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OL: Mon Juninho à moi

Juninho

Juninho - AFP

Proche du maestro brésilien depuis ses années lyonnaises, Edward Jay, le correspondant de RMC Sport dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, raconte ses liens avec Juni.

Il revient. Juninho revient. C’est le jour "J"… Dix ans après les larmes du dernier match face à Caen avec ce 100e but, le 23 mai 2009 et une ovation monstre qui me revient parfois quand je repasse à Gerland, en mode "rugby" désormais.

100: un compte rond d’un joli voyage en ballon rond, pour un homme carré, devenu légende sur les bords du Rhône et de la Saône.

10: ces dix ans d’attente ont épousé les traits, très fin et sinueux (mais pas tortueux) d’un fil qu’il n’a jamais rompu, avec Lyon, l’OL mais aussi avec votre serviteur. Il m’a accordé sa première interview à un média français en octobre 2001 puis la première en français comme il l’avait promis à Isabelle, la traductrice attitrée des Brésiliens de l’OL. Il m’a fait découvrir les contraintes du sportif de haut niveau dans sa quête du détail et ses enchaînements de coups francs à l’entraînement à Tola Vologe (11, record de série vu de mes yeux …). Il m’a fait plonger dans quelques angoisses du champion à travers des interviews "vérité" dans plusieurs échanges par nagra interposé ou sur les antennes de RMC avec Jano Resseguié ou Gilbert Brisbois. Il m’a "cassé" la voix et "abîmé" les yeux sur des trajectoires improbables de coup franc comme celui de Kiev un soir d’automne 2006. "Comme dans un jeu vidéo, il a téléguidé le ballon pour qu’il aille là où il le souhaitait", m’entends-je encore hurler. J’ai aussi appris ce qu’était la "laxité" de la cheville, cette particularité qui a permis des trajectoires flottantes et plongeantes à certains ballons … Il a aussi été le fil rouge de la reconstruction de RMC autour du foot, l’un des premiers invités des émissions spéciales des titres depuis 2002 et même le premier à me faire faire un direct dans l’After autour de ses larmes d’un soir d’élimination face au Milan AC, en avril 2006.

Il m’a mis dans quelques confidences à garder quelques temps. Il m’a fait découvrir "son" Brésil à Récife. Il s’est confié en juin 2009 comme jamais. Il m’a emmené dans une favela où il parraine une école. Je me souviens encore de ses yeux embués de ces instants partagés où il "rend" à des enfants défavorisés, ce que son sport et sa notoriété lui ont apporté. Nous avons construit tous les deux, un lien de confiance que nous garderons au grès de ces découvertes au Moyen-Orient, à New York, à Los Angeles ou encore à Nyon, quand il passe le diplôme de l’UEFA récemment. Il m’avait réservé une place le jour de la remise du prix. Mais au dernier moment, l’instance a empêché l’accès. Tant pis, pas loin de cette porte, j’ai encore senti ce fil … Je glisse aussi son nom à ma hiérarchie quand en 2014, il faut un consultant "Brazil" pour la Coupe du Monde sur RMC. Il surfera ensuite sur la lancée pour son autre carrière sur les médias brésiliens.

Ce fil entre lui et l’OL, Lyon (et un peu moi), il l’a aussi étiré au plus long possible : 10 ans. Car Juninho est homme qui prend son temps. Qui pèse et soupèse tout. Qui anticipe au mieux. Il faut donc avec lui comprendre aussi les "silences". Valent-ils consentement? Valent-ils un "non" gêné? Non, ces silences dessinent sa réflexion. Quand il découvre, par exemple, le projet d’un livre sur sa carrière à Lyon que je lui propose en avril 2009, il prendra poliment l’ébauche couché sur papier avec Thomas, un inconditionnel du Brésilien. Il est alors en pleine réflexion sur son futur. Il échangera avec Rénata qui lui fera comprendre l’intérêt de l’ouvrage à celui qui veut toujours laisser sa trace … Ce livre interview s’appellera "Juninho". Pas besoin de faire dans la surenchère, son nom suffit. Plus? Il n’aurait pas aimé. Par pudeur.

Juninho: "Je ne veux pas revenir comme une star"

Ce fil solidifié et mâtiné de confiance se renoue aujourd’hui après des dernières semaines d’échanges "professionnels" comme il les a voulus quand il s’est agi de revoir leur contenu quand j’ai compris, par un … silence ( !!!) à un message anodin ("je lui demandais ce que je devais penser d’un voyage du président à Los Angeles…") , fin avril dernier qu’il se tramait quelque chose. Les messages seront plus rares. Mais toujours signés de la même écriture, de l’humilité: "Je ne veux pas revenir comme une star, me confie-t-il alors. Il va falloir que je gagne la confiance des joueurs sans penser à mon passé…"

Mai 2009 – Mai 2019: Juninho revient. Et pour une fois, je me suis permis d’ôter quelques minutes, mon habit de commentateur "neutre" de la vie de l’OL pour revêtir celui d’un homme qui a beaucoup appris (humainement et footbalistiquement) dans un sillage privilégié parfois. Car le foot business, c’est aussi, avec un Grand Monsieur comme Juninho, une histoire humaine…

Une nouvelle vie débute aussi professionnellement parlant où il va falloir trouver la distance nécessaire pour faire le plus honnêtement le job. Avec toujours ce fil de confiance allongé avec le temps et la distance. Un sacré challenge pour lui comme pour moi. Une chose est sûre : nous donnerons le "maximOUm", comme il aimait à le dire quand il était joueur à l’OL. C’était il y a 10 ans. C’était hier. Et c’est aujourd’hui que tout repart …

Edward Jay (à Lyon)