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OL: comment les Lyonnais ont forgé leur joyau Rayan Cherki

Rayan Cherki, 16 ans et deux mois, a fait ses premiers pas chez les professionnels lors du match nul entre l’OL et Dijon ce samedi (0-0). Dingue de football, toujours surclassé, l’attaquant ambidextre est aussi talentueux que prometteur. Ses formateurs décrivent à RMC Sport la trajectoire ascendante de Cherki, l’un des adolescents les plus prometteurs du championnat.

Il a été l’une des rares éclaircies de l’après-midi au Groupama Stadium. Les supporters lyonnais, pas très accueillants avec le nouvel entraîneur Rudi Garcia et frustrés par le nouveau match nul de l’OL contre Dijon (0-0), ont eu droit au petit plaisir qu’ils attendaient: applaudir les débuts de Rayan Cherki au niveau professionnel. A la 83e, le prodige lyonnais est entré en jeu à la place de Maxwel Cornet.

Formé dans l’adversité

"Heureux et fier de mes premières minutes dans ma ville. L’aventure commence…", a commenté le n°18 (ancienne propriété d'un autre chouchou lyonnais, Nabil Fekir) sur Instagram. Il y avait pourtant mieux, niveau contexte, pour débarquer en Ligue 1. Mais Rayan Cherki, lui, n’avait pas vraiment l’air sclérosé par la crise qui mine l’automne de l’OL. Ce n’est pas vraiment son genre, en fait.

Premier joueur né en 2003 à jouer en Ligue 1 (et deuxième joueur dans le top 5 européen après Harvey Elliott à Fulham en mai dernier), l’attaquant est rôdé. Durant toute sa formation, débutée à Lyon à l’âge de 7 ans, Cherki a fait face à la difficulté. Ce "garçon passionné par le jeu, qui ne vit que pour le foot et qui aime l’OL" a toujours été surclassé, explique Amaury Barlet, éducateur à l’académie en U16 et qui a coaché la pépite dès les U10. "Il faut lui mettre un rapport de force pour lui permettre de s’exprimer. Il faut le mettre en difficulté", poursuit-il.

Eric Hély, l’entraîneur des U19 arrivé de Sochaux cette année, approuve: "J’ai côtoyé Jérémy Ménez, Ivan Perisic… Le degré de difficulté, c’est ce qui fait avancer ces joueurs. Ils aiment les défis. Quand c’est facile, ils tombent dans la facilité et se déconcentrent." "L’idée était de lui poser des problèmes pour l’aider à progresser", renchérit Jean-François Vulliez, le patron de l’académie.

Pierre Chavrondier se remémore une anecdote avec Gueïda Fofana, l’ancien joueur reconverti entraîneur-adjoint chez les jeunes de l’OL: "Lors d'un jeu, Gueïda lui avait mis un tacle appuyé mais régulier. Rayan s'en était plaint parce qu'il n'en n'avait pas l'habitude. Aujourd'hui, c'est ce genre de choses qu'il lui faut aussi: un peu d'agressivité dans le bon sens pour aller au haut niveau."

Attaquant, dribbleur puissant et fort des deux pieds

Mais quel genre de joueur est Rayan Cherki? Repéré à Saint-Priest, devenu le plus jeune buteur de l’histoire de la Youth League en septembre 2018 contre Manchester City (il avait 15 ans et 33 jours), le néo-pro est "un attaquant", tranche Jean-François Vulliez. Pour exploiter au mieux son énorme potentiel, il doit jouer "soit en n°10, meneur de jeu capable de se déplacer dans toutes les zones de l’attaque, soit attaquant".

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"Ce n’est pas un joueur de profondeur mais un joueur de ballon dans les pieds, qui percute, qui va prendre la profondeur balle au pied mais pas faire des courses, sauf dans la zone de finition. Pour que ça fonctionne et qu’il soit une force pour l’équipe, il doit être associé à des joueurs de profondeur", détaille le technicien.

Sa "qualité de percussion très dynamique", qui lui permet d’éliminer facilement ses adversaires, est aussi louée par Pierre Chavrondier. "Je pensais qu’il était gaucher, mais il est meilleur du pied droit. Il peut frapper des deux pieds, d’où sa force. Pied droit, pied gauche, il peut faire la différence", ajoute-t-il. Des qualités qui lui viennent aussi de son passage au futsal plus jeune.

L’école de la patience

Très tôt, Rayan Cherki se distinguait par son amour du football. Toujours le premier à l’entraînement, toujours enthousiaste, toujours déterminé. "Il sent le football, il aime le football et il veut réussir", synthétise Eric Hély. Pourtant, la trajectoire du jeune Lyonnais a été troublée il y a quelques années. Alors en U13, Cherki a dû s’arrêter pendant presque un an, victime d’une maladie de croissance. Une première épreuve qui a permis à l’académie d’entamer un travail nécessaire sur lui: apprendre la patience.

Car comme beaucoup d’autres jeunes joueurs offensifs et talentueux, Rayan Cherki ne veut pas perdre de temps et jouer tout le temps. "On a cherché à le rendre patient… Ça n’a pas toujours été facile!", rigole Jean-François Vulliez. Mais il a bien fallu travailler "sur la partie mentale" il y a cinq ans, "sur cette notion de patience, sur la frustration d’être sur le banc ou de sortir du jeu". Comme ces surclassements, il s’agissait alors de préparer l’attaquant au monde professionnel auquel il était destiné.

"C'était important de le mettre dans des situations inconfortables sur le plan du jeu mais aussi sur le plan mental, pour qu'il apprenne et qu'à l'heure de passer à la dernière étape de sa formation et chez les pros, il puisse appréhender au mieux ces situations", développe Jean-François Vulliez. Et aujourd’hui? "Il a pris un peu de conscience et de maturité, confie-t-il. Il a pris conscience qu’il peut y avoir des faits qui le frustre, mais il est capable de mieux les appréhender. Je pense que ça va lui servir."

Manchester United était sur les rangs

En juillet dernier, Rayan Cherki signait son premier contrat professionnel. L’œuvre d’un énorme travail de persuasion réalisé par Juninho. Car Manchester United était tout proche d’enrôler le talentueux jeune Gone. Certes, Cherki s’est engagé le 7 juillet avec son "club de cœur" jusqu’en 2022. Mais 24 heures plus tôt, les Red Devils faisaient tout pour le faire changer d’avis, et un avion pour la cité mancunienne l’attendait à Bron, avec à la clé un chèque de 10 millions d’euros…Des propositions finalement vaines. C’est bien à Lyon que l’attaquant a choisi de se lancer dans le monde pro, selon la volonté de Rudi Garcia aussi, et avec un appétit féroce.

"Il a franchi d’énormes caps, dans la capacité à répéter les efforts", note Amaury Barlet, qui remarque que Cherki est "très exigeant avec lui-même et avec les autres". "Les gens viendront pour voir jouer Rayan, c’est sûr", annonce-t-il. "Sa force, c’est sa détermination. Il a une volonté hors normes et centrée sur le jeu, pas sur ce qui peut l’entourer", glisse Jean-François Vulliez. Pierre Chavrondier s’attend à de grandes choses de la part du joyau rhodanien: "Rayan a beaucoup de tempérament, mais il est respectueux. Il sait ce qu’il veut et où il veut aller."

Un dribbleur dans l'âme

Et quid de ses dribbles qui ont pu agacer ses adversaires par le passé? "Ce n’est pas de l’insolence. Il joue, et ce qui peut être agaçant, c’est qu’il réussit souvent ce qu’il entreprend", recadre Amaury Belet, qui n’a pas oublié que Rayan Cherki craignait, plus jeune, qu’on brise sa créativité. "On ne lui a jamais interdit de dribbler. Il faut juste savoir quand dribbler, quand se déplacer, quand jouer à un touche…", nuance l’éducateur. "Est-ce de l’insolence, de dribbler? Lui le fait par plaisir et par efficacité. Ce n’est pas de l’insolence, c’est du beau jeu, comme Neymar. Du moment que c’est efficace", lâche Pierre Chavrondier.

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Rayan Cherki a fait ses premiers pas avec l’équipe A de l’Olympique lyonnais ce samedi, sous les acclamations du public. Une première qui appelle d’autres apparitions, durant lesquelles il devra faire preuve de la même capacité d’adaptation qu’avec les équipes jeunes et celle de National 2. "Il ne faut pas qu’il se repose sur son talent. Aujourd’hui, c’est un très bon joueur, un joueur hors-normes par rapport à son âge. L’objectif, c’est d’en faire un champion", résume Jean-François Vulliez. La voie est toute tracée.

Nicolas BAMBA avec Edward JAY