui offre la meilleure protection en termes d'hygiène et de santé", poursuit Liese dans un communiqué. Avant d'ajouter que Budapest, qui a accueilli samedi le deuxième match des Bleus contre la Hongrie, ne doit pas davantage devenir une alternative à Wembley. Dans les secteurs où la contagion est en hausse, l’Organisation mondiale de la santé Europe (OMS) appelait ce mardi les villes hôtes concernées à plus de prudence. "Nous devons agir rapidement […] en développant les tests et le séquençage, en intensifiant le traçage des contacts et en accélérant la vaccination parmi les personnes vulnérables et les plus à risque."

Si la situation épidémique en Europe s’est améliorée avec une baisse des cas et des morts depuis plus deux mois et l’assouplissement récent des restrictions, l’institution n’a de cesse d’appeler à la prudence et avait émis des recommandations spécifiques pour l’Euro. "Nous sommes loin d’être hors de danger", avait prévenu début juin Hans Kluge, le directeur de la région Europe.

Romain Daveau Journaliste RMC Sport