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OM: Villas-Boas "insupportable" et Eyraud "trop rationnel" selon Bouchet

Christophe Bouchet, ancien président de l'OM

Christophe Bouchet, ancien président de l'OM - AFP

Invité de l’After ce mardi sur RMC, l’ancien président de l’OM Christophe Bouchet a livré son analyse de la crise marseillaise. En pointant les erreurs d’André Villas-Boas et de Jacques-Henri Eyraud.

Christophe Bouchet, en tant qu’ancien président de l’OM (2002-2004), comment analysez-vous le départ d’André Villas-Boas, démissionnaire puis mis à pied ?

En janvier 2020, j’avais dit que Villas-Boas était déjà parti. C’était l’époque où il avait déjà sorti toutes ses cartes sur les excuses. Il avait fait une conférence de presse qui était lunaire, où il disait déjà qu’il redonnerait son poste si on lui demandait. C’est inexcusable, en fait. Vous ne pouvez pas avoir un entraîneur qui ne respecte même pas le club dans lequel il a été embauché. C’est vraiment insupportable. Pour le coup, quand vous êtes président, il faut être un peu maso pour le conserver, parce que vous savez que tôt ou tard, il vous lâchera, et au plus mauvais moment. C’est exactement ce qu’il s’est passé. Même si les supporters n’ont pas tous les droits, effectivement, vous ne pouvez pas accepter que dans votre club, vous ayez un entraîneur qui laisse planer sans cesse le doute sur le fait que lui, il vaut mieux que le club et que peut-être il partira.

Jacques-Henri Eyraud peut-il tenir à son poste de président de l’OM ?

Ça devient compliqué. Sur le fond, je pense que Jacques-Henri voulait réformer certaines choses, rationaliser. Je pense qu’il a voulu trop rationaliser. Dans le foot, on peut injecter des fois des doses de rationnel, ça ne fait pas de mal. Mais un club de foot, ce n’est pas une entreprise comme les autres. J’ai toujours la même image : le club de foot, c’est un bien affectif commun. Il n’appartient pas à ses supporters, mais il n’appartient pas non plus complètement à ceux qui sont les actionnaires. Les supporters n’ont pas tous les droits. Quand on voit ce qu’il s’est passé samedi (à la Commanderie, ndlr), on ne peut être que scandalisé. C’est inexcusable. Néanmoins, les explications de contexte, il faut les lister, les écrire. Elles sont là, il faut les entendre. Aujourd’hui, le foot est dans une grande souffrance. Les supporters accumulent une frustration invraisemblable.

Vous avez connu, vous aussi, des moments difficiles à l’OM…

Il ne faut pas tout jeter. J’ai vécu deux saisons et demie exaltantes. Il faut remettre l’église au milieu du village. Quand vous êtes président de l’OM, c’est exaltant. Il ne faut pas se plaindre. Si vous le prenez à cœur, vous êtes obligé de faire chaque jour du management, de la politique, surveiller le sportif. C’est vraiment super. Il ne faut pas s’en plaindre. Souvenez-vous, moi, j’y étais à une époque où l’OM était en froid, et très nettement, avec les instances. Il y avait une répartition des droits qui était égalitaire, j’avais entamé un combat que j’estimais juste et qui a été pris en compte, et tant mieux. Quand vous êtes à la tête d’un club comme celui-là, vous êtes souvent en friction avec les différents milieux dans lesquels vous baignez. Mais franchement, c’est un beau métier.

Comment rétablir le dialogue entre Jacques-Henri Eyraud et les supporters de l’OM ?

Je pense que le bilan de Jacques-Henri sera à réviser plus tard. Mais je crois que le concernant, ce qui a fait le plus mal, en dehors de toutes ses déclarations qui me semblent trop rationnelles, trop économiques, c’est l’affaire des salariés marseillais. Je comprends très bien ce qu’il a voulu dire. Il a voulu dire que dans un club de foot, quand vos employés sont supporters, c’est très compliqué. Ça s’applique partout, dans toutes les villes de France. Parce que, quand vous avez pris 3-0 le dimanche, vos employés, qu’ils soient marseillais ou pas, ils ont la tête dans le sac pendant 48 heures comme les joueurs. Quand vous managez une entreprise, parce que ça reste une entreprise, c’est difficile d’avoir quasiment une démission collective pendant deux, trois, quatre jours. C’est ce qu’il a voulu dire. Mais je pense qu’il a eu un mot malheureux. Et dans l’univers dans lequel on est tous, le mot malheureux vous poursuit et vous assassine.

LP