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PSG : le supporter renversé par Thiago Motta raconte la scène

Un supporter du PSG a été heurté par Thiago Motta au Bourget mercredi soir

Un supporter du PSG a été heurté par Thiago Motta au Bourget mercredi soir - AFP

EXCLU RMC SPORT. Yassin*, le supporter du PSG renversé par Thiago Motta à l’aéroport du Bourget mercredi soir au retour des joueurs de Barcelone, raconte la scène. Blessé au dos, il a porté plainte et déplore la communication du club et de l’agent du joueur dans cette affaire.

Yassin*, pourquoi vous êtes-vous rendu au Bourget dans la nuit de mercredi à jeudi après le match contre le Barça ?

Ce n’est pas la première fois que j’accueille les joueurs de Paris au Bourget. Quand il y a eu la victoire contre Marseille, je me suis déplacé également. Je suis supporter. Je suis fan de Paris depuis très, très longtemps. Je suis tous leurs déplacements. Le jour du match, le sixième but, je ne l’ai pas compris. Comme pour la victoire contre Marseille, je suis parti tout naturellement au Bourget. Déjà, pour accueillir mes joueurs. Et puis pour essayer d’avoir une explication sur ce qu’il s’est passé. Les supporters, et je ne parle pas de ceux de l’ère qatarie mais de ceux qui étaient là quand on allait descendre et quand on avait de bons joueurs mais pas des joueurs de classe mondiale, si Paris souffrait, on souffrait avec Paris. Le PSG, c’est comme ma maison. Les Qataris, les joueurs qui sont là en ce moment, ce sont comme mes invités puisque tôt ou tard, ils vont partir. Mais le Paris Saint-Germain sera toujours là. Ce qu’il s’est passé mercredi, j’ai vécu ça comme un drame.

Quel était votre sentiment en allant au Bourget ?

En fait, on n’a même pas le temps d’être en colère en voyant ça. C’était incroyable. La première chose qui est venue à l’esprit de tous les vrais supporters, c’est : "Qu’est-ce qu’il s’est passé ?" C’était ma question. J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Papus Camara, l’adjoint de l’entraîneur. Je lui ai demandé ce qu’il s’était passé. Je lui ai dit qu’on ne comprenait pas. Il s’est expliqué, il nous a dit qu’il était désolé.

Comment cela s’est-il passé quand les joueurs sont arrivés ?

Je suis arrivé aux alentours de 0h20. J’étais tout seul. J’ai même discuté avec les agents de sécurité. J’ai attendu jusqu’à 4h, l’arrivée des joueurs. Entre temps, certains supporters sont venus. Effectivement, certains ont proféré des insultes. Mais je n’en faisais pas partie. C’est vrai qu’il y a des supporters qui ont tapé sur les voitures. Mais je n’en faisais pas partie. Je n’étais pas du tout venu dans cette optique-là. Je suis un fan du PSG, du club. Pas des joueurs, mais du PSG. Quand Paris perd, je suis mal pendant une semaine. Jusqu’au prochain match.

Que vous arrive-t-il au moment où les voitures des joueurs sont dégradées ?

Au départ, j’avais vu une voiture grise sortir. Comme j’étais de l’autre côté de la route, je me suis mis juste devant. Il était à l’arrêt. Plus tard, j’ai su que c’était la voiture de Krychowiak. Sur les images, on peut voir qu’elle me tape un peu. Je n’ai pas fait d’esclandre, je ne suis pas parti. Je ne suis pas tombé par terre. Mon téléphone tombe, il est cassé. Je n’ai rien dit. Il n’a pas fait exprès. C’est rien. Krychowiak passe. Ben Arfa arrive. Très gentiment, il baisse sa fenêtre pour pouvoir nous parler. Effectivement, il y a des gens qui l’ont insulté. Mais je n’en faisais pas partie. Sur une cinquantaine de personnes, il n’y en avait que cinq qui faisaient ça. Les autres étaient juste là pour avoir une explication. Vu les insultes, Ben Arfa ferme sa fenêtre et repart. Ensuite, Thiago Motta sort avec sa voiture. Il arrive au niveau du rond-point. Il s’arrête, baisse sa fenêtre. Pour nous, c’est une invitation. C’est l’un de nos joueurs, l’un de nos gladiateurs. Moi, vu qu’il était à l’arrêt, je suis passé du côté passager. J’ai vu qu’il était accompagné d’une dame dans la voiture. Et nos regards se sont croisés. Il y a une première accélération de Thiago Motta. J’ai mis ma main en opposition. Je ne sais même pas pourquoi. C’est un réflexe bête. Quand j’ai entendu la deuxième accélération, j’ai essayé de partir mais c’était trop tard. Il m’a fauché avec sa voiture. Je suis passé sur le capot et je suis retombé. En repartant, sa voiture a tapé mon pied.

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Thiago Motta est-il sorti de sa voiture ?

Non. Il n’est pas sorti de la voiture. Est-ce qu’il y avait des insultes ou pas à ce moment-là ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, il n’y en avait pas de ma part. Quand je vois la communication du PSG et de Thiago Motta et de son agent (voir le tweet ci-dessous, ndlr), je trouve ça très, très scandaleux de leur part. Ils disent que j’ai tapé sur la voiture. Effectivement, j’ai tapé sur la voiture, mais quand je suis passé sur le capot. Mon corps entier est passé sur le capot. Là, c’est vrai que j’ai tapé sur la voiture. Mais auparavant, je n’ai pas tapé sur la voiture. Après, non, il ne s’est pas arrêté. Il a fait un délit de fuite. Il est parti. La police était là. Elle a essayé de le pourchasser. Certains supporters aussi, en voiture. Que ce soit Thiago Motta ou pas, on est dans un pays de droit. C’est vrai que ces temps-ci, on a l’habitude que les gens avec du pouvoir se dérobent à la justice. Mais pour nous, on ne peut pas. Moi, la police m’a accompagné jusqu’à l’hôpital. Ils m’ont raccompagné ensuite dans la foulée, tout en sachant que j’avais mal, au commissariat pour pouvoir déposer plainte.

Qu’avez-vous eu comme blessure ?

J’ai mal aux cervicales. Actuellement, je porte une minerve. J’ai très mal au dos. J’ai entendu que Thiago Motta était avec sa femme. Moi aussi, j’ai une femme. J’ai deux enfants. Ma fille, pour l’instant, je n’arrive pas à la porter parce que ça me fait très, très mal au dos. Moi, je ne suis pas habitué à tout ça, au niveau médiatique. Quand ma mère voit mon corps à la télé… J’ai eu des appels de tout le monde. Dans le pays duquel je suis originaire, les gens pensaient que j’étais mort. J’ai été obligé de les rassurer. Que ce soit Thiago Motta ou une autre personne, la procédure est la même dans un pays de droit.

Qu’attendez-vous de votre plainte ?

Ce que j’attends… Pour moi, la communication de Thiago Motta et du PSG est désastreuse. Certes, il y a eu des insultes. Certes, il y a des gens qui ont tapé sur les voitures. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. On n’est pas tous comme ça. Il y a des personnes qui sont de vrais supporters, qui sont juste là pour supporter les joueurs. Et aussi pour avoir des réponses à leurs questions, ce qui est normal. Moi, je suis supporter de Paris. Si j’ai pris Canal + et BeIN, ce n’est pas pour regarder l’En Avant Guingamp et Getafe. C’est juste pour regarder le Paris Saint-Germain. Moi, je n’étais pas venu pour en découdre avec les joueurs du PSG. Surtout que c’est impossible. Il y a des agents de sécurité, la police.

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Certains commentaires sur les réseaux sociaux suggèrent que vous espérez récupérer de l’argent…

Quand j’ai pris connaissance de ça, j’étais atterré. Les gens qui se jettent dans les roues des voitures pour récupérer de l’argent, pour moi, ça n’existe pas. Parce que tu peux mourir, avant de toucher ton argent. Pour moi, ce n’est pas une question financière. Je suis dépassé par cet aspect médiatique. Et comme je l’ai dit, la communication du PSG, de Thiago Motta et de son agent, c’est lamentable ! Ce que j’attends, c’est déjà que la justice fasse son travail. Et que Thiago Motta me fasse des excuses. Son agent a dit "s’il a tapé quelqu’un". Je confirme qu’ils ont tapé quelqu’un. Donc qu’il me fasse des excuses. Ça n’a rien à voir avec l’argent. J’ai une vie de famille. Ma femme a une situation très, très stable. Moi, je suis entrepreneur. Tout va bien dans notre vie côté financier. Certes, on n’est pas au même niveau que Thiago Motta. On est au même niveau que 90% des Français, je pense. Le 20 du mois, je suis un peu à découvert, comme tout le monde (rires). La seule chose que j’espère dans cette affaire, c’est déjà que ça soit oublié très rapidement, que la justice fasse son travail et qu’ils s’excusent par rapport à leur communication. Ce n’est pas pour récupérer de l’argent. Et on est en France. La seule fois qu’on a vu quelqu’un se jeter sous une voiture, c’était Elie Kakou dans La vérité si je mens. Je ne suis pas suicidaire. Et ce n’est pas comme ça que j’essaye d’avoir de l’argent.

Cet épisode douloureux va-t-il changer votre perception du club, des joueurs ?

Je le répète, je suis fan du club Paris Saint-Germain depuis très, très longtemps. Donc ma vision des choses ne va pas changer. Dans 40 ans, je serai toujours fan du PSG. Dans 40 ans, Thiago Motta ne sera pas là. Verratti, Thiago Silva, non plus. Peut-être que le Qatar aura vendu le PSG. Mais moi, je serai toujours là en tant que fan. Ça me fait mal quand j’entends également le Collectif Ultras Paris qui condamne ces actes. Moi, j’étais sur place. Il n’y avait pas d’actes vraiment graves, à part mon accident bien sûr. Avec ce qu’il s’est passé mercredi, ces joueurs auraient été là en 2001 ou 2008, je pense qu’ils ne sortaient pas du Bourget. On avait des supporters plus virulents. Je ne vais pas dire que j’excuse les gens qui ont insulté, mais c’était plus du désarroi. Il y en a un, il était tellement en colère qu’il a arraché des feuilles d’un arbre pour les jeter. Il ne pouvait faire de mal à personne. C’était vraiment du désarroi. Il faut juste que les joueurs comprennent que les vrais supporters, ce qu’il s’est passé mercredi, ça les a traumatisés. C’est catastrophique. A Marseille, s’il se passe la même chose, je pense que les joueurs ne sortent pas de l’aéroport.

* Le prénom a été changé

la rédaction avec Loïc Briley