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"Il y a eu une menace" : Valcke à l’origine de l’affaire Platini ?

Michel Platini

Michel Platini - AFP

Benny Alon, homme d'affaires américain qui a fait tomber l’ancien secrétaire général de la Fifa Jérôme Valcke, affirme que plusieurs personnes ne voulaient pas de Michel Platini à la tête de la Fifa. Selon lui, Jérôme Valcke aurait proféré des menaces allant dans ce sens en septembre dernier.

Homme d'affaires américain, ancien prestataire de la FIFA dont il s'occupait des hospitalités, Benny Alon est à l'origine de la chute de Jérôme Valcke, ex-secrétaire général de la Fifa, qu'il accuse de détournement de fonds. Le procès est en cours. Il a raconté à RMC Sport ce vendredi son entrevue avec Allister Bell, directeur juridique de l'UEFA, et Kevin Lamour, à l'époque chef de cabinet de Michel Platini, le 14 septembre 2015, soit trois jours avant la conférence de presse au cours de laquelle Benny Alon a fait tomber Jérôme Valcke en révélant son implication dans un marché noir de faux billets. Il affirme que plusieurs personnes ne voulaient pas de Michel Platini à la tête de la Fifa. Selon lui, Jérôme Valcke aurait proféré des menaces allant dans ce sens.

Benny Alon, que s’est-il passé à l’aéroport de Genève le 14 septembre 2015 ?

J’avais rendez-vous avec Kevin Lamour, l’ancien bras droit de Michel Platini, et Allister Bell, l’un des avocats de l’UEFA. Nous avons d’abord parlé de ce que j’allais révéler pendant la conférence de presse prévue trois jours plus tard. Ensuite, Kevin Lamour m’a appris qu’il avait reçu un coup de téléphone de Jérôme Valcke tard dans la nuit. Jérôme lui a dit qu’il était en train de négocier un accord avec la Fifa pour quitter l’organisation. Il voulait que Michel Platini me persuade de ne pas tenir la conférence de presse. Kevin lui a répondu qu’il ne voyait pas comment Michel pouvait m’en empêcher. A ce moment-là, Jérôme a fait comprendre à Kevin que si Michel ne parvenait pas à m’arrêter, il y aurait des répercussions. J’ai toute suite dit que si Michel voulait que je ne donne pas cette conférence ce de presse, je pouvais très bien le faire. Mais Kevin n’était pas d’accord. Pour lui, Michel n’avait rien à voir avec ça. Il m’a dit que je devais maintenir ce que j’avais prévu.

Faites-vous un lien entre la menace de Jérôme Valcke et le fait que la justice suisse se soit saisie peu de temps après de l'affaire des 2 millions de francs suisses versés à Michel Platini par Sepp Blatter ?

Il y a eu une menace pour que Michel empêche la tenue de ma conférence de presse. Une semaine plus tard, l’affaire du paiement de 2 millions de francs suisses est sortie. Les journaux ont dit à l’époque que Sepp Blatter avait payé Michel pour qu’il ne se présente pas contre lui à la présidence de la Fifa. Nous savons maintenant que c’est complètement faux. Je ne sais pas qui a donné ce dossier à la justice suisse. Mais il n’aurait jamais dû sortir de la Fifa. Ce n’est pas arrivé par magie…

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Pourquoi avoir attendu jusqu’à aujourd’hui pour faire ces révélations ?

Il y avait une procédure en cours. Michel est passé devant la justice, puis devant le tribunal arbitral du sport. Tout ça a pris du temps. Il faut respecter les décisions de chacun. Mais quand je suis revenu à Paris, au Stade de France, ça été très difficile pour moi de ne pas avoir Michel à mes côtés. J’en ai eu les larmes aux yeux. Je connais Michel depuis si longtemps… Si vous ouvrez son cœur, vous verrez un ballon de foot battre à l’intérieur. Il aurait dû être au stade avec moi. Cette situation me rend extrêmement triste. Plus que ça, je suis dévasté. Donc quand j’étais au stade, j’ai senti que je devais faire quelque chose.

Pensez-vous que Michel Platini soit un homme d’argent ?

Il a travaillé pour la France pendant sept ans sans gagner le moindre centime. Il était le président du comité d’organisation de la Coupe du monde 1998. Sept ans sans le moindre revenu… Michel n’est pas un homme d’argent, Michel est un passionné de football, c’est tout.

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Que pensez-vous du comité d’éthique de la Fifa ?

Je n’en pense pas grand-chose parce que pour moi, Michel Platini est innocent. Le comité d’éthique devrait enquêter pour découvrir pourquoi les membres exécutifs de la Fifa ne sont pas protégés. Certains d’entre eux sont des anciens joueurs et ils veulent simplement œuvrer pour le bien du football. Ils ont besoin d’être protégés. C’est ce qui a nui à Michel Platini.

Pour vous, c’était un complot ?

Je ne sais pas. Ce dont je suis sûr et certain, c’est que plusieurs personnes ne voulaient pas voir Michel Platini à la tête de la Fifa. Le fait est que Michel n’a pas été protégé.

Dernière question : en septembre 2010, vous vous trouvez à Zurich et vous tombez sur Jérôme Valcke. Le vote pour l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 va avoir lieu en décembre. Pouvez-vous raconter le contenu de la conversation ?

J’étais dans un restaurant à Zurich avec ma femme et un ami. Jérôme Valcke y était aussi. A un moment, il vient vers moi : « Pourquoi es-tu ici ? Je t’ai déjà dit que la Coupe du monde 2022 allait avoir lieu au Qatar ». Nous étions trois mois avant le vote. Il me l’avait déjà dit en mai de la même année, mais une partie de moi espérait encore que la Coupe du monde se tienne aux Etats-Unis parce que mon contrat avec la Fifa courait jusqu’en 2022. J’ai déjà raconté cette histoire à la conférence de presse de septembre 2015.

la rédaction avec M.-A.M