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Di Meco réagit aux accusations de Fratani sur l'OM: "Moi, je me sens sali quand j’entends ça"

Eric Di Meco, ancien joueur de l’OM et consultant RMC Sport, réagit aux accusations retentissantes formulées par Marc Fratani, ancien collaborateur de Bernard Tapie, sur les méthodes marseillaises au début des années 1990.

Eric, connais-tu Marc Fratani ?

Oui, bien sûr. C’est un personnage connu et reconnu à Marseille. Une personnalité marseillaise, que je croisais souvent à l’époque. Et que j’ai recroisée depuis, pas régulièrement, mais on s’est croisé bien sûr.

Quel rôle avait-il à l’OM ?

Pour nous, c’était l’attaché parlementaire du boss. C’était son titre. Pour nous, c’était le secrétaire particulier, l’attaché parlementaire quand Bernard Tapie est devenu député.

Allait-il dans le vestiaire ?

Il n’était pas souvent dans le vestiaire. Par contre, on le croisait quand on arrivait au stade, sur certains déplacements aussi. Parce qu’il était toujours avec le boss. Quand il y avait des gros matchs, Bernard Tapie venait souvent manger avec nous le midi, restait toute la journée avec nous. Donc Marc était là. C’est un personnage très discret, Marc. On le voyait parce qu’on le connaissait. Mais je ne l’ai jamais entendu prendre la parole devant du monde, devant les joueurs.

Es-tu étonné par ses révélations du week-end ?

Il y a quand même plusieurs volets, en plus du foot. Il y a d’autres révélations qui sont surprenantes. La carrière en politique de Bernard Tapie a défrayé la chronique, surtout à Marseille, qui est une terre difficile. Je savais que Marc avait été important dans son implantation. J’ai découvert des choses. Je ne sais pas dire si c’est vrai ou pas aujourd’hui.

Avais-tu déjà entendu des choses sur l’arbitre que Marc Fratani dit avoir acheté et les produits mis dans les boissons ou les aliments des adversaires ?

Il y a tellement eu de fantasmes. Moi, j’ai connu les fantasmes sur le grand Saint-Etienne quand j’étais gamin. Nous, on n’a pas échappé à la règle. Peut-être qu’on a donné le bâton pour se faire battre à un moment donné. Il y a eu l’affaire OM-VA, qui a été jugée. Des gens ont été punis. Finalement, ses déclarations ne m’ont pas étonné dans le sens où depuis 26 ans, il y a régulièrement un livre qui sort où on parle de cette période-là en faisant des révélations qui n’en sont plus. Ou alors qui ne suffisent plus. Là, c’est une interview. Mais Marc avait fait un livre il y a quelque temps, et je l’avais lu, pour défendre Bernard Tapie dans toutes les affaires.

Comment réagis-tu ?

Moi, je dis toujours pareil dans ces histoires-là. J’étais un joueur sorti du centre de formation, qui n’avait pas été acheté par Bernard Tapie. Je n’avais pas de relation particulière avec lui. Je le vouvoyais, je l’appelais président. Mes coéquipiers le tutoyaient, l’appelaient Bernard. A chaque fois qu’on me pose des questions sur toutes les affaires qu’il peut y avoir autour du club, je dis ce que moi je sais, ce que j’ai vu. Concernant l’éventualité de matchs achetés ou de joueurs contactés pour lever le pied, moi personnellement on ne m’a jamais contacté pour ça. Et on ne m’a jamais sollicité pour contacter quelqu’un. Sûrement parce que je n’avais jamais bougé de Marseille. Pour les histoires de dopage, je réponds toujours la même chose. C’est quand même récurrent, dans le foot, le rugby… C’est le genre d’accusation que tu peux jeter comme ça, qui jette le discrédit mais que tu ne peux plus prouver, qui ne veut rien dire et qui fait mal. Le sommet de ma carrière, c’est Munich et trois jours après, Paris. C’était la plus belle semaine de ma carrière. Si j’avais dû me doper, ça aurait été cette semaine-là. Et il se trouve que j’ai été contrôlé à Munich et après le match de Paris.

J’ai simplement envie de dire aux gens qui demain, vont peut-être sortir un livre pour encore en remettre une couche, à un moment donné, balancez les noms. J’avais eu un débat très animé sur RMC avec Manu Petit, quand il avait sorti son livre. Je lui avais dit, donne des noms. Parce que c’est super de salir un club, les joueurs qui y ont joué… Moi je me sens sali quand j’entends ça alors que je pense avoir fait mon métier normalement, en étant honnête pendant toute ma carrière. Il y a prescription, allez-y, donnez les noms. Ça fait 26 ans que tous les deux ans, je monte au créneau pour expliquer ce que j’ai pu voir ou défendre mon club de cœur. A un moment donné, j’en ai marre.

Balancez les noms parce que peut-être que ces gens-là, qui ont été achetés pour lever le pied, donnent des leçons aujourd’hui dans les médias. Peut-être… Je ne sais pas qui c’est. Peut-être qu’ils ont des responsabilités importantes dans le football, qu’ils sont entraîneurs. Moi, je me sens sali quand j’entends ce genre d’affirmation. Quand je me retourne sur ma carrière, je me dis que je ne mérite pas d’être sali. Peut-être que ceux qui mériteraient d’être salis, parce qu’ils ont trempé dans ces histoires-là, nous donnent des leçons, expliquent le football aux jeunes. Quitte à sortir des trucs, allons au bout.

Tu es prêt à un grand déballage, même si ça peut remettre en question certains de tes titres ?

Chaque fois, je dis la même chose… On dit souvent que ce sont les Monégasques qui ont été floués. J’ai joué à Monaco. J’ai vu l’investissement que mettait les joueurs de Monaco dans leur vie de tous les jours pour aller chercher des titres. Se défausser sur ça, c’est un peu facile. C’est reporter sa propre faute sur les autres. Moi, je sais ce que j’ai fait pendant les six, sept ans avec Bernard Tapie à Marseille pour aller chercher ces titres. C’est-à-dire l’investissement tous les jours. Et j’ai vu ce que c’était à Monaco pendant quatre ans. C’est ce qui me gêne un peu.

J’ai vu des trucs à Monaco qui ne pouvaient pas se passer à Marseille. Des joueurs qui partaient de l’entraînement parce qu’ils n’avaient pas envie de s’entraîner, des joueurs blessés qui ne venaient jamais aux soins, des joueurs qui allaient tout le temps au casino… Je les ai vus, de mes yeux. Tu ne peux pas revendiquer des titres quand tu n’as pas fait ce qu’il fallait pour les gagner. Je suis prêt à entendre si on me dit oui, il y a eu tel joueur, tel joueur, sur tel ou tel match... Et que ces joueurs-là se défendent. Mais là, 26 ans après, on va encore sortir un truc, qui était déjà sorti en plus… Il y a eu les livres de Jean-Pierre Bernès, Jean-Jacques Eydelie, Manu (Petit) en a parlé. Il n’y a rien de neuf sous le soleil, finalement. Salir pour salir… Il faut quand même des preuves.

Dès qu’il y a une période où une équipe gagne, on ne peut pas s’empêcher de la salir en disant que ce n’était pas normal. Je ne remets pas en doute ce qui a été jugé, l’affaire OM-VA, puisque des gens ont été punis. C’était un match particulier, dans un contexte particulier, avant une finale. Je suis même en droit de penser que c’est stupide d’avoir fait ça. Surtout à l’époque, avec l’équipe qu’on avait, contre Valenciennes qui jouait la descente. J’ai peur que dans ces histoires-là, la légende nourrisse la légende. Chacun en remet une couche pour montrer qu’il était dans le secret des dieux.

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