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OL: l'interview intégrale de Juninho dans Rothen s'enflamme

Juninho s'est exprimé mercredi 17 novembre dans Rothen s'enflamme sur RMC. Le directeur sportif de l'OL a évoqué le début de saison irrégulier de l'équipe, les belles performances de Lucas Paqueta, le mercato, sa relation avec Peter Bosz, mais aussi son avenir. L'ancien milieu brésilien a très clairement expliqué vouloir quitter son poste au terme de cette saison 2021-2022.

Comment jugez-vous le début de saison de l’Olympique Lyonnais?

Juninho: Notre début de saison est irrégulier. On arrive à avoir un pouvoir offensif important. On a une équipe très à l’aise avec le ballon, avec beaucoup de mouvement, une qualité technique importante, des joueurs capables de faire la différence. Mais en même temps, on a une équipe qui a pris 21 buts et qui manque un peu d’équilibre défensif. Si on avait cet équilibre, je pense qu’on ne serait pas à la 7e place. Contre Nice, on était 80 minutes devant à 2-0, on était meilleurs, puis on prend trois buts à la fin. Donc c’est irrégulier. Est-ce que c’est suffisant? Bien sûr que ça ne suffit pas. On est 7e, mais à cinq points du 2e. Il ne faut donc pas non plus penser qu’on est dans une situation très compliquée. Mais il faut être bien attentif et trouver l’équilibre le plus vite possible.

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C’est plus un problème collectif, tactique, ou individuel?

Je dirais que c’est notre problème lyonnais depuis plusieurs saisons. Parce que notre profil, l’ADN du club, c’est de jouer vers l’avant, jouer pour attaquer et marquer des buts. Mais l’équilibre, c’est aussi important. On a un entraîneur comme Peter [Bosz] qui adore jouer offensif avec beaucoup de vitesse, beaucoup d’intensité. Mais je pense que c’est un manque collectif. Je répète ça souvent: quand on n’a pas le ballon, ce n’est pas forcément au défenseur d’être le premier à récupérer. Parfois, tu perds le ballon dans une situation offensive et c’est aux attaquants de réagir tout de suite, de faire un bloc, et qu’on fasse tous ensemble le pressing. Donc que c’est un problème un peu collectif, même si ça va un peu mieux en ce moment. Je pense cependant qu’il faudra beaucoup progresser à ce niveau-là.

À votre arrivée, vous aviez dit qu’il fallait changer certaines têtes, les remettre à l’endroit, ne pas être avare d’efforts. Avez-vous l’impression que vous dans le vrai avec Peter Bosz?

Oui, parce que c’est un entraîneur qui regarde tous les détails. Il aime cette façon de jouer offensif, avec cette agressivité. Il essaie de changer notre menalité, surtout à la perte de balle, car sinon t’es obligé de reculer à chaque fois. C’est mieux de faire l’effort quand on est en position d’attaque pour récuperer plus vite le ballon. Je pense qu’il a besoin de temps. Mais quand t’es à la 7e place, c’est normal d’avoir un peu de pression. C’est les supporters, la presse... Les adversaires profitent que tu sois une équipe irrégulière. Parfois, ils viennent jouer chez nous, bien organisés, essayent de ne pas prendre de but sur les 15-20 premières minutes, profitent des lacunes qu’on laisse avec le temps. On manque un peu de concentration. Mais Peter est la personne idéale pour changer ça. Il faut un peu plus de temps, j’espère qu’il va réussir.

"Ça va beaucoup mieux dans le vestiaire"

Karl Toko Ekambi a récemment dit que les adversaires ouvraient plus le jeu en Ligue Europa, et que cela permettait à l’OL de prendre plus d’espaces. C’est ce qui explique la différence entre les résultats en Ligue 1 et en Europe?

C’est une des raisons. Le championnat de France, quand tu viens jouer contre l’OL, à part les grandes équipes, c’est une opportunité de faire un match de prestige dans ce nouveau stade - sans manque de respect - avec l’envie de se monter. En Ligue Europa, je pense que les matchs sont effectivement plus ouverts. Les équipes jouent pour gagner, parce que ce sont presque des matchs éliminatoires. Parfois, à l’extérieur en championnat, tu sais que c’est bien si tu ramènes un point. Puis en Ligue Europa, cette année seul le premier passe automatiquement. Le deuxième doit faire un barrage. Nos quatre matchs ont été ouverts. À Prague, on a pris deux buts, on a réussi à gagner 4-3 à la fin. Peut-être aussi qu’on est plus concentrés, soudés et attentifs à la perte de balle en coupe d’Europe. Peut-être un peu moins égoïstes, aussi. Ce n’est pas forcément l’OL. Ce qu’il se passe avec la nouvelle génération, c’est qu’ils sont plus égoïstes. Ils sont jugés 24h/24 tous les jours, il y a les réseaux sociaux… Ils sont comme ça. Mais pour gagner, il faut avoir cette mentalité collective. Peu importe si tu marques le but, si on gagne c’est bien pour tout le monde. Je pense qu’on a encore cette faiblesse. Je ne cite pas de noms, mais je le sens quand je vois certains matchs. Ça nous empêche peut-être de passer un certain niveau. Quand une équipe technique est un peu égoïste, souvent elle souffre quand elle n’a pas le ballon. C’est ce qu’on voit à l’OL aujourd’hui. On est en discussion ouverte avec les joueurs, on essaie de leur mettre ça dans la tête. C’est avec le temps qu’on va réussir, j’espère.

Le non-match à Rennes était-il seulement la vérité d’un match, ce qui impose de ne pas tirer de plans sur la comète?

Je suis d’accord. Mais un match comme ça, il ne faut pas le négliger non plus. Il faut quand même qu’on se pose des questions. Ça fait mal de prendre 4-0 de cette façon. Le foot est aussi un sport où t’as un duel à jouer à presque chaque moment, que ce soit pour faire une passe, dribbler ton adversaire ou faire du jeu de corps. On a perdu tous les duels. Le match a démarré, on a essayé de presser notre adversaire, on n’a pas réussi. Ils ont sorti facilement le ballon, puis ont commencé à créer des occasions. Les supporters poussent, tu ne réagis pas physiquement. Il n’y a pas un secteur de notre équipe dont on peut dire qu’il a bien joué, à part Anthony [Lopes] qui a fait un super match. Il faut se poser des questions. Il y avait la trêve internationale, mais l’idéal est de jouer tout de suite après. Pour moi, quand tu perds 4-0, le mieux est d’avoir un match trois jours après. Mais on en a profité aussi pour regarder tous les buts qu’on a pris. On sait que nous sommes l’équipe qui subit le plus de tirs en Ligue 1 avec Lorient. Avec tout le staff technique, avec Peter, on a tout regardé. Et à la fin, on a presque le même constat: souvent, on manque d’attitutde collective, de faire l’effort pour l’autre.

Boateng, Shaqiri et Emerson sont arrivés cet été. C’est pour changer cette attitude?

C’était l’idée: changer un peu le vestiaire, amener des joueurs qui ont déjà gagné dans leur vie, qui savent ce que c’est de gagner des titres, avoir cette mentalité dans le vestiaire, avoir l’opportunité d’être meilleur à chaque entraînement, être concentré. C’était ça notre idée. Je pense qu’ils ont déjà réussi à apporter quelque chose. Emerson est peut-être celui qui s’est adapté le plus vite, sans doute parce qu’il y a beaucoup de Brésiliens. Shaqiri a fait quelques bons matchs, il a été en difficulté sur d’autres. Il a beaucoup joué dans l’axe avec la Suisse. Ici, il joue un peu plus à droite. Il faut les repères avec l’arrière. Je pense qu’il va monter en puissance. Jérôme [Boateng] n’a malheureusement pas fait la pré-saison. Il est en train de récuperer tout son niveau. Il apporte son expérience. C’est un défenseur qui passe très bien les ballons aussi, qui est capable de faire une transversale, de mettre ton attaquant dans une bonne condition pour marquer le but. Mais l’idée, c’était ça, changer l’effectif pour amener un peu plus d’expérience.

Quand on me parle de profils de joueurs qu’on va chercher, ça dépend des besoins, de notre capacité économique. C’est le plus important. Pour moi, à part la qualité par rapport au poste, c’est l’attitude du joueur qui compte. C’est là qu’on doit changer. Qu’est-ce que l’attitude? C’est vouloir gagner. Pourquoi tu joues au foot? C’est pour gagner, c’est la vie. C’est ça qu’on doit mettre dans notre tête, c’est ça qu’on a fait avec les joueurs comme Jérôme, Shaq’, Emerson. Ce n’est pas non plus une responsabilité pour eux seuls. Il y a tout un effectif, des joueurs sont là depuis quelques saisons. Ce que je peux dire, c’est que ça va beaucoup mieux dans le vestiaire. Il y a une vie dans le vestiaire. Rennes, ça fait mal, mais on a eu quelques discussions tout de suite après. On verra comment notre équipe va réagir contre Marseille, mais je pense qu’on peut faire un bon match.

"Paqueta aime le métier"

Êtes-vous étonné par le très bon niveau affiché par Lucas Paqueta?

Je ne suis pas surpris de son niveau, je savais qu’il en était capable. J’ai connu Lucas Paqueta au début de sa carirère, parce que j’étais consultant au Brésil. Être consultant permet cet avantage, tu connais beaucoup de joueurs parce que tu vois beaucoup de matchs. Je l’ai vu démarrer sa carrière, comme Bruno [Guimarães], Jean Lucas et d’autres. J’ai tout de suite pensé que c’était un joueur pour l’OL, même si je n’étais pas là. Pourquoi? Parce que c’est un 10 qui a un pied gauche vraiment magnifique. Et il y a l’attitude. Il est capable de jouer à droite, derrière… Il se bat pour l’équipe, c’est un compétiteur. C’est quelqu’un qui joue pour gagner.

Quand j’ai vu le tarif du transfert [en 2019], Milan a payé 35 millions d’euros. Un an après, ça montait à 45-50. Parfois t’as l’opportunité de marché de joueur qu’on pense fort, qui a beaucoup coûté à une grande équipe, mais qui n’arrive pas à s’installer tout de suite pour plusieurs raisons. À Milan, il a eu trois entraîneurs. On a oublié de dire ça aussi. Ça faisait un an et demi à l’époque. Je commençais à discuter avec son agent, le prix a commencé à baisser, j’ai expliqué au président l’opportunité qu’on avait. C’était un joueur qu’il fallait. On n’avait pas de profil comme lui, un pied gauche agressif capable de jouer à plusieurs postes. Sa préférence est de jouer numéro 10, son vrai poste. C’est là qu’il a envie de jouer. Mais il a la bonne attitude pour jouer à droite, avant-centre, n’importe où.


Paqueta peut-il encore progresser?

Oui, surtout au niveau de la maturité. C’est un jeune encore, de 23 ans. C’est quelqu’un qui est encore dans sa mentalité de s’amuser sur le terrain. On aime jouer au foot pour ça. Mais il y a des moments pour ça, sinon ça donne l’impression de manquer de respect. Je ne suis pas inquet avec lui. C’est quelqu’un qui bosse, qui a des objectifs bien clairs dans sa tête. C’est quelqu’un qui va voyager, jouer à Manaus un jeudi, qui arrive le vendredi et se met à disposition de l’entraîneur pour jouer le dimanche. Il aime le métier.

"Non, Paqueta n'a pas pris la grosse tête"

Entre le retard à Prague et l’altercation avec Houssem Aouar pour le penalty contre Rennes, Paqueta a pu décevoir sur son état d’esprit récemment.

Quand tu perds 4-0 et que t’as deux joueurs de ce niveau-là, qui sont des tops joueurs comme Aouar et Paqueta, tu n’as pas besoin de ça, parce que tu envoies un message qui n’est pas forcément positif. Mais il ne faut pas penser qu’il n’ont pas parlé tout de suite après dans le vestiaire. Même après le 4-0, Peter a parlé avec Lucas face aux autres joueurs. Lucas s’est excusé. Le retard à Prague, c’était malheureusement un retard de deux minutes. Apparemment, c’était à cause du costume qu’il n’avait pas pris. Mais il n’y a pas d’excuse, le règlement est bien clair. Il s’est excusé aussi. C’est quelqu’un de très bien élevé. Il est jeune encore, il a des repères qu’il amène de l’équipe nationale du Brésil. Il n’a pas forcément pris de repères en Europe. Il est en train d’apprendre le profesionnalisme, en Europe.

Il n’a donc pas pris la grosse tête.

Non, pas du tout. Par contre, inconsciemment, quand ça fait un an et demi que tout le monde dit que t’es le meilleur joueur de la Ligue 1 avec des Neymar et Mbappé, je ne sais pas si c’est le confort, mais peut-être qu’il était moins attentif pour faire certaines choses, qu’il pensait avoir le droit de faire un peu plus… Mais ce n’est pas quelque chose de méchant. Je discute souvent, je lui dis des choses, il m’en dit aussi. Je parle de la même façon avec tous les joueurs. Quand tu parles la même langue, ça va beaucoup plus vite. Mais ma relation est la même avec tous les joueurs.

Paqueta peut-il être le nouveau Juninho? Peut-il rester des années à Lyon sans aller dans un grand club?

Il est plus complet que moi. C’est un joueur qui pourrait marquer l’histoire ici, ou de n’importe quel club. Ce que je peux dire, c’est qu’il est très content à Lyon. Même avec toute sa progression, et peut-être qu’il y a des équipes derrière, il n’a jamais parlé de départ. Il est vraiment content à Lyon, avec la ville, le club, les joueurs, les supporters. S’il reste là, il peut faire beaucoup de choses. C’est vraiment un joueur très complet, encore jeune. La Coupe du monde, l’année prochaine, ne sera pas en juin-juillet. Beaucoup de joueuers réfléchissent par rapport à ça. Et c’est presque la première fois qu’il s’installe vraiment en Europe. À Milan, c’était très irrégulier. Mais il faut connaître la capacité économique du moment, savoir si on sera capable de garder des joueurs comme ça. Je souhaite néanmoins qu’il reste pour un bon moment. Il faut garder une base pour quatre ou cinq saisons.

Une autre chose dont il faut parler, c’est qu’il a fait un effort économique pour signer chez nous. Il touche moins que ce qu’il touchait à Milan. On peut dire qu’il ne jouait pas là bas, mais il avait un contrat. Il a fait un effort assez important, donc ça prouve aussi qu’il voulait rebondir et jouer.

Est-ce vrai que Rudi Garcia ne voulait pas de Paqueta?

Je ne voulais pas revenir sur ce monsieur, mais il n’était pas emballé.

"Ma relation avec Bosz est bonne"

Que prévoit l’OL pour le mercato hivernal?

Ça fait un bon moment qu’on travaille tous ensemble avec le staff technique, avec Peter. Karl Toko Ekambi, Tino Kadewere et Islam Slimani vont partir à la Coupe d’Afrique des nations. Trois attaquants. En janvier, on a Saint-Étienne, Paris, des matchs importants. L’idéal, c’est bien sûr de trouver des solutions. Le profil, c’est plutôt un attaquant de couloir, qui nous manque, pour percuter. Karl fait très bien ça, mais on a besoin d’autres joueurs. Rayan [Cherki] est encore jeune, il est encore irrégulier et c’est tout à fait normal. Mais ce n’est pas facile de recruter en janvier. Azmoun (l’attaquant iranien du Zénith Saint-Pétersbourg, ndlr) est un joueur qui nous plaît beaucoup, à moi et à Peter. Même si c’est plutôt un avant-centre, on l’a aussi vu jouer à gauche, derrière l’attaquant, à deux. C’est quelqu’un qui fait beaucoup d’efforts défensifs. On ne sait pas si on sera capable de le faire. Mais on va essayer de faire quelque chose. Demain (jeudi) on voit le président, moi et Peter. On va discuter par rapport à ça avec le président.

Quelle est votre relation avec Peter Bosz? On vous sent proche de lui, contrairement à son prédécesseur.

Il est proche de tout le monde. La première chose qu’il a voulu montrer, c’est qu’il a besoin de tout le monde, que ce soit le staff médical, les physios… Il donne beaucoup d’importance aux analyses vidéo. Ils travaillent tous ensemble. Tous les jours on discute, on boit un café. Souvent il me parle de l’équipe, parfois il me pose des questions, comme il le fait avec Claudio [Caçapa] et les autres adjoints. C’est quelqu’un de très ouvert. Il a de la personnalité, il aime gagner. Il a eu un peu de mal au début et, je ne dirais pas qu’il était déçu, mais peut-être un peu inquiet quand il a vu le manque d’intensité sans ballon. C’est là notre problème encore, là qu’il travaille encore. Pour lui, c’est une chose naturelle à la perte de balle de réagir dans le football de haut niveau, pour l’OL qui dispute le haut de tableau de Ligue 1.

Ma relation avec lui est bonne. Comme je le dis souvent, entre le directeur sportif et l’entraîneur, s’il y a quelque chose, c’est à moi de faire un pas en arrière à chaque fois, de le laisser tranquille parce qu’il y a déjà beaucoup de pression. Mais notre relation est vraiment bonne. J’ai déjà appris beaucoup de choses concernant les entraînements, que je vais amener avec moi peut-être un jour. C’est quelqu’un d’agréable avec qui travailler, qui aime rigoler aussi de temps en temps. Puis à partir du moment où tu rentres sur le terrain aux entraînements, c’est tout de suite le ballon, tout de suite l’intensité de travail.

J’adore écouter l’entraîneur, quand on va chercher des joueurs. Je parle avec toujours l’entraîneur, comme je faisais avec l’ancien. Mais c’est vrai aussi qu’il y a des moments, et c’est normal, où l’entraîneur pense à l’immédiat. Parce que les entraîneurs savent qu’ils sont là aujourd’hui, peut-être pas demain.

"À la fin de la saison, normalement, c'est fini"

Et vous, Juninho, qu’en est-il de votre avenir?

Moi, j’avais dit trois ans. Donc normalement, je fais ma troisième saison et je ne connais pas la suite. J’avais dit trois saisons pour voir ce que je suis capable de faire. J’ai eu cette opportunité, parce que je suis un ancien joueur qui a eu beaucoup de succès au club. Si c’était le contraire, je n’aurais pas eu cette opportunité, c’est clair. C’est normal, ça ne me dérange pas d’assumer ça. À la fin de la saison, je vais bien réfléchir, mais dans ma tête c’était pour trois saisons. J’espère bien finir, même s’il y a des choses que je ne contrôle pas du tout bien sûr.

Mais pour finir sur Peter, la relation entre le directeur sportif et l’entraîneur, c’est le football. J’échange avec les entraîneurs pour chercher des joueurs. C’est mieux d’écouter plusieurs personnes. Bien sûr, je sais quand est le moment pour parler. Parfois tu dois faire un pas en arrière, tu laisses tranquille. Je ne dérange jamais l’entraîneur à la mi-temps depuis que je suis là, je ne me lève jamais pour dire quelque chose à la causerie. Des problèmes, tu vas en avoir. Tu as des problèmes avec les gens tu aimes, alors comment ne pas en avoir avec des gens avec qui tu n’as pas de relation de coeur. Il faut être professionnels, on est payés pour ça.


Pour en revenir à votre avenir, on a l’impression d’entendre un joueur qui est sur le départ au mois de juin. Pouvez-vous préciser votre pensée?

Dans ma tête, c’était trois ans. Ça va faire trois saisons. Pour beaucoup de monde, ce n’est rien et un directeur sportif ne fais pas grand-chose… Mais il y a une fatigue mentale énorme. Je ne veux pas dépasser la limite. Ce n’est pas une menace, on est des adultes. J’aime le club, j’ai beaucoup de respect pour le président, pour l’institution. J’ai de la gratitude, mais j’ai aussi beaucoup donné à ce club, il ne faut pas l’oublier non plus. J’ai l’habitude de parler juste de ce que le club m’a donné, mais je fais aussi beaucoup de choses pour le club.

J’espère bien finir la saison et à la fin, normalement, c’est fini. J’ai envie de me reposer un peu, et peut-être essayer de voir d’autres choses, pourquoi pas passer mon diplôme d’entraîneur. Ça reste dans ma tête. J’aime le foot, j’aime le terrain, j’aime les entraînements, j’aime la tactique, j’aime discuter. Peut-être que tu fais beaucoup plus cela si t’es à côté du terrain, non? Comme je n’ai pas le diplôme aujourd’hui, je n’ai pas le droit de travailler en Europe. Mais j’ai le droit de travailler dans d’autres pays. Je n’ai rien, je n’ai jamais reçu de proposition, mais ça vient dans ma tête. Avec Peter, j’apprends beaucoup de choses, ça me fait du bien. Mais je ne sais pas, dans la vie on n’a jamais tout ce qu’on veut. Si c’est possible, si j’ai l’opportunité, je pense que je vais essayer. Je préfère essayer et ne pas réussir, plutôt que de me dire dans dix ans: “Pourquoi tu n’as pas essayé?” Je n’ai pas peur d’essayer. J’ai peur de beaucoup de choses, mais pas de ça.

"La relation joueurs-supporters est meilleure"

C’est un régal de vous entendre parler de football. N'avez-vous pas envie de plus prendre la parole dans les médias?

Merci, mais je pense que c’est mieux comme ça. Il y a toujours ce truc de ma relation avec le club, avec les supporters. Je ne veux pas que ça fatigue et que ça enlève de l’énergie à certains joueurs. À partir du moment où je vais sentir que le groupe, j’espère d’ici la fin de la saison, tourne automatiquement, tranquillement à ce niveau de maturité, je ferai plus. Mais je trouve que c’est mieux que je ne parle pas trop. Si j’ai des choses à dire, je parle avec l’entraîneur, les joueurs, plutôt que m’exprimer publiquement. Quand tu perds 4-0 à Rennes, bien sûr tu ne peux pas te cacher.

J’aime bien parler de foot, mais ça prend beaucoup d’énergie. Sii tu fais ça plusieurs fois, l’énergie va te manquer pour d’autres choses. Mais je comprends aussi quand les supporters réclament ça, pour entendre mes opinions. Peut-être que j’ai tort de ne pas beaucoup parler.

Merci d’avoir accepté cette invitation sur RMC, Juninho
J’ai juste un petit message à nos supporters: on ne lâche rien du tout. J’ai beaucoup de confiance en notre groupe, notre staff technique, tout le staff en général. Le 4-0 à Rennes, c’est déjà du passé. On assume parce que ce n’était pas bien du tout, mais on est prêts à répondre présents dimanche contre Marseille. C’est un derby, peut-être la plus grande équipe en France par rapport à son histoire, à tout. On a tous envie de jouer ce match et de gagner. L’entraîneur, de l’autre côté, ressemble au nôtre. Il y a tout pour avoir un match très ouvert avec beaucoup de qualité terchnique, j’espère. On a besoin de gagner. Nos joueurs sont prêts à répondre présents. Ça va mieux aussi parce que la relation joueurs-supporters est meilleure. J’ai trouvé une relation pas bonne du tout, et c’était à nous de faire un pas pour se rapprocher des supporters. Les joueurs l’ont accpeté, ce qui prouve qu’ils font des efforts pour être meilleurs. J’espère que ça va continuer. Bien sûr, les supporters aiment gagner. Si les résultats sont là, c’est toujours plus facile. On ne va rien lâcher.

Rothen s'enflamme