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Riolo : "Joueurs, coach, président : qui est responsable ?"

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Qui est responsable des résultats d’un club de foot ? Les joueurs, l’entraîneur ou le Président ?

Il y a quelques jours, un petit sondage publié par le Parisien a attiré mon attention. La question était : qui est responsable des résultats du PSG ? La réponse était en substance la suivante : joueurs : 60%, coach : 30 et président : 10 !

J’ai trouvé cette conclusion absolument sidérante. Ainsi, si on donne du crédit à ce sondage, le club de foot serait une entreprise pas comme les autres. Dans quelle autre activité, en effet, en cas de mauvais résultats, on se tournerait d’abord vers les ouvriers plutôt que vers les dirigeants pour obtenir des comptes ?

Le club de foot présente une particularité qui explique peut-être que l’on réponde de cette façon : l’ouvrier reçoit un salaire parfois beaucoup plus important que le patron. Et ce salaire entraîne certainement un surcroît de responsabilités aux yeux de certains. Ce regard n’est pas juste.

Vu depuis une fiche de paie normale, le salaire du footeux semble tellement démesuré qu’on croit à tort que le joueur peut évoluer seul. Que le coach est un animateur du Club Med et le président, le directeur du centre de loisirs. Mais dans « leur monde », les joueurs ne se sentent pas anormaux. Ils évoluent dans un secteur d’activité dans lequel les critères ne sont pas les nôtres. J’entends souvent parler de « conscience pro » qui devrait être plus grand puisque le salaire est énorme. Là encore on se trompe. Le joueur gère sa carrière de façon individuelle, dans un secteur ultra-concurrentiel. Il joue pour lui, pour sa place, pour un meilleur contrat. Il a un agent dont l’avis est parfois plus important que celui du coach. Son entourage compte aussi énormément et l’éloigne très souvent des réalités, enfin de « nos » réalités.

Cette description, j’en conviens, brève et générale, est là pour poser le cadre. A côté de ça, il y a donc les vrais responsables. Ceux qui prennent les décisions. Allez dire à Jean-Michel Aulas qu’il n’est que 10% responsable de ce que fait Lyon depuis 20 ans.

A part de rare « one shot », de brèves périodes d’auto-gestion, le joueur est la dernière roue du carrosse. Et si on s’arrête au dernier exemple en date d’équipe jouant « quasi-seule », le Chelsea 2012, ne doit-on pas plutôt penser que c’est la politique sportive menée depuis 2003/04, le recrutement, l’arrivée à maturité de certains joueurs devenus cadres qui a permis cet exploit ?

10% ? Le Saint-Etienne des années 70, n’est-ce pas d’abord le trio Rocher/Garonnaire/Herbin ? Le Bordeaux des années 80 : Bez, Couécou, Jacquet ? L’OM de Tapie, Bernès… Le PSG de Canal Plus ?

Le Milan de Berlusconi, Galliani, Braida, Sacchi… Le Manchester Utd, organisé année après année par Alex Ferguson. Arsenal, ce sont les joueurs ou Wenger ? Qui les recrute, construit l’équipe, dose l’effectif ?

C’est plus facile avec de l’argent. Autre tarte à la crème. Le Real a envoyé combien de millions sur le tapis au début des années 2000 pour avoir des Ballons d’Or. Vous vous souvenez de la valse des entraîneurs et de la disette post-2002 ? Le Barça de Guardiola, n’est-ce pas le fruit d’une politique sportive minutieuse, un aboutissement extraordinaire. Je continue d’enquiller les exemples où on a compris ? Le Nantes et sa politique de formation, Suaudeau… Auxerre et Guy Roux, Hamel, Bourguoin. A l’inverse, le PSG des années 2000, du fric, des stars et une direction en carton ! L’Inter de Moratti, combien de stars et de résultats bidons ? C’est bon, je peux arrêter ma liste ?

Comment peut-on répondre de cette façon à la question de la responsabilité dans un club ? C’est extravagant. Pourtant dans beaucoup de médias, cette année, quand on parle du PSG, j’entends dire que les joueurs sont avant tout responsables. C’est délirant. On semble se focaliser uniquement sur la taille du salaire. Et on l’a vu, ça n’a aucun sens.

Evidemment, on gagne plus de matchs avec Messi ou Ronaldo. Mais les joueurs qui selon la formule gagnent seuls (si tenté que cela puisse exister) sont extrêmement rares. Et puis il faut voir ce que l’on gagne. Quels sont les objectifs, ambitions d’un club ?

Autre idée reçue à combattre, non, le travail du coach n’est pas plus simple quand il y a que des grands joueurs dans le groupe. C’est évidemment plus compliqué. Choisir le bon système, celui qui convient aux joueurs, le choix des hommes, des titulaires, ménager les égos, avoir le soutien de son président (si Berlusconi ne soutient pas l’inconnu Sacchi en 1986, l’histoire est bien différente). Si la politique sportive n’est pas plus importante que les joueurs, comment expliquer la réussite de l’OM cette année ? Qui fragilise le PSG en nommant un coach 6e choix à la tête de son équipe et en ne nommant pas de directeur sportif ?

La direction d’un club de foot, c’est du management de haute précision. Et qu’on en soit sûr, le joueur n’arrive qu’au terme d’un processus, au bout de la chaîne. Lui, souvent se croît plus important que le coach, le club. C’est une star, la notoriété lui laisse croire qu’il est le rouage essentiel. Mais l’important est ailleurs.

Dans Secret de Coachs, Marcello Lippi raconte le départ de Zidane. Les supporters, les médias étaient catastrophés. Et même certains dirigeants qui avaient dû se résoudre au départ avaient peur. Très calmement, Lippi a répondu qu’avec l’argent du transfert, il allait reconstruire l’équipe autrement. Nedved n’était pas Zidane, mais il a gagné un ballon d’Or à la Juve (+ une finale de LDC perdu aux TAB).

60%, 30% et 10% ! Non ! Inversons ce résultat et on sera alors proche de la vérité.

Daniel Riolo