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Ligue 1: Taux d'imposition, compétitivité, comment la France essaie de lutter

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La Ligue 1, championnat le plus taxé des cinq grands pays d'Europe, essaie de trouver des solutions avec le syndicat Première League pour rester compétitif face à une concurrence accrue. Un plan d'épargne pour les sportifs est le dernier cheval de bataille pour réduire le taux d'imposition des joueurs en France.

L’Italie a fait passer le 28 juin un décret étendant aux footballeurs les avantages fiscaux jusque-là réservés aux "Cerveaux" pour éviter leur fuite et favoriser leur retour. En clair, un joueur étranger arrivant dans le championnat italien pour au moins deux ans peut soustraire 50% de son impôt sur le revenu. Un avantage énorme dont peuvent aussi bénéficier les Italiens partis depuis plus de 2 ans de la botte et qui souhaitent y revenir. Cet avantage colossal vise à permettre à l’Italie de se repositionner comme une place forte sur le marché des transferts et surtout à redevenir compétitif par rapport aux championnats allemand, espagnol ou anglais particulièrement attractifs sur le plan fiscal.

La France du football, elle, regarde ça avec envie! Le championnat hexagonal est celui où les charges sont les plus lourdes des cinq plus grands en Europe, et très largement. Quelques exemples effarants: à lui seul le PSG paye plus de charges sociales que la Bundesliga, la série A et la Liga réunis! Le SCO d’Angers paye treize fois plus de charges que le Real Madrid! A taille et à budget équivalent un club du top 10 français paye 10 millions d’euros de charges en plus par an qu’un club de Bundesliga...

Dans ces conditions comment rester concurrentiel en terme d’attractivité mais aussi sur le plan sportif?

Les ratios parlent d’eux-mêmes. L’équipe de France a participé à 45% des finales des compétitions internationales depuis 98. Sur la même période les clubs Français ont participé à moins de 10% des finales européennes (C1 et C3). La preuve que malgré un football qui se porte bien, les clubs français, eux, ne peuvent concurrencer leurs homologues européens.

Dans un contexte social lourd, marqué par la mobilisation des Gilets Jaunes, le syndicat Première Ligue sait qu’il est impossible d’alléger la fiscalité dans le football comme l’explique Bernard Caiazzo, président de Première Ligue: "Le football et le footballeur ont une image liée à de grosse sommes d’argent, c’est pourtant souvent faux. Un joueur de ligue 2 gagne en moyenne 15 à 20 000 euros, c’est une somme, mais faut-il rappeler qu’il ne gagnera cette somme que pendant 10 ou 15 ans au mieux. Aujourd'hui, il y a des gens en souffrance dans la rue et l’image du footballeur est celle de Neymar… On ne peut pas parler d’alléger la fiscalité du football."

Un plafond salarial dans d'autres pays 

Certains pays comme l’Espagne ou l’Allemagne ont un plafond de charge qui fait que si un joueur gagne 5.000 ou 800.000 euros le plafond est atteint et les charges patronales n’augmentent pas en conséquence. De quoi permettre aux clubs de ces pays des promesses salariales sur lesquelles ne peuvent s’aligner les équipes hexagonales. Un tel plafond reste un vœu pieux pour le foot français qui se heurte au droit commun français établi sur un autre modèle.

Alors pour tenter de rester concurrentiel, Première Ligue multiplie les rendez-vous en région avec les députés, et avec les conseillers de l’Elysée qui leur prêtent une oreille attentive. L’un des objectifs affichés du président Emmanuel Macron est d’améliorer la compétitivité de la France et le football est un secteur concurrentiel comme un autre.

Un projet de plan d'épargne pour les sportifs

Le dernier cheval de bataille en date pour le syndicat Première Ligue qui regroupe 18 clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 (et le SC Bastia): un plan d’épargne pour les sportifs professionnels. L’idée est simple: pousser les sportifs à percevoir et être imposé 50% de leurs revenus, et épargner le reste, somme sur laquelle ils ne seront imposés qu’au déblocage de leur épargne. En clair c’est une façon comme une autre de lisser les émoluments d’un joueur qui aurait une carrière de 15 ans sur 30 ans. Cela permettrait aussi un taux d’imposition moindre sur l’ensemble de ces trente années. Bernard Caïazzo y croit: "cette option concerne nos footballeurs qui ne se mettent pas à l’abri pour la vie en 15 ans de carrière, mais du coup elle est particulièrement intéressante pour les basketteurs, les handballeurs, les champions olympiques en France qui, à ce jour, se retrouvent parfois dans un certain dénuement 10, 15, 20 ans après la fin de leur carrière."

Ce dispositif permettrait aux clubs français de présenter, eux aussi, aux joueurs des avantages fiscaux à la signature en France et donc de contrecarrer partiellement les énormes avantages qu’ils ont à ce jour en signant en Espagne, en Angleterre ou en Allemagne.

Timothée Maymon