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Pourquoi Fratani ne veut pas révéler le nom de l’arbitre d'OM-PSG qu’il accuse de corruption

Ex-homme à tout faire de Bernard Tapie, Marc Fratani a réglé quelques comptes avec l'ancien président de l'OM en évoquant notamment certaines méthodes de corruption et l'achat d'un arbitre lors PSG-OM. Mais moins d'une semaine après ses déclarations au Monde, cet ancien attaché parlementaire de l'homme d'affaires refuse toujours de révéler l'identité de l'arbitre.

Longtemps factotum de Bernard Tapie, Marc Fratani affirme avoir corrompu l'arbitre d'un OM-PSG à la demande de son patron. Mais il refuse de "jeter en pâture" son nom, a-t-il expliqué vendredi à l'AFP.

"Si je donne un nom, il niera. Et je ne veux pas pourrir la fin de vie d'un type qui n'a rien fait contre moi. Au contraire, il a aidé l'OM", raconte Fratani. "Certes, il n'a pas été d'une grande moralité, mais je ne veux pas le jeter en pâture, qu'il se rassure."

Dans un entretien au Monde daté de samedi, l'ex-homme à tout faire de "BT" a raconté, entre autres mauvaises pratiques, cette affaire de corruption d'arbitre quand son patron présidait l'OM (1986-1994). 

"Je ne parle pas pour l'accabler avant son procès" qui s'ouvre lundi dans l'affaire du Crédit Lyonnais, assure Fratani, ajoutant qu'il avait l'intention de parler dès 2016, avait rédigé un livre en 2017, mais en a retardé la publication quand Tapie a annoncé être atteint d'un cancer. Non, s'il a décidé de parler, c'est parce que son ancien mentor "a renié ses engagements".

"Je ne me sens pas trahi mais assassiné"

Lesquels ? Pourquoi ? Selon des sources concordantes, Tapie aurait fait capoter une affaire de son ancien homme de confiance en 2016. Mais Fratani n'en dira pas plus. "C'est à cause d'une immense déception que je me suis confié, pas pour me venger mais pour faire comprendre (à Tapie) que ce qu'il a fait est inadmissible. Je ne me sens pas trahi mais assassiné".

Son livre est aujourd'hui "en stand-by". Maintenant que l'ancien président de l'OM "a repris du poil de la bête", Fratani prévoit de le sortir fin 2019. "S'il est dans une bonne condition, surtout s'il gagne son procès, ce que je lui souhaite".

Il insiste: il ne s'agit "pas d'une vengeance. Mon intention était de lui rappeler tout ce qui a été fait pour lui pendant 25 ans", évoquant outre la corruption autour de matches de football "des compromissions politiques pas très démocratiques que j'ai cautionnées et auxquelles j'ai participé."

Fratani, qui ne cache pas ses nombreuses connaissances à Marseille jusque dans le milieu, a notamment aidé Tapie à s'y faire élire député. Tapie gagne en 1989 et fait de Fratani son attaché parlementaire. "Cela a été une grande satisfaction personnelle de l'aider. J'ai été à sa disposition en faisant tout ce qu'il me demandait, sans compensation financière", se souvient-il.

Dévoué, Fratani s'est donc senti trahi quand Tapie lui a "cassé les reins". Jadis, "j'étais sûr que jamais Tapie ne me ferait de coup tordu, je n'aurais pas mis une main à couper mais les deux !" se désole-t-il.

Mais entre eux désormais, tout est rompu. Les deux hommes s'accrochent par médias interposés depuis une semaine. Contacté par l'AFP, Tapie a répondu: "ça ne m'intéresse pas".

Fratani s'en prend aussi à l'ex-directeur sportif de l'OM, Jean-Pierre Bernès, condamné comme Tapie dans l'affaire VA-OM de 1993 pour avoir acheté des joueurs valenciennois.

Bernès "est le plus grand corrupteur que le foot français ait connu. C'est ce qui ressort de ses dépositions lors de l'instruction de l'affaire sur les comptes de l'OM en 1996", lance l'ex-collaborateur.

"C'est Bernès qui a affirmé avoir volé deux titres de champion de France à Monaco grâce à la corruption, parce qu'on a corrompu certains joueurs, 45 joueurs en cinq ans, il a signé ce procès-verbal", poursuit Fratani.

Il s'étonne également qu'interdit de toute activité dans le football, Bernès ait pourtant retrouvé "une licence d'agent en 1999". Également contacté par l'AFP, Bernès n'a pas donné suite.

Pour autant, Fratani "ne regrette rien" de ces 25 années aux côtés de Bernard Tapie. "J'ai toujours agi en connaissance de cause et de conséquence, et je ne cherche pas à me faire pardonner".

En politique, il estime avoir aidé BT à "franchir la première marche", mais "sa carrière politique, il la doit à son génie", conclut le factotum déçu.

AB avec l'AFP