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Angers-Nice: le retour du "Comman-Dante" sur un terrain en forme de mauvais souvenir

Ce dimanche, Dante retrouve la pelouse d’Angers avec Nice, et le stade Raymond-Kopa, où il s’était blessé aux ligaments croisés antérieur du genou gauche le 1er novembre 2020... synonyme d’un début de série noire pour les Aiglons. Après des mois de rééducation, le Brésilien est de retour et continue d’impressionner à 38 ans.

"J’entends ici et là les gens parler mais je ne veux pas qu’on dise de moi que je suis un héros", lâche le défenseur aux fameuses boucles, à quelques heures d’affronter l’OM à Troyes cette semaine (1-1). Dante n’a pas manqué le moindre match de Ligue 1 depuis la reprise du championnat et pourtant, il y a presque un an jour pour jour, beaucoup se demandaient si la carrière de l’international brésilien (13 sélections) n’allait pas se stopper sur une blessure.

Le 1er novembre 2020, Nice, alors cinquième du championnat, se déplace à Angers. A la 55e minute, alors que les Aiglons mènent 2-0, leur capitaine s’effondre dans la surface adverse avant de sortir sur civière, touché au genou et remplacé par le jeune Flavius Daniliuc.

Dante lors de sa grave blessure pendant Angers-Nice en novembre 2020
Dante lors de sa grave blessure pendant Angers-Nice en novembre 2020 © ICON Sport

"Je l’ai suivi de la civière sur le terrain jusque dans le vestiaire, où je suis resté un moment avec lui, se souvient Yoan Cardinale. Les docteurs disaient qu’il fallait attendre les examens mais lui m’a dit 'Cardi, il y a tout qui a pété, j’ai tout senti craquer'. Son objectif premier c’était d'être remis sur pied pour jouer au foot-volley au Brésil cet été avant de me dire 'l’an prochain, je jouerai encore, je n’arrêterai pas sur ça'. Tout ça, il me le dit dans le vestiaire à Angers."

'Je savais qu’il allait nous manquer mais je ne pensais pas qu’il avait une telle importance"

Quelques jours plus tard, l’IRM est claire: rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche. En fin de contrat à la fin de l’exercice, Dante voit sa saison se terminer dès la neuvième journée. Nice est touché et cela se voit dans les résultats: le club entame une mauvaise série, perd sept de ses huit matchs suivants, Ligue 1 et Ligue Europa confondues.

"A ce moment-là, on enchainait les matchs et on tentait de trouver des solutions mais Dante, tu ne pouvais pas le mettre dans la même catégorie que les autres joueurs, c’était une immense perte, explique aujourd’hui Adrian Ursea, qui sera propulsé numéro 1 après le licenciement de Patrick Vieira sur une énième défaite face à Leverkusen début décembre. Quand on n’entend pas Dante, on s’en rend compte. Après sa blessure, on s’est aperçu qu’il manquait à l’équipe à tous points de vue, c’est extraordinaire."

Khephren Thuram et Yoan Cardinale abondent dans ce sens: "Cela été dur de le perdre car c’était notre capitaine, notre leader par la voix ou techniquement sur le terrain, il nous apportait beaucoup", avance le jeune milieu de terrrain. "Il y a eu un vide énorme, avoue de son côté le portier qui s’entretient aujourd’hui à Saint-Jean-de-Beaulieu, proche de Nice. Je savais qu’il allait nous manquer mais je ne pensais en aucun cas qu’il était aussi important sur le terrain et en dehors. C’est un champion et on n’avait peut-être pas les joueurs derrière qui pouvaient le suppléer sur toute une année. Dante, quand il parle, tout le monde l’écoute, le respecte, sait ce qu’il a fait dans sa carrière. Quand il nous a quitté, il fallait trouver de nouveaux leaders, découvrir de nouvelles personnalités pour nous sortir les doigts du c**, on avait perdu en sérénité." Et comme personne n’a su prendre ce leadership, Nice a sombré.

La tarte sans pâte et le film Netflix

De son côté, le Brésilien entame sa rééducation sereinement après s’être vu offrir une prolongation de contrat, marque de la confiance des dirigeants niçois envers leur capitaine. Dante travaille dur, parfois dix heures par jour, sans jamais perdre un sourire éternellement accroché à ses lèvres. Au club, le staff médical est fasciné par la force de conviction du défenseur de 37 ans (il en a aujourd’hui 38), ses coéquipiers aussi.

Dante à l'entraînement avec Nice
Dante à l'entraînement avec Nice © ICON Sport

"Il est revenu, il s’entraine à fond, il est sérieux, c’est impressionnant de faire ça à son âge, franchement chapeau, réplique un Thuram admiratif. C’est un exemple et c’est bien que ce soit notre capitaine car il ne triche pas, il nous montre l’exemple, comment travailler pour être à son niveau, comment atteindre ce qu’il a atteint, bravo à lui." Proche du défenseur, "Cardi" ne tarit pas d’éloges envers son complice: "J’ai appris ce que voulait dire le mot 'professionnel' avec lui. Pour moi, le foot, c’était se lever, s’entrainer, faire notre travail et rentrer. Jamais avant lui je n’avais vu un mec arriver 1h30 avant l’entraînement et repartir à 16h alors qu’on terminait la séance à midi. Le gars ne mange pas de viande rouge, quand il mange une tarte il ne mange pas la pâte, c’est un truc de fou."

Dans la tourmente après de mauvais résultats et en mission pour maintenir l’OGC Nice à un niveau correct, Adrian Ursea suit d’un œil attentif la remise en forme de son capitaine. Impressionné par son comportement, il lui vient une idée: "J’ai été scotché quand je l’ai vu travailler pour revenir après les croisés. J’avais demandé à ce que le club le prenne en vidéo sur quatre ou cinq mois pour faire un film et le diffuser en boucle dans le centre de formation, afin de montrer ce que veut dire être professionnel, comment se donner les moyens pour être au top. C’est un film qui aurait sa place sur Netflix je pense (rires)."

265 jours d’absence avant le retour du patron

Sans son capitaine sur le terrain, Nice continue de manquer de saveur, déboussolé. "C’est le relais du coach, tu peux dormir tranquille quand tu l’as dans l’équipe donc quand il n’est plus là, tu perds tes repères", raconte Mathieu Bodmer, qui le voit comme un petit frère pour l’avoir rencontré à Lille quand le Brésilien arrivait de Bahia. Avant de retrouver "un autre homme, un autre joueur, avec plus de maturité et d’expérience" quinze ans plus tard au Gym.

Un point de vue partagé par Yoan Cardinale: "C’est un relais exceptionnel pour l’entraineur. Il connait le foot par cœur, il voit tout, il donne des informations et des consignes qu’un coach ne voit peut-être pas du banc de touche." En terminant à la neuvième place la saison dernière, les Aiglons ne peuvent qu’espérer mieux cette saison. Et si l’arrivée de l’entraîneur champion de France en titre présage de beaux jours en Côte d’Azur, le retour de Dante est plus qu’un rayon de soleil.

265 jours après sa blessure à Angers, le Brésilien est de retour auprès de ses coéquipiers en match de préparation face à l’Union Berlin. Le vestiaire peut à nouveau compter sur son patron, suppléé par les recrues Mario Lemina et Pablo Rosario, gages d'expérience et de caractère. Dante retrouve lui des sensations, remportent de nouveaux duels, assurent de nouvelles relances, la machine n'est pas grippée: "Je n’avais aucun doute sur son retour, assure Mathieu Bodmer. Les pieds, ça ne se perd pas et physiquement, il a fait une grosse rééducation. Il aura peut-être perdu en vitesse mais compensera avec son placement et son intelligence de jeu."

"Je suis plus complet qu'avant"

"Je ne suis pas étonné par son retour, embraye l'ex-coach Adrian Ursea, toujours à la recherche d'un nouveau projet. Il a la maturité, a pris du recul, il a poussé la machine très loin, a bossé comme jamais peut être dans sa carrière." Dante l’avoue, la charge de travail a été intense mais lui a fait du bien. En plus du joueur, c’est l’homme qui s’est redécouvert: "J’ai beaucoup appris sur moi-même, je me suis autocritiqué, observé, j’ai travaillé différemment, je peux dire qu’aujourd’hui je suis plus complet qu’avant. Je sais gérer beaucoup plus de choses, je me connais beaucoup plus, je sais ce dont j’ai besoin dans ma façon de m’entraîner, de me reposer, de récupérer, d’intervenir auprès des collègues pour les encourager et leur rentrer dedans quand il faut. Je suis plus ponctuel, je dépense moins d’énergie inutile."

Le capitaine niçois qualifie son retour d’une de ses plus grandes fiertés, un "titre personnel" qu’il dédie au staff médical, à ses proches et aux supporters qui lui ont montré un soutien sans faille multipliant les messages chaleureux sur les réseaux sociaux. "Je veux être un exemple pour ceux qui souffrent d’une grosse blessure, qu’ils se disent que quelqu’un de 37 ans a réussi à revenir à un certain niveau, tempère Dante avec humilité. Je ne parle pas uniquement des sportifs. Beaucoup de gens dans le monde sont peut-être frustrés ou découragés par une grave blessure, je veux qu’ils voient que nous sommes tous capables de revenir." La voix de la sagesse. 

C.Brossard