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Ligue 1 : les recettes miracles des coaches pompiers de service

Pascal Dupraz

Pascal Dupraz - AFP

Cette saison, treize entraineurs ont cédé leur place sur un banc de Ligue 1. Un chiffre record. Leurs successeurs auront dans l’ensemble œuvré avec succès, à l’image de l’incroyable come-back toulousain sous la houlette de Pascal Dupraz. Quels sont les ressorts utilisés par ces hommes pour redonner l’espoir ? Début de réponse en quatre points.

La remontée de Toulouse ? Personne n’y croyait, Pascal Dupraz l’a fait. La place de dauphin de l’OL ? Quasi-utopique à l’issue de la phase aller, avant que Bruno Genesio ne succède à Hubert Fournier. En restaurant le 4-3-3 et quelques règles de vie, le nouveau coach olympien n’a pratiquement plus perdu. Lille européen ? Il fallait s’appeler Frédéric Antonetti pour réveiller un club nordiste voué au ventre mou, qui échouera finalement à la cinquième place. Dupraz, Genesio, Antonetti, ces trois-là symbolisent la réussite des « successeurs ». Ces hommes appelés sur un banc en cours de saison pour jouer les pompiers de service. Cette année, ils ont été 13 en Ligue 1, avec succès dans l’ensemble. Un record. Ils confient quelques-unes de leurs méthodes.

Travail et connaissance de l’effectif

Pour savoir comment procéder, il faut d’abord bien connaitre les joueurs. C’est le point défendu par Frédéric Antonetti, de retour en Ligue 1 sur le banc lillois. « Il faut évaluer son effectif, donc regarder beaucoup de matches. Ensuite, il faut aller vers la simplicité par rapport à la valeur du groupe, essayer de mettre le maximum de joueurs dans un système où ils vont pouvoir trouver leurs marques assez rapidement, explique Antonetti. Il faut retrouver la confiance, mais la confiance ne revient qu’avec les résultats. Après, c’est le travail, travail, travail. Il n’y a que ça qui paye. »

Redonner le sourire

Et si tout cela n’était qu’une affaire d’ambiance ? C’est la thèse défendue par Rolland Courbis, pas le moins expérimenté des coaches de Ligue 1. « J’ai toujours combattu cette idée de choc psychologique. Ce sont surtout des améliorations de l’ambiance, de l’état d’esprit. Sans vouloir faire de belles phrases, pour arriver à avoir cette fameuse joie de jouer, il faut avoir la joie de vivre, défend celui qui a pris la succession de Philippe Montanier à Rennes cette saison. L’entraineur, je le comparerais au berger du troupeau. Je ne dis pas qu’avec le sourire on améliore obligatoirement les choses. Sans le sourire, c’est tout simplement impossible. Un bon entrainement se fait dans une bonne atmosphère. »

Vendre son projet, même si l’on y croit pas

L’adage est connu, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Et tant pis si ceux qui les font n’y croient pas. La fin de saison toulousaine en est la parfaite illustration. Avec dix points à remonter en dix journées, le TFC semblait condamné. On analysait l’arrivée de Pascal Dupraz comme un bon moyen de préparer la saison prochaine… en Ligue 2. Le génie de Dupraz ? Il a été capable de vendre un projet aux joueurs auquel lui-même ne croyait pas vraiment. « Qu’est-ce que je leur vends ? Que l’ETG s’est maintenu à Sochaux alors que tout le monde pensait que Sochaux allait croquer l’ETG. Je leur vends ce dernier match parce qu’il a existé. Ce n’est pas pour faire le malin. À partir de là, on construit, on imagine. Vous dire aujourd’hui que j’étais sûr de me maintenir, franchement, je ne suis pas tombé sur la tête. Mais vous dire que j’ai vendu aux joueurs que j’étais sûr de me maintenir, je vous le garantis sur facture. Voilà ce que j’ai dit. J’aurais pu dire autre chose. »

En appeler au divin

Les entraineurs cultivent aussi leur part d’irrationnel. Tous défendent bien sûr la valeur travail. Mais par définition, un miracle tient d’autres ressorts. « On fait appel à d’autres esprits que ceux qui ont les deux pieds sur terre. On implore ses parents, on leur dit avec beaucoup de faiblesse "aidez-moi comme vous l’avez toujours fait du temps de votre vivant", raconte ce même Dupraz. Puis il se passe un truc incroyable, je me dis qu’il faut vite faire des changements. Je dis à mes collègues qu’il faut faire entrer un gaucher. Je fais entrer Bodiger, puis il se passe ce qu’il se passe en trois minutes. (Yann Bodiger a inscrit le but de la victoire 3-2 à Angers samedi ndlr). »

S.R