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OL: les vérités de Juninho

EXCLU RMC SPORT. Invité spécial et exceptionnel de Top of the Foot ce mardi sur RMC, le directeur de l'OL Juninho s'est livré comme rarement.

Juninho, comment voyez-vous votre rôle par rapport aux médias?

Je suis parti en 2009, il y a eu beaucoup d’attentes, il y a eu des doutes. Je reviens 10 ans après, le club a beaucoup grandi, il a joué un demi-finale de coupe d’Europe en 2010 aussi. Sur la première saison, j’étais un peu naïf, je m’emballais au début, peut-être que je parlais un peu trop. J’ai réfléchi ensuite à comment faire pour me comporter tout de suite pour montrer aux joueurs que je suis revenu. J’ai choisi de ne pas trop parler, les trois premiers mois, Sylvinho est venu avec moi, malheureusement on a pas eu les résultats espérés. Changer d’entraîneur au bout de 3 mois a mis encore plus de pression. J’ai choisi de ne pas trop parler en dehors pour gagner la confiance des joueurs.

Voulez-vous totalement agir avec vos principes et idées, mettre votre patte?

On termine la première saison avec un groupe où il manquait de choses, 10 journées et 30 points à prendre. Bien sûr qu’on n’allait pas terminer deuxième et troisième, ça allait être très dur. A la fin c’est l’entraîneur qui décide de l’équipe mais aujourd’hui je suis de retour à la maison, je me sens à la maison comme avant. Je m’entends bien avec Rudi, cela facilite les choses. A la fin ce sont les résultats qui comptent et cette année on est pas en Ligue Europa ou en Ligue des champions. On démarre la saison avec un but dans la tête: se qualifier pour la Ligue des champions pour la saison prochaine parce que c’est cela que les supporters attendent.

Votre rapport avec Rudi Garcia correspond-il à vos attentes sur le jeu de l’équipe?

J’avais une relation plus proche avec Sylvinho, on est arrivés ensemble. Il fallait choisir un autre entraîneur, on a choisi ensemble avec le président. Rudi a beaucoup d’expérience, j’ai senti qu’il a fait beaucoup d’efforts pour s’installer le plus vite possible. Je lui ai expliqué à l’époque qu’il manquait de la discipline ce qu’il a réussi à changer. Concernant le jeu, on n’a jamais joué avec 3 défenseurs, on jouait en 4-3-3 ou 4-2-3-1, c’était un peu l’ADN de l’OL. Des fois il faut reculer un peu, il faut accepter que cela marche moins bien, tu essayes de jouer avec 3 défenseurs et cela donne satisfaction. Pour moi, c’est mieux de jouer en 3-5-2 pour jouer avec 2 attaquants qu’en 4-4-2. On est aujourd’hui plutôt une équipe qui laisse le ballon aux adversaires, bien en place tactiquement pour sauver la saison. Si je cherche une grande équipe qui joue en 4-4-2 aujourd’hui, il n’y a que l’Atlético qui me vient en tête. Peut-être que l’Atlético de Madrid souffre un peu au moment de confirmer, sans critiquer Simeone qui pour moi est un des meilleurs entraîneurs. Le système que Rudi a trouvé chez nous est bien, on joue à 3 derrière mais c’est Maxwell (Cornet) qui joue couloir gauche. C’est-à-dire qu’on peut changer en cours de match, passer en 4-3-3, avec le départ de Marçal il faut discuter un peu par rapport à ça. Mais avec Marçal par exemple, si tu veux changer le 4-2-3-1 en 4-3-3 pendant le match, tu peux faire passer Maxwell à droite, Memphis à gauche et Moussa ou Karl en avant-centre et jouer avec les trois milieux. Aujourd’hui, est-ce que cela vaut de changer le système que l’on a pour commencer la Ligue 1 d’une façon différente? Pour moi, je dirais non. C’est Rudi qui décide. Peut-être avec la saison qui passe, avec les départs, les arrivées, on va réfléchir. Mais Rudi a aujourd’hui un système en main, et les joueurs aussi comprennent comment ça marche. Marçal est parti, qui tu vas mettre côté gauche alors que ça marche bien avec Maxwell? Est-ce qu’il faut faire passer Jason à gauche, faire jouer Marcelo à droite?

Allez-vous recruter quelqu’un à la place de Marçal?

Pour l’instant je dirais non parce qu’on a Joackim, Marcelo et Jason et on a Sinaly Diomandé que vous allez bientôt connaître. Je crois beaucoup à ce jeune joueur, pour jouer côté gauche et côté droit aussi même s’il n’a pas l’expérience. Avec Bruno Cheyrou, on a déjà travaillé et on a 2-3 noms qui viennent déjà. Si on est capable de faire l’investissement, on va le faire.

La décision de virer Sylvinho n’a-t-elle pas été un peu trop rapide?

Je ne sais pas. Il y a beaucoup de pression dans le foot quand il n’y a pas de résultats. On a discuté ensemble et on a pensé que c’était meilleur pour l’OL. Il arrive des moments où il faut prendre des décisions donc on ne sait jamais si c’est la bonne ou pas. Je dirais avec le recul que c’était la meilleure décision. Il fallait un peu plus de discipline, un peu plus d’expérience. Je pensais qu’avec la façon de travailler de Sylvinho et sa capacité tactique on allait réussir tout de suite à mettre quelque chose en place mais il y avait aussi un vestiaire qui réclamait beaucoup, il y avait certains états d’âme, il fallait expliquer aux joueurs sans être agressifs. Ce n’est pas comme ça que ça marche, aujourd’hui ça a beaucoup changé. Je pense que Rudi avait l’expérience pour faire ça, il a réussi vite. On a fait 8 points en première partie de la C1 avec Sylvinho, normalement tu ne te qualifies pas mais c’était un groupe très équilibré. Heureusement on est passé à la deuxième place mais au dernier match on pouvait terminer quatrième comme premier. Des fois cela arrive aussi en C1. Je crois que Sylvinho a la capacité pour être un bon entraîneur mais à l’époque il fallait prendre des décisions et je pense que la meilleure était de changer.

Avez-vous déjà pensé à quitter l’OL ou douter en raison des remarques des supporters ou de l’accueil des médias ?

Honnêtement, je suis un être humain donc j’ai peur. Si je vous dis non, que je suis courageux, je n’ai pas peur, ce n’est pas vrai. On a des sentiments, des désirs, des rêves et on a des faiblesses. J’ai peur par certains moments. Mais ce n’ai pas la peur qui va me faire arrêter. Bien sûr que ça arrive les moments où tu doutes, tu te poses des questions, est-ce c’est bien de continuer ou pas ? Ca arrive à tout le monde, même si certains vont dire non.

Est-ce que vous vous dites parfois que ce n’est pas fait pour vous, qu'il y a trop d’émotions ou de dureté ?

Ce n’est pas que ce n’est pas pour moi. Je crois que je suis capable, je suis honnête, je travaille, j’ai joué 20 ans au foot, aux Etats-Unis, en Asie, au Brésil, en Ligue des champions, en Coupe du monde. Donc j’ai un bagage comme joueur, je suis venu de très loin, j’ai connu tous les niveaux, les niveaux plus bas au Brésil aussi. Mais c’est humain, il y a beaucoup d’attente, les supporters n’arrivent pas à réfléchir, mettre de côté que c’est fini, je ne suis plus joueur. Peut-être que j’ai apporté un peu de chance à mon arrivée, les supporters pensent que c’est mon arrivée qui a tout changé. Non, c’était un travail de longue durée que faisait le président à l’OL. Avant moi ils ont failli être champions aussi donc c’est un peu aussi la coïncidence et je suis arrivé au bon moment. C’est cette attente-là qui dérange un peu, des fois tu te poses des questions.

A quel moment avez-vous eu le plus de doutes, lorsque Sylvinho est remercié?

Je me suis posé la question aussi, tu commences à avoir un peu peur plusieurs fois. Mais il y a aussi des moments plus heureux où tu te dis ‘bon ça va, on a trouvé un schéma, ça va marcher’. Finalement, je pense que l’idéal est d’y penser en travaillant à moyen terme, 2-3 ans minimum pour pouvoir analyser généralement ce qu’on fait. Quand je suis parti, j’ai découvert un club avec 50 employés et aujourd’hui il y en a 500. Ça aussi, cela joue. Il y a aussi le discours du président, aujourd’hui c’est le boss. Il a voulu me mettre sur une situation plus facile et après peut-être que c’était un peu plus difficile. Il est toujours là, j’ai besoin de lui, l’OL a besoin de président, tout cela ça te fait poser des questions mais des choses qui font dire ‘c’est fini’. J’ai une famille, j’ai déménagé, ma femme est très contente à Lyon. Je pense aussi à ma famille, je dois me battre pour eux aussi mais ce n’est pas mon histoire qui va garder ma place. Au bout de 2-3 on va être tous jugé et j’espère avec de bons résultats.

Quels ingrédients mettez-vous pour vous remettre en question et apporter un plus sachant que vous êtes dépendant des résultats?

La meilleure chose à ce moment est de moins parler, observer les choses, respirer, prendre le temps, faire des entretiens individuels avec les joueurs. Aujourd’hui, je peux dire qu’honnêtement, peut-être ça va être un peu exagéré mais je m’entends bien avec tous les joueurs, j’arrive à avoir des rapports personnels avec tous. Je les vois souvent, pas tout l’effectif et toutes les semaines. Cet après-midi, je vais voir Jeff encore, on va discuter, on a déjà échangé des messages. J’ai des rapports différents de l’entraîneur, c’est bien aussi. C’est comme ça que je fais quand c’est chaud, observer les choses, voir comment ça marche, prendre un peu de recul, discuter avec Rudi, donner mon avis, poser des questions, et après laisser Rudi travailler tranquillement. J’ai aussi des rapports avec le staff. C’était un peu plus difficile, je suis arrivé il y avait un staff en place depuis longtemps. Aujourd’hui je m’entends très bien avec Gerald Baticle aussi, Claudio on était ensemble depuis longtemps donc a gardé une amitié, c’est plus facile avec moi. Il y a eu le départ de Greg, l’arrivée de Christophe Revel avec qui on s’entend déjà très bien. Tout cela, ça a mis du temps et aujourd’hui les choses marchent naturellement. Le staff sait comment je pense, moi je sais ce dont le staff a besoin aussi mais quand c’est tellement chaud c’est mieux de prendre du recul, observer les choses, ne pas laisser l’indiscipline déranger tout le monde. Je suis plutôt ouvert, à l’écoute des joueurs mais bien sûr qu’il y a une limite à accepter.

On vous a souvent entendu dire que certains joueurs n’avaient pas l’exigence du haut niveau ou un manque de régularité. Que pouvez-vous dire à ce sujet? Les choses changent-elles?

Oui elles ont déjà bien changé. La première chose qui m’a étonné c’est l’intensité d’entraînement. Pour moi et pour tous les joueurs ambitieux, l’entraînement c’est déjà un match. Tu ne peux pas te permettre de t‘entraîner avec une intensité à 60% et ensuite vouloir jouer à 100% pendant les matchs. Quand j’ai vu les premiers entraînements, certains joueurs prenaient des coups et s’arrêtaient pendant deux ou trois minutes. J’étais un peu étonné avec ça. Je me suis dit que si on avait cette intensité à l’entraînement on allait pas réussir. J’étais un peu étonné. Après, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas de méchants dans le vestiaire. La plupart se sont vraiment des jeunes agréables.

Trop gentils?

Je dirais qu’ils sont gentils. Mais il y avait beaucoup d’égoïsme. Cet égoïsme existe, c’est logique d’avoir des plans personnels mais à partir du moment où tu es une équipe quel est ton but. Dans une équipe tu n’es pas forcément ami mais tu as un objectif commun avec l’OL c’est de réussir et de gagner. Si les états d’âmes viennent avant l’équipe tu ne peux pas réussir. C’est pour cela que l’on était une bonne équipe irrégulière. L’intensité d’entraînement n’était pas idéale, aujourd’hui c’est totalement différent. Les intensités sont parfaites à l’entraînement. C’est gênant d’en parler car cela ne rentre pas dans ma tête. Si tu arrives à Liverpool, au Real ou à City et que tu t’entraînes à 60% ou à 80% de ton niveau le samedi, sans que ton entraîneur ne dise rien, tu es dans la tribune. Je ne dis pas qu’on est pris en otage mais…

Oui car les joueurs ont une valeur et c’est difficile de les mettre en tribune…

C’est ça. C’est un peu ça. Peut-être qu’avec Rudi Garcia on est capable de faire certaines choses mais il faut prendre du recul et expliquer, embrasser, rigoler un peu.

Est-ce difficile pour vous de gérer cette génération différente? Certains joueurs ont-ils évolué?

Oui il y a eu des changements. Ma façon de parler c’est la même que quand je parle avec tout le monde. Je leur ai demandé ce qu’ils voulaient et pourquoi on était là. Le but c’est d’amener l’OL le plus haut possible. Si des joueurs veulent partir, quels sont les clubs plus grands? Hormis le top mondial… L’OL paye de bons salaires. Quand tu es un jeune tu apprends mais quand tu as signé ton contrat tu es capable de répondre à la demande. C’est un échange. Le club reconnait la valeur des joueurs, et après avoir signé un contrat important le joueur est obligé de tout donner sur le terrain. Je ne dis pas qu’il est obligé de gagner, personne n’est obligé de gagner. Mais un joueur est obligé de se préparer la semaine pour donner son maximum à chaque fois pendant le week-end. Voilà ce qu’il manquait. Si dans l’effectif tu as trois ou quatre joueurs, et des joueurs importants, qui baissent de rythme à l’entraînement, tu vas vivre une saison très irrégulière. A la place de marquer 25 buts, je préfère que les attaquants en marquent 12 ou 13 mais fassent des efforts défensifs, aient l’attitude, fassent des appels vers l’avant pour te soulager quand l’équipe souffre. Si tu as des mecs toujours positifs, je pense que tu vas réussir la saison. En se concentrant sur les stats personnels cela va être bien pour eux, cela va même tromper les analyses de la presse. Je ne suis pas là pour être méchant, pour leur enlever de l’argent ou leur faire un contrat moins important. Ou leur demander de partir. Si on est tous là, c’est pour avoir le même but.

Ces manques sont-ils liés à un problème mental ou technique selon vous?

Ce n’est pas forcément le manque d’envie. Je dirais plutôt que c’est le manque de responsabilité pour le haut niveau. C’est un manque d’ambition. C’est ne pas comprendre ce qu’est ta profession. Cela passe trop vite. Moi, la chose qui m’a apporté le plus de plaisir c’est de jouer au foot. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais trouvé le même plaisir. Footballeur, c’est un métier qui passe vite. Parfois on n’aura pas de deuxième ou de troisième opportunité. C’était plutôt ça le problème. Quand tu manques de leaders dans ton effectif c’est peut-être encore plus dur. Voilà pourquoi j’ai parlé ouvertement avec vous les journalistes et avec les joueurs.

Le parcours en C1 vous a-t-il donné envie de construire une équipe plus défensive avec un jeu de transition plutôt qu’un groupe fondé sur la possession?

La vérité c’est qu’il fallait de l’humilité pour accepter qu’on puisse jouer contre des équipes meilleures. On jouait la Juve et si on passait on avait Manchester City puis le Bayern. Pourquoi ne pas accepter qu’elles étaient un peu plus fortes et que nous devions nous adapter à ces équipes. Mais maintenant la Ligue 1 recommence et nous aurons la possibilité d’avoir plus de possession. On ne va jamais oublier que le plus important c’est le ballon. Si on a le ballon, on a plus de possibilité pour marquer. Naturellement, on a une équipe technique et capable de garder le ballon. Mais pendant la Ligue des champions, je dirais que c’était une adaptation. C’était peut-être aussi le changement de mentalité de l’équipe. Les joueurs ont prouvé que c’était ça le meilleur chemin. On parle souvent de tactique ou de l’ADN d’un club… La vérité c’est que le foot a changé en quinze ou vingt ans. J’ai démarré ma carrière en 1993 ou 1994 quand le Brésil a gagné sa quatrième Coupe du monde. La plupart des équipes jouaient en 4-4-2 avec deux milieux récupérateurs qui ne faisaient que ça. Après avec l’évolution, les joueurs vont plus vite et il y a moins d’espaces donc on a reculé les numéros 10 comme Luka Modric ou Toni Kroos. Ce sont des dix mais ce sont de joueurs lents dans un football plus rapide donc on les a reculés d’un cran pour qu’ils puissent voir le match face au jeu et ainsi avoir une meilleure possession. Depuis 2013 ou 2014, il y a d’autres changements. Pourquoi on a des gardiens comme maintenant? C’est Guardiola qui a fait ça le premier. Avant quand on donnait le ballon au gardien, il fermait les yeux et le dégageait tout de suite. Aujourd’hui pour avoir la possession, il faut être capable de sortir du pressing. Maintenant, tu donnes le ballon au gardien et il écarte et tu as la possibilité de jouer mais c’est dangereux car c’est proche de ton but. Aujourd’hui quand tu sors de derrière tu dois avoir un gardien qui a le courage de jouer. L’entraîneur doit lui dire que ce n’est sa faute si c’est raté. A Lyon, Anthony Lopes il a déjà beaucoup progressé par rapport à ça. Les défenseurs aussi vont jouer. Aujourd’hui quand tu attaques et que tu perds le ballon, il ne faut pas avoir d’états d’âme. C’est tout de suite, celui qui a perdu et les deux ou trois joueurs à côté, doivent sur les secondes suivantes essayer de récupérer tout de suite le ballon. Sinon tu es obligé de reconstruire de derrière à chaque fois. C’est quelque chose que l’on ne faisait pas parce que c’est dur à faire. Si tu as une seconde de retard ou qu’un partenaire ne se replace pas, ton adversaire gagne de la confiance et tu es obligé de courir derrière sur 60 mètres. Aujourd’hui, ce n’est pas encore l’idéal. Il faut que l’on fasse plus par rapport à cela. Autre chose d’important c’est sur les ballons arrêtés et nous ont est faible là-dessus. Ce n’est pas seulement un problème de tireur mais aussi la synchronisation avec les joueurs dans la surface et l’envie de gagner les duels. Ce secteur prouve que l’on est trop gentils car il faut avoir l’envie de gagner les duels pour marquer.

Memphis Depay va-t-il aller au Barça?

On a rien reçu officiellement pour Memphis. Jusqu’à maintenant on n’a pas reçu de proposition pour Memphis. Avant sa blessure aux ligaments croisés, le président Jean-Michel Aulas a fait beaucoup d’effort et lui a fait une proposition pour prolonger. Mais on a respecté la volonté de Memphis qui a dit "j’ai mal à la tête, je veux me concentrer sur ma récupération, j’ai envie de jouer l’Euro". Il n’y avait pas encore le Covid donc c’étaient ses plans. On a respecté, on a choisi d’attendre un peu avant de voir. Mais vous vous connaissez le foot et quand un joueur de 26 ans est en fin de contrat et qu’il y a un club comme le Barça derrière, une des plus grandes équipes au monde, cela fait rêver un joueur. Je dirais qu’aujourd’hui, Memphis Depay est en position de force parce qu’il est en fin de contrat. Si une proposition arrive de Barcelone on va être obligé de réfléchir. Mais aujourd’hui on est aussi capable de garder Memphis sportivement et de l’utiliser jusqu’à la fin de la saison avant de le perdre libre car il ne voudra pas prolonger. Voilà ce qui se trouve maintenant dans la balance. Est-ce que l’on garde Memphis jusqu’à la fin de la saison et il nous aide comme le capitaine et le joueur de talent qu’il est ? Il nous amène à la meilleure position possible en championnat. Ou est-ce que l’on accepte un transfert et on prend de l’argent pour faire d’autres investissements? Voilà les questions que l’on se pose mais nous n’avons pas la réponse à 100%.

Il n’y a aucune chance de le voir prolonger?

Pour nous il y a l’intérêt de le prolonger. Le président est capable de faire l’effort. Mais ce que je sens de la part de Memphis c’est que cela va être difficile. C’est mon sentiment après avoir discuté avec lui.

Memphis Depay a-t-il demandé d’ouvrir la porte ou de négocier un départ au Barça?

Il n’a rien demandé. Avant qu’il parte en équipe nationale, je lui ai posé la question concernant le Barça. J’ai demandé s’il avait reçu des appels, il m’a dit non. Il m’a dit non, pas d’appel. Mais bon…cela parle. C’est Koeman l’entraîneur donc peut-être que cela va arriver. On ne sait pas. Ce n’est pas facile. Ce n’est pas la question du Barça car le président est prêt à faire face et cela nous rassure un peu. Mais bon…bien sûr que le joueur est en position de force.

Avez-vous avancé sur les départs d’Aouar et Dembélé?

On n’a rien reçu officiellement. Ce sont des joueurs dont on a reçu des appels mais pas d’offre officielle. Ce sont des joueurs qui ont beaucoup de valeur. Houssem connaît bien la maison, il est chez nous depuis longtemps, on a vu lors du Final 8 ce qu’il était capable de faire lorsqu’il est vraiment concentré sur le match. Je ne dirais pas que la porte est ouverte, mais on risque de perdre Houssem et Moussa bien sûr. Mais c’est sûr qu’on va pas perdre les trois en même temps. On a déjà des dossiers derrière, je suis ouvert à tout expliquer de la meilleure façon possible. Je ne vais pas donner de noms derrière, on a des joueurs de même niveau ou peut-être qui sont plus ambitieux pour continuer chez nous.

On a 28 joueurs aujourd’hui pour jouer en Ligue 1 et pour gérer tout ça ce n’est pas facile. On joue vendredi prochain à Bordeaux, on a le match mardi à Montpellier, on reçoit Nîmes vendredi. On va avoir trois matchs en une semaine, donc Rudi va faire tourner l’effectif. A partir du moment où tu joues un match par week-end pendant 38 journées, tu auras une équipe-type. On a besoin d’autres pour faire la différence, on a 5 changements mais on a besoin d’état d’esprit, des joueurs qui sont là pour ça. Mais 28 joueurs c’est trop.

Donc ils ne seront pas remplacés?

Certains non. Marçal est parti mais on a Joakim (Andersen), Jason (Denayer), Marcelo et Sinaly (Diomandé). Il y a Cenk (Ozkacar) qui est un projet que Bruno Cheyrou nous a présenté. On ne sait pas si on le gardera mais c’est un joueur d’avenir. Il y a Leo Dubois côté droit, Rafael et Tete (Rafael a quitté le club ce mardi après-midi, NDLR). De l’autre côté, on a Youssouf Koné, Melvin Bard et Maxwell qui donne satisfaction. Le milieu c’est Bruno, Thiago, Jean Lucas qui n’a pas eu beaucoup d’opportunité mais Rudi croit en lui. Il y a Maxence qui est un joueur très important, Jeff malgré tous ses problèmes de l’an passé, on croit en son talent. Il ne faut pas oublier qu’on a recruté Tino Kadewere dont on croit beaucoup en lui et on a Moussa devant, il y a Karl, Rayan. Je pense pas que cela va arriver (de perdre les 3 joueurs). Mais si cela arrive, on va bien les remplacer. S’il y a un seul départ ou deux, on ne sait pas encore.

Une offre d’Arsenal avec Guendouzi pour Aouar?

Je m’entends très bien avec le directeur sportif. On a parlé au téléphone. Il est vraiment apprécié par Arteta. Il y a eu certaines discussions pour Matteo qui est aussi un bon joueur. Il était évoqué pendant la discussion. Mais ce n’est pas le profil dont on a besoin, on a été bien clair. Si c’est comme cela, ça ne nous intéresse pas du tout, c’est ce qu’on a arrêté.

Après cela, j’ai appelé son agent, on a discuté, j’ai appelé Vincent Ponsot aussi, j’ai tout expliqué. Ca s’est arrêté là. J’ai appelé aussi le frère d’Houssem avec qui je m’entends bien. J’ai appelé les deux pour expliquer mon échange.

Houssem est plus jeune que Memphis, il est de la maison, son entourage connaît tout l’Olympique Lyonnais. Je m’entends très bien avec son frère Brahim. Avec son agent ils m’ont dit ‘on le laisse tranquille, il est jeune encore’, on ne parle pas trop avec lui par rapport à ça, je l’aide par rapport à son jeu comme font Rudi et le staff. Pour le transfert tu parles avec nous directement. Avec Houssem, j’ai très peu parlé de départ.

Marçal était en fin de contrat, il est venu me voir, il est venu voir le coach. Il m’a dit ‘Juni c’est une opportunité, je ne vais pas prolonger mon contrat parce que vous me m’avez pas proposé de prolonger, c’est une opportunité pour moi’. Finalement on a discuté avec le président on a trouvé un accord.

(Houssem) Il a un contrat très important chez nous, il faut penser à ça. Ce n’est pas l’OL d’il y a 20 ans, aujourd’hui le club a la capacité de faire des bons contrats, il fait partie des meilleurs contrats du club. Il est respectueux vis-à-vis de l’institution aussi parce que c’est ici qu’il a démarré. Il est intelligent, c’est plutôt facile à régler. Mais peut-être que dans deux semaines, je vais vous dire différemment avec le marché qui arrive à la fin, peut-être qu’il va avoir al tête qui tourne. Mon inquiétude chez lui, c’est qu’il garde son état d’esprit pour les matchs qui arrivent, c’est le plus important. Il a eu le Covid, il va reprendre dans 12 jours avec l’effectif avec la quatorzaine.

Il y a un intérêt de Manchester City et du PSG?

Je pense que c’est passé directement avec les agents. On n’a pas été contacté directement. Peut être Vincent Ponsot a été contacté avec Manchester City, je n’en suis pas sûr. C’est comme ça avec ces deux équipes, ce sont deux énormes équipes qui jouent pour gagner la C1 tous les ans, ils ont la capacité pour ça et ça fait rêver tout joueur. Je ne sais pas si Houssem est prêt pour changer de projet pour une grande équipe de Ligue 1 comme le PSG ; Pour City, bien sûr que Guardiola apprécie le joueur mais est-ce que c’est le profil qu’ils cherchent aujourd’hui? On ne sait pas non plus et on n’a pas reçu d’offre officielle.

Et concernant Moussa Dembélé?

Moussa est jeune, il a encore une marge de progression, il a une capacité physique énorme. C’est quelqu’un qui est vraiment attiré par le but, il est capable de marquer beaucoup de buts mais il manque parfois d’un peu de concentration. Il va falloir progresser à ce niveau-là, il rêve d’arriver en équipe nationale. Il a été présélectionné plusieurs fois, je pense qu’il va y arriver, avec Giroud c’est une possibilité pour Didier Deschamps. C’est un avant-centre de métier, il est facile à gérer jusqu’à maintenant. Pour moi, c’est intéressant sportivement qu’il reste avec nous, qu’il continue à progresser, qu’il se mette à la disposition de l’effectif, sans ballon un peu plus que ce qu’il faisait avant parce qu’il est capable de le faire. S’il progresse peut-être que sa valeur sera plus importante que maintenant.

On peut imaginer un retour d’Umtiti ?

Ce n’est pas notre niveau de contrat. La plupart de ces joueurs… En janvier, j’ai appelé Alexandre Lacazette pour discuter un peu avec lui car il avait un peu de problèmes avec Arsenal et je disais: ‘Pourquoi pas un prêt de six mois avec nous où tu vas t’éclater, jouer tous les matches et marquer des buts comme tu sais faire? Et après tu repars à Arsenal ou ailleurs.’ Mais à partir du moment où tu regardes le niveau de contrat de ces joueurs, comme à la Juventus ou au Barça, ce n’est pas pour nous aujourd’hui. Aujourd’hui, il faut dire la vérité, on ne peut pas payer le salaire d’un Umtiti. Mais si le joueur cherche un projet, qu’il fait un effort avec peut-être un contrat plus long, qu’il a envie de rentrer à la maison, et là je vais le chercher tout de suite.

Il peut être réceptif à ça? Vous lui avez présenté ce projet?

On n’a pas avancé jusqu’à ce niveau-là.

Avez-vous tenté Thiago Silva?

J’ai rêvé. (Rires.) J’ai essayé de le joindre plusieurs fois. J’ai un peu parlé avec son agent au début mais j’ai compris tout de suite que c’était impossible. Pour moi, Thiago Silva fait encore partie des meilleurs défenseurs du monde, on l’a vu avec la finale qu’il a réalisée, et j’ai rêvé de ces joueurs. Je pouvais lui dire: ‘Joue 22 matches, reste deux ans avec nous et après on va peut-être pouvoir te trouver quelque chose ici pour commencer une nouvelle vie’. J’ai pensé à ça et j’en ai parlé au président Aulas et lui disant qu’un tel projet pouvait peut-être être intéressant pour lui car c’est un passionné du foot. Mais ce n’était pas possible pour nous. Les supporters pensent parfois qu’on ne fait pas les choses mais on a essayé car je pensais qu’il pouvait vraiment nous faire du bien. 

Quelle est la situation avec Jeff Reine-Adélaïde après son interview où il se plaignait?

D’abord, c’était une surprise pour nous car on n’avait jamais évoqué ces choses-là avec lui. Si on a pensé que Houssem pouvait partir et qu’on avait Jeff dans notre effectif qui ne jouait pas avec sa blessure aux croisés, tu n’as pas besoin d’aller chercher quelqu’un d’autre. Tu as Maxence Caqueret qui peut aussi prendre le relais de Houssem aussi et devenir un joueur plus offensif que ce qu’il est pour l’instant, ce qu’il est capable d’être. Donc ce n’était pas prévu et on a été surpris. Mais quand des choses comme ça arrivent, il faut respirer, analyser les choses. J’ai parlé encore avec son frère hier et je pense que c’était un manque d’expérience incroyable. Tu peux parler et dire que tu n’es pas content, ça nous est arrivé quand on était joueur, mais c’est la façon de parler… Tu peux critiquer quelque chose à un moment mais tu ne peux pas toucher à l’institution. A partir du moment où tu critiques l’institution, ce sont des choses plus importantes qui arrivent derrière, avec les supporters qui ne sont pas contents et qui te mettent encore plus de pression. Jeff n’est pas quelqu’un de méchant, pas du tout, et j’avais de très bons rapports avec lui. On a échangé des messages ce matin et on va se voir cet après-midi. Je pense que c’est facile à régler. Lui-même sait qu’il a été un peu loin, qu’il était fâché car Houssem n’était pas prêt pour jouer contre Dijon, il pensait que ce serait lui mais Rudi a décidé de jouer en 3-4-3, de changer un peu pour jouer avec trois attaquants. Il fallait juste un peu plus de patience. Parfois, et surtout aujourd’hui, les joueurs pensent que le fait d’être remplaçant sur deux-trois matches, c’est un peu humiliant, comme si tu perdais un peu de ta valeur. Mais ce n’est vraiment pas ça. 

Les mentalités changent, les jeunes se voient meilleurs que ceux autour d’eux...

C’est justement ça. Il faut avoir un peu de calme, savoir choisir les mots pour parler. Comme je dis, et c’est vrai, ça ne me gêne pas. J’ai déjà dit ça: si tu ne veux pas me dire bonjour, ce n’est pas grave, mais n’oublie jamais que tous les deux on a le même objectif, c’est-à-dire gagner à la fin. On a le même but. Même si on n’est pas très bien ensemble, à partir du moment où tu portes le maillot et tu rentres sur le terrain, tu oublies tout et tu donnes tout pour le club. 

Surtout après avoir dépensé beaucoup d’argent pour lui et lui avoir donné un salaire conséquent...

Voilà. J’ai parlé avec son frère de ça. Pourquoi on aurait investi 25 millions sur un joueur et on ne croirait pas en lui ? Ce n’est pas logique. 

L'objectif, c’est qu’il reste? On a vu un intérêt de Rennes...

Oui. Ça peut arriver. A partir du moment où un joueur dit qu’il veut partir, je suis honnête, il y a des appels, même s’il n’y a pas eu de proposition concrète. Mais son départ n’est pas prévu. Il est sous contrat. Ça fait un an qu’il est là mais combien de mois a-t-il joué avec nous finalement? Quatre mois. Puis il a eu sa blessure et le Covid. Là, il revient. Ce n’était pas prévu. Je ne veux pas m’avancer à 100%, pour ne pas être accusé d’avoir menti après, mais le laisser partir n’est pas dans nos têtes.

On sent de l’inquiétude chez les supporters qui entendent parler de beaucoup de départs mais pas d’arrivées. Est-ce qu’il va y avoir des arrivées et combien? 

Ça ne parle pas des arrivées car quand tu dis que tu veux acheter un joueur, d’autres clubs arrivent derrière et le prix monte. Bien sûr qu’on a déjà des dossiers, je ne dirais pas avancés mais… 

Comme Facundo Pellistri, l’espoir uruguayen? 

Lui, je peux en parler car c’est déjà trop sorti. J’aime ce joueur, j’aime son profil parce qu’il a 18 ans, que c’est un jeune Uruguayen avec un passeport européen, ce qui veut dire qu’il ne prend pas une place de joueur extra-communautaire. J’aime aussi l’état d’esprit des Uruguayens et je cherche des profils comme ça. C’est un joueur de couloir mais qui travaille aussi défensivement, il a déjà de l’expérience car être titulaire au Penarol à 18 ans, ce n’est pas facile. J’ai été jouer plusieurs fois là-bas et c’est un championnat très violent. Et à 18 ans, il tient la baraque. Mais ce n’est pas un dossier facile car il y a beaucoup de clubs derrière. Penarol ne lâche pas facilement. Ils cherchent plutôt un partenaire qui vende le joueur. Peut-être qu’on est en position de force car c’est plus intéressant de vendre à un club comme nous, où le joueur a la possibilité d’être revendu après, alors que s’il part directement dans un club comme City ou United… En fait, c’était Diego Forlan l’entraîneur auparavant, et comme il a joué à United, il y a apparemment eu des discussions avec Manchester. En tout cas c’est un profil qui me plaît beaucoup, oui, même si aujourd’hui on a beaucoup de joueurs sur ce poste, avec aussi Rayan Cherki, mais c’est un peu l’ADN de l’OL d’investir dans des jeunes comme lui. On continue à discuter par rapport à lui mais on ne sait pas si ça va se faire. 

L’OL a vendu Gouiri à Nice, Kalulu aussi, et l’OL recherche un défenseur central et un joueur offensif. Vous regrettez? Est-ce que vous comprenez les regrets des supporters lyonnais? 

Il n’y a pas de regrets maintenant, mais peut-être que dans un an on en aura. Ce sont deux dossiers différents. Amine était comparé au nouveau Benzema et on y croyait par rapport à son talent. Mais il a eu sa blessure aux croisés et il a mis un peu de temps à récupérer sa place. Après, dans les grandes équipes, il y a toujours beaucoup de concurrence en attaque. Il y en avait beaucoup pour lui et il n’a pas eu beaucoup de temps de jeu donc on a pensé à le prêter. Pas mal de clubs étaient sur les rangs. On se disait qu’il allait pouvoir jouer, montrer tout ce qu’il est capable de faire puis revenir chez nous et s’imposer. C’était notre idée. Mais Amine était un peu déçu, un peu revanchard, et il nous a dit: ‘Je ne veux pas être prêté, vous me transférez définitivement ou je ne pars pas’. On était un peu en difficulté et on ne voulait pas faire de mal au joueur, qui a grandi chez nous. Il faut du respect aussi. Les supporters le voyaient parfois jouer avec la réserve et marquer deux-trois buts mais on ne peut pas comparer avec les pros, même s’il a bien débuté la saison. En tout cas, il a tout pour réussir une grande carrière. 

Les gens ne comprennent pas forcément, on parle souvent du manque de respect d’un joueur envers un club mais pas assez de l’inverse, là le respect est mutuel...

C’est ça. Amine est un peu timide mais on a parlé plusieurs fois. C’est quelqu’un de très agréable, poli, et il disait qu’il ne voulait pas être prêté. Ça nous a mis un peu en difficulté et après le Covid, Nice arrive et fait une proposition. On savait que les supporters n’allaient pas être contents de cette décision de le laisser partir mais on est aussi là, malheureusement pour certains, pour prendre des décisions. Est-ce qu’on a pris la bonne ou la mauvaise ? On le saura dans quelques années par rapport à sa progression. Et j’espère qu’on va dire oui. Car si on dit qu’on a pris la mauvaise décision, c’est qu’Amine aura réussi et c’est ce que je lui souhaite. Pour Pierre, j’assume que c’était peut-être une erreur de notre part. On a peut-être mis trop de temps pour signer son premier contrat. On devait signer Pierre en même temps qu’on a signé Melvin Bard ou Maxence Caqueret, ils étaient un peu de la même génération, mais pour Pierre il y avait des discussions entre les entraîneurs de la réserve et nous pour savoir quel était vraiment son poste. Finalement, j’avais un doute concernant la défense, aussi parce qu’il était trop gentil. Un défenseur trop gentil, soit tu es Thiago Silva, soit tu ne vas pas jouer. Ça ne va pas marcher sauf si tu est énorme comme Thiago Silva ou Marquinhos, même si Marquinhos n’est pas un gentil comme Thiago. (Rires.) Après, on s’est dit: ‘Peut-être que Rafael et Kenny Tete vont partir car ils sont dans leur dernière année de contrat, donc on a la solution: Kalulu remplaçant de Léo Dubois au poste de latéral droit’. On a appelé son papa, j’ai beaucoup discuté avec lui, Tony Parker est intervenu, le président aussi, et on a fait une proposition meilleure que celle de Milan mais une fois encore, le joueur était revanchard. Ce sont les jeunes. Comme on ne l’a pas assez valorisé, il n’a pas voulu prendre du recul et dire qu’il voulait rester. On a beaucoup essayé mais il a décidé de partir à Milan, qui est une très grande équipe. Mais je ne sais pas si c’était la bonne décision pour lui. 

Est-ce que Lyon continuera de former des jeunes de qualité pour pouvoir continuer à prospérer économiquement, car les salaires des grands joueurs sont inatteignables?

On est obligé, oui. C’est une des premières choses dont le président m’a parlé. Je sais bien que c’est aussi ce qui a fait grandir le club. Mais c’est impossible de sortir deux-trois joueurs titulaires dans ton club tous les ans. Il y a deux étapes dans une carrière, c’est ce que je dis aux jeunes avec qui j’ai la possibilité de parler. La première, c’est de réussir à signer ton premier contrat pro et arriver en équipe première. Et certains s’arrêtent là après ça. La deuxième étape, c’est la plus dure, c’est-à-dire s’installer chez les pros, être vraiment un joueur important dans une équipe dont tu fais partie en tant que pro. C’est l’étape la plus dure car il y a la pression autour. Les supporters te jugent différemment quand tu es avec les jeunes que quand tu es avec les pros. Pareil pour les médias. Certains sont très forts chez les jeunes mais n’y arrivent pas chez les pros. D’autres sont moins bons chez les jeunes mais arrivent à jouer chez les pros. Il n’y a pas de règles ou quelque chose que tu dois faire pour être sûr de réussir à bien former les jeunes. Chez nous, on est obligé de toujours penser à former les jeunes. On a besoin de ça et c’est ce que nos supporters demandent donc on va continuer à le faire. Maintenant, il y a une autre génération qui arrive derrière. C’est difficile de citer des noms car parfois tu en oublies un et ça va toucher un petit qui ne va plus trop être motivé après. Mais on va toujours penser à ça, bien sûr. Si Léo, Rafael et Kenny partent, on va voir si on a des options chez nous, car on sait qu’on en a déjà. On va toujours penser à ça et investir là-dessus. Il y a Maxence qui est titulaire aujourd’hui, Melvin et Rayan qui ont joué… 

Avez-vous l’idée de faire revenir Benzema avec un projet dans les années à venir?

C’est notre rêve de voir Karim terminer chez nous. Aujourd’hui, il est encore très performant. C’est intéressant, même pour lui, s’il accepte de revenir, de ne pas arriver vraiment sur la phase descendante mais je pense que c’est quelqu’un qui fait beaucoup attention à lui physiquement et qui a des capacités physiques importantes. C’est le rêve de tout le monde ici de le voir revenir chez nous pour faire peut-être deux saisons, jouer la Ligue des champions avec nous, marquer des buts, nous aider à avoir de bons résultats, être un leader, porter le brassard, apporter toute son expérience avec ses quatre victoires en C1, dont il est l’un des meilleurs buteurs. Est-ce qu’on va réussir ou pas? Je ne sais pas. Bien sûr, il va falloir un effort car on ne peut pas payer le salaire qu’il touche au Real Madrid. On attend le bon moment. Il y a eu de belles approches, il y a beaucoup de respect entre nous, on a joué ensemble, je l’ai connu quand il est arrivé chez les pros à 17 ans, on s’entendait très bien à la différence de ce que les gens pensaient à l’époque et je pense l’avoir beaucoup aidé par rapport aux discussions qu’on avait à l’époque. C’est quelqu’un avec un talent incroyable. Avec toute son histoire, c’est un rêve pour nous. 

Il y a deux directeurs sportifs brésiliens de deux grands clubs avec Leonardo, mais des personnalités différentes. Quelles sont vos relations avec lui? Vous vous appelez souvent?

Avant, on s’appelait plus. (Sourire.) Bien sûr, la rivalité existe un peu, même si on ne peut pas rivaliser avec Paris. Honnêtement, je dirais d’abord que Leo est un modèle. Il a déjà été entraîneur, c’est un champion du monde qui a beaucoup plus d’expérience que moi, qui a joué dans des équipes meilleures que la mienne, donc c’était d’abord un modèle pour moi. J’essaie toujours de regarder quand il parle, je vois sa façon de manœuvrer les choses pour apprendre aussi certaines choses. C’est comme Monchi à Séville, pour lequel j’ai beaucoup d’admiration même si je n’en ai jamais parlé. Je regarde ce qu’il dit, ce qu’il fait, et avec d’autres aussi, que ce soit en France ou non. Sur notre relation, on ne se parle pas souvent, car il y a quand même de la rivalité. Je l’ai appelé pour certains joueurs l’année dernière. Pour Aouar? Non. On n’a pas parlé de lui, mais peut-être qu’il a parlé directement avec son agent. Il y a du respect entre nous. Je le regarde pour apprendre certaines choses mais c’est vrai qu’on est différent. Moi, je me mêle de la politique de mon pays, je me sens obligé de participer car je viens de très loin, j’étais pauvre, je sais comment les gens souffrent. Je ne peux pas tourner le dos aux gens car je gagne de l’argent avec le foot. Même si je ne suis pas d’accord avec certaines choses, je ne peux pas tourner le dos à mon pays. J’ai une gratitude éternelle pour la France car j’ai deux enfants qui sont nés ici, c’est ici que j’ai gagné de l’argent, ici que j’ai connu d’autres cultures et que j’ai ouvert mon esprit pour penser à d’autres choses, ici que je me suis un peu plus tourné vers la politique, que je m’y suis beaucoup plus intéressé que quand j’étais au Brésil, que je me suis senti obligé de participer pour aider les autres. C’est ça la différence entre nous. Moi, ça me gêne le rôle de star, qu’on parle trop du directeur sportif, j’aime ma vie tranquille, je préfère rentrer en voiture après l’entraînement, mettre un bermuda et des claquettes et sortir. Ça ne veut pas dire que je n’aime pas goûter les bonnes choses mais c’est ma réflexion. C’est pour ça que j’ai donné l’interview de la dernière fois et donné cet exemple. Mais ce n’est pas une critique. 

Vous avez eu des propos peut-être mal compris mais ils ont fait beaucoup de bruit sur les Brésiliens guidés par l’argent, comme Neymar quand il signe au PSG... 

Je ne parlais pas seulement des joueurs mais de la société brésilienne. Quand tu es pauvre au Brésil, tu n’as rien. Tu es opprimé et tu as une seule possibilité: devenir l’oppresseur et massacrer les autres. C’est un peu comme ça. On est un pays très jeune. Il y a 130 ans, il y avait les esclaves et une culture très méchante. J’ai connu ça car je viens du nord du pays. Ce que je disais c’est: quelle est ta possibilité? Si tu es né pauvre, tu ne manges pas trois fois par jour, tu habites dans un quartier ou tu vois des gens par terre tués par balle. Donc tu as quelle possibilité? Essayer de tout faire pour gagner de l’argent. Et ça devient automatique. Quand tu reçois une proposition, c’est ce que tu regardes avant de regarder le plan de carrière, alors que la différence à ce niveau-là est inexistante car que tu gagnes 10, 12 ou 15, tu vas vivre de la même façon. C’est ce que j’avais voulu expliquer, mais je me suis peut-être mal exprimé, quand j’ai évoqué Neymar. C’était une grande interview qui durait plus de deux heures, tu t’emballes, tu parles un peu de tout car c’était un peu le but de passer ce message aux Brésiliens, mais ce n’était pas fait de façon méchante. J’ai bien dit que sportivement, je considère Neymar comme Messi ou Cristiano. Il a un talent de ce niveau-là, c’est un extraterrestre pour moi. Mais je n’ai pas le droit de me cacher, même si parfois ça fait mal à ma famille ou à mes enfants. J’en discute un peu avec ma femme à la maison, ça gêne un peu ma famille, donc il faut trouver l’équilibre par rapport à ça. Quand je suis là avec vous, c’est l’opportunité de passer des messages aux joueurs, aux supporters, et à ce moment-là, j’avais la possibilité de passer un message aux joueurs de foot au Brésil qui se cachent en ce moment.

Vous avez parlé à Neymar? 

Non. Mais le respect continue. On s’est croisé dans le couloir d’un stade avant le match, deux fois, et je lui ai dit bonjour et je l’ai félicité. C’est tout. Je n’ai rien contre lui, pas du tout, mais parfois je me suis peut-être mal exprimé. Et ça va encore arriver. Je n’ai pas honte de reconnaître si j’ai eu tort de dire quelque chose et de m’excuser. Mais là, non. J’ai voulu expliquer la société brésilienne. Quand tu as la chance d’être joueur de foot, tu penses seulement à ça. Moi, j’étais comme ça aussi. Je me demandais qui avait le meilleur contrat, etc. Mais j’ai appris après, ici, qu’il y avait d’autres choses importantes et que finalement, si tu prends le meilleur choix, ça va être meilleur pour toi à la fin. C’est ce que je voulais expliquer à l’époque. 

Le Brésil est le troisième pays le plus touché par le Covid, beaucoup de critiques pleuvent sur le président. Trouvez-vous que les joueurs et les expatriés ne s’expriment pas assez et est-ce que cette situation vous fait souffrir, loin du Brésil? 

Bien sûr. Mes parents sont là-bas, j’ai une fille qui est restée au Brésil, des amis. J’ai une passion énorme pour la France mais si vous me demandez l’endroit où je suis toujours content d’être, c’est au Brésil. C’est là où je suis né, là où j’ai grandi. Même si c’est un plaisir d’habiter ici, tu te sens normalement bien dans le pays où tu es né et où tu as passé la plupart du temps. Quand on regarde cette situation, ça me touche, ça fait mal. On a plus de 120.000 morts officiels. Et un jour, la réalité va sortir car c’est beaucoup plus. C’est vraiment un moment compliqué que je n’imaginais pas qu’on allait vivre. Dans les années 2000, on était la sixième économie mondiale, on a commencé à grandir, à diminuer la distance entre les gens. On a un pays vraiment agréable, où il y a beaucoup de choses, mais malheureusement la violence revient, la distance est énorme, et si tu n’as pas la conscience de regarder d’où tu viens, comme la plupart des joueurs de foot, tu ne vas jamais changer, tu vas juste changer de côté et te dire: ‘C’est mon moment, je le mérite’. Je pensais un peu comme ça: ‘Je fais beaucoup d’efforts et maintenant j’ai réussi donc je mérite tout ça’. Mais ce n’est pas comme ça. J’ai réussi mais beaucoup de mes amis qui étaient meilleurs que moi n’ont pas réussi, à cause d’autres choses car ils n’ont pas eu la bonne opportunité ou qu’ils ont mal été élevés. Je n’ai pas eu une formation de joueur de foot, je ne peux pas dire ça. Je jouais au foot en salle et je faisais des essais au foot normal. Tu arrives et on voit si tu es bon ou non. Je n’ai jamais eu un entraîneur pour m’appuyer sur la main et me dire fais ci ou ça. On te donne un maillot et tu te débrouilles ou pas. J’étais un joueur très lent, mal formé physiquement, et je devais avoir quelqu’un qui me dise de faire ci ou ça. Finalement, je termine ma formation à 26-27-28 ans avec Robert Duverne, qui m’a fait beaucoup grandir et j’ai été un autre joueur après. Je donne juste un exemple mais c’est comme ça, même si c’est un peu différent aujourd’hui. Le Brésil, c’est 210 millions d’habitants. Si tu donnes une chance à quelqu’un mais que ça ne marche pas, tu vas en chercher un autre, et ainsi de suite. Et à un moment ou à un autre, tu vas encore trouver un Neymar. Mais maintenant, l’exigence est autre. Il faut de l’éducation et beaucoup de choses. C’est ce que je regrette mais il faut toujours garder espoir. 

Est-ce que vous avez un plan de carrière à ce poste de directeur sportif, comme peut faire un joueur? 

C’est une bonne question. Ma fille m’a demandé hier soir si je me voyais après dans une autre ville. Mon plan, honnêtement, c’est de passer minimum cinq ans ici et réussir à aider le club à avoir de bons résultats, à sortir encore des jeunes et à avoir une équipe où plusieurs d’entre eux jouent, mais surtout pouvoir jouer plusieurs saisons la Ligue des champions et rêver de pouvoir gagner un trophée. Aujourd’hui, le plus proche, même si c’est difficile, c’est la Coupe de France. Cette année, et les joueurs sont au courant, le but est de revenir en C1, donc tu es obligé de terminer dans les trois premiers. Tu disputes ça avec Lille, Rennes, Nice, Marseille ou Monaco, des adversaires également capables de terminer dans les trois premiers même si je laisse Paris de côté. Le but est celui-là: aider le club à continuer à grandir et pouvoir faire un travail à moyen et long terme. Peut-être que ça ne va pas durer longtemps mais j’espère aussi que ça va peut-être durer plus. Le but est de m’installer sur la durée. 

Mohamed Bouhafsi, Jean-Louis Tourre et Antoine Wargnier