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Ligue 1: ce que change l’accord entre les joueurs et les clubs sur les salaires

L’annonce a été faite dans la journée mardi, le groupe de travail en charge du dialogue social a trouvé un accord avec les représentants syndicaux pour une baisse provisoire des salaires. Comment en sont-ils arrivés là? Qu’est-ce que cela change pour les clubs et combien cela représente pour les joueurs?

Cela faisait maintenant plusieurs semaines que les négociations avaient commencé entre les représentants de la Ligue et les membres de l’UNFP, le syndicat français des footballeurs professionnels. Les premiers désiraient à tout prix acter une baisse unilatérale de la masse salariale afin de faire face à l’augmentation des coûts et à l’absence de trésorerie.

Avec le développement de l’épidémie du covid-19, tout le football européen s’est arrêté et les clubs ne gagnent plus d’argent. Plus de recettes billetteries, un blocage des revenus commerciaux et, récemment, une suspension des droits TV par les principaux diffuseurs.

Les salaires de 55% de l’ensemble des charges d’exploitation

Sur la saison 2018-2019, les salaires des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 représentaient 1,58 milliard d’euros, soit 55% de l’ensemble des charges d’exploitation. Malgré une normalisation du chômage partiel, qui prévoit une baisse de 30% du salaire brut et une aide publique d’Etat de 4,5 SMIC, les coûts restaient colossaux et inquiétants.

Dorénavant, si et seulement si les joueurs valident cet accord de branche et qu’il est ratifié par le conseil d’administration de la Ligue, une baisse progressive pourra être actée. Elle sera provisoire et momentané. L’accord prévoit en effet que dès la fin officielle de la saison 2019-2020 voire le versement intégral des droits TV, les clubs devront rembourser le manque à gagner des joueurs. On ne fait que décaler le paiement, il n’y a pas de baisse effective et durable.

Jusqu’à moins 50% sur les salaires supérieurs à 100.000 euros

Et combien cela représente? Dans le document négocié par les partenaires sociaux, il est prévu un échelonnement et un fractionnement de la baisse basé intégralement sur le revenu en chômage partiel.

Autrement dit, tous les joueurs gagnant moins de 70% de 10.000 euros brut mensuel conserveront l’intégralité de leur paye. Ensuite, ceux qui touchent entre 10.000 et 20.000 euros verront leur salaire baisser de 20%, entre 20.000 et 50.000€ de 30%, entre 50.000 et 100.000 euros de 40% et plus de 100.000 euros, une baisse de 50%.

Prenons un exemple pour comprendre le calcul. Neymar, le joueur du Paris Saint-Germain, touche 3,06 millions d’euros brut par mois. Soit, s’il passe en chômage partiel, un revenu de 2,142 millions d’euros.

Sur la tranche 0 à 10.000, il perçoit encore ses 10.000 euros, sur la tranche 10.000 à 20.000, il conserve 16.000 euros, sur la tranche 2. 000 à 50.000, il garde 35.000 euros, sur la tranche 50.000 à 100.000, il touche 60.000 euros, et enfin sur la dernière tranche, plus de 100.000, il empoche 1 million d’euros.

Au total, Neymar, s’il accepte cet accord de branche, gagnera 1,12 million euros par mois durant toute la période pandémique, soit un écart de 1,94 millions d’euros avec ce qu’il touchait initialement, une baisse de 63%.

Rappelons néanmoins qu’il ne s’agit que d’une forme de caution solidaire. L’accord prévoit que "le solde de rémunération brute mensuelle non versée sera exigible et payé sans réserve aux joueurs concernés le mois suivant le dernier match officiel du championnat de France disputé de la saison 2019-2020 ou suivant la décision de mettre un terme à la saison sportive prise par la LFP".

Seule la France a trouvé un accord collectif

Mais ce cas est historique et surtout unique en Europe. Parmi tous les pays du big-Five, la France est le seul qui ait réussi à trouver un accord collectif entre tous les clubs et les représentants syndicaux. En Angleterre, aucun accord n’a été trouvé et les discussions sont encore en cours, en Espagne, les négociations ont échoué et les clubs sont passés par des discussions individuelles, avec chaque joueur. Pour l’instant, seulement 8 clubs espagnols ont acté une baisse des salaires.

En Italie et en Allemagne, même son de cloche, les choses ne sont qu’individuelles et aucune décision commune n’a été prise.

La France prouve ici sa capacité à faire front ensemble, à oublier les conflits qui ravagent le football. D’après Pierre Ducrocq, membre de la Dream Team RMC Sport, "les acteurs démontrent qu'ils savent faire preuves de solidarité et de pragmatisme. Face à cette crise, les dirigeants ont trouvé, collectivement, la solution optimale, et ont su éviter une guerre intestine au sein des instances".

Espérons que cela dure.

Pierre Rondeau