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Bordeaux: Gasset, "trahi" par King Street, n'a plus confiance en certains joueurs

Lâché par son actionnaire King Street, et toujours menacé par la relégation après la claque reçue à Lorient dimanche dernier (4-1), Bordeaux tentera de sortir la tête de l'eau contre Rennes dimanche en Ligue 1. Mais à 48h du match, son entraîneur Jean-Louis Gasset a semblé affecté ce vendredi.

Il y a des matchs faciles à préparer pour un entraîneur. Mais la réception de Rennes par Bordeaux, dimanche en Ligue 1 (13h), ne l'a visiblement pas été pour Jean-Louis Gasset. Parce que le club, lâché par son actionnaire King Street, est dans l'incertitude la plus totale quant à son avenir, parce que la menace de la relégation est plus que jamais présente, et parce que les Girondins se sont effondrés lors de leur dernière sortie, dimanche à Lorient (4-1).

"Comment j'ai retrouvé les joueurs? Je les ai retrouvés comme des gamins qui ont fait une bêtise, a lancé ce vendredi le technicien bordelais en conférence de presse. Tout le monde savait, ils n’avaient pas besoin de revoir le match, ils savaient très bien qu’ils n’avaient pas fait le job."

"Ce sera peut-être un soulagement pour certains de se reposer et de voir des jeunes qui vont prendre le taureau par les cornes"

Le problème étant maintenant de mettre fin à la spirale négative. Mais après le stage de cohésion en Bretagne, et la visite des anciennes gloires, Gasset a-t-il encore des leviers à disposition? "Il y a deux choses (à changer), estime-t-il. La première c’est la philosophie de jeu. Quand on a une équipe qui n’est pas en confiance, peut-être que j’accentue trop la sortie de la balle, le beau jeu, et on n’y arrive pas, parce qu’on a perdu des joueurs majeurs. Peut-être qu’il faut un jeu plus direct pour enlever le souci à certains de sortir le ballon de derrière, de faire des décalages, peut-être qu’on n’a pas les joueurs derrière ou au milieu pour techniquement nous reposer. Donc il faut peut-être s’attendre à quelque chose de plus basique, jouer un peu plus long et jouer les deuxièmes ballons. On va enlever un souci à la défense comme ça."

Et la deuxième chose? "C’est de mettre du sang frais, poursuit le coach. Mon seuil de confiance a été atteint par certains joueurs. J’ai donné. Je pense que ce sont des bons joueurs, mais quand on a de l’inquiétude et de la peur, on ne peut pas jouer. Je ne sais pas si ça mérite une sanction, mais peut-être que le garçon va réagir au banc de touche ou à la tribune. Il faut un déclic aujourd’hui. Tout le monde vit dans l’inquiétude."

Gasset dit toutefois ne pas s'être senti "trahi" par ses joueurs. "La peur de mal faire dans la vie, ça arrive à tout le monde, assure-t-il. Il y a des moments où vous n'avez plus confiance en vous. Ce sera peut-être un soulagement pour certains de se reposer et de voir des jeunes qui vont prendre le taureau par les cornes."

King Street? "Tous les jours, c’est une tuile, et d’un coup c’est le toit qui tombe"

Concernant l'extra-sportif, et les futurs ex-propriétaires, l'ancien adjoint de Laurent Blanc se veut beaucoup moins conciliant. "On sait que le mercato, déjà, ne s’est pas passé exactement comme je le voulais, mais on ne va pas revenir là-dessus, grince-t-il. Là où je suis déçu, c’est que des gens m’ont téléphoné cet été. Je les ai vus en visio une fois, deux fois, trois fois, quatre fois parce que je n’étais pas convaincu. À force d’entendre 'vous avez une image à Bordeaux, vous êtes capable', je me suis laissé convaincre. Et là, on peut parler de trahison. Parce que le discours avait été le même avec Alain Roche, pour qu’il vienne au club, parce qu’il était une figure..."

De la trahison à la manipulation, il n'y a qu'un pas. "On nous a appâtés mais on voyait de loin, pour avoir des amis ici, que la situation était compliquée. Mais de là à nous quitter à cinq matchs de la fin, c’est la cerise sur le gâteau, soupire Gasset. Car ils ont fait des pieds et des mains pour nous faire venir. On n’a pas fait ce qu’on avait prévu sportivement, et patatras. Tous les jours, c’est une tuile, et d’un coup c’est le toit qui tombe. Là, il faut regarder les joueurs, trouver des arguments, essayer de leur enlever l’inquiétude. C’est compliqué."

Et d'évoquer, au bord des larmes, la situation très précaire des salariés du club: "Il y a des gens que j'ai connus il y a 12 ans et qui ont peur. Ils ont dit aux joueurs 'faites le beaucoup pour vous, et un peu pour nous'. Et ça, ça va droit au coeur."

C.C. avec Nicolas Paolorsi