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Robert Herbin, entraîneur légendaire de Saint-Etienne et du foot français, est mort

Légende des Verts des années 1960 et 1970, l'ancien joueur international et entraîneur Robert Herbin s'est éteint ce lundi à l'âge de 81 ans. Il était sur le banc de touche de l'ASSE lors de la fameuse finale européenne aux poteaux carrés perdue contre le Bayern Munich en 1976.

Le "Sphinx" avait soufflé sa 81e bougie le 31 mars dernier. Neuf fois champion de France avec l'AS Saint-Étienne (1964, 1967, 1968, 1969, 1970, 1974, 1975, 1976, 1981), en tant que joueur, entraîneur, mais aussi entraîneur-joueur, l'ancien international français Robert Herbin est mort ce lundi après avoir été hospitalisé dans un état grave depuis mardi dernier, pour des insuffisances cardiaques et pulmonaires, sans lien avec le coronavirus. "Tout ce que je fais, je le fais en accord avec sa famille, son frère et ses soeurs: Robby est parti, a confié Jean-Michel Larqué dans l'After, sur RMC. Il était à l’hôpital nord de Saint-Etienne. Il est parti en fin de soirée."

Le football français perd l'un de ses plus beaux palmarès, qui compte aussi six sacres en Coupe de France (1962, 1968, 1970, 1974, 1975, 1977). Impliqué sur 15 des 17 trophées nationaux de l'ASSE, Robert Herbin est d'autant plus une légende du club puisqu'il y a réalisé toute sa carrière de milieu de terrain en disputant 492 matchs professionnels et en marquant 98 buts entre 1957 et 1972. Un total plus qu'honorable pour un joueur à vocation défensive.

Homme de l'épopée de 1976, il était un précurseur

Son parcours est indissociable de la formidable épopée européenne de 1976. Avec Ivan Ćurković, Gérard Janvion, Jean-Michel Larqué ou encore Dominique Rocheteau sous ses ordres, les Stéphanois atteignent la finale de la Coupe des clubs champions. Il avait fallu pour cela éliminer le KB Copenhague, les Rangers, le Dynamo Kiev et le PSV Eindhoven. Mais le 12 mai, dans le Hampden Park aux fameux poteaux carrés, le Bayern Munich s'impose 1-0 et prive l'AS Saint-Étienne du sacre.

Qu'importe, Robert Herbin est porté aux nues et défile avec toute l'équipe sur les Champs-Élysées. L'épisode reste néanmoins douloureux pour lui. Bien qu'il soit conscient de l'engouement créé, il regrette toute sa vie d'avoir paradé sur l'avenue parisienne, estimant que cette célébration n'aurait jamais dû avoir lieu. Un souvenir amer, entre l'immensité de la déception et les sourires de circonstance auxquels il a dû se prêter.

L'importance de Robert Herbin se mesure aussi dans son approche du métier de coach. Il a accompagné le développement et la professionnalisation du football français, en incluant une grande part de préparation physique dans ses entraînements.

Robert Herbin lors du match ASSE-Kiev, le 17 mars 1976
Robert Herbin lors du match ASSE-Kiev, le 17 mars 1976 © Jean Michel Bancet / Icon Sport

L'un des espoirs du football français

Quant à sa carrière de joueur, elle avait débuté au Cavigal de Nice. Oublié par la cellule de recrutement de l’OGC Nice, qui compte pourtant à l’époque parmi les meilleures équipes de France, le milieu défensif de formation rejoint l’ASSE en 1957. Professionnel, athlétique et travailleur, Robert Herbin s’impose rapidement comme l’un des espoirs du football français. Doté d’une frappe de balle puissante et d’un timing aérien affûté, il devient vite une pièce maîtresse de l’ASSE dans le 4-2-4 des Verts.

Ses performances lui permettent d'intégrer l'équipe de France. Il dispute la Coupe du monde 1966 en Angleterre, où une grave blessure le frappe, mais aussi en 1960 à la phase finale du tout premier championnat d'Europe. Bilan international: vingt-trois sélections, trois buts.

Après les Verts et l'affaire dite la "caisse noire" qui l'éclabousse et lui vaut six mois de prison avec sursis, Robert Herbin poursuit sa carrière d'entraîneur chez le rival, l'Olympique Lyonnais, avant une parenthèse saoudienne avec Al-Nasr puis strasbourgeoise. Il revient à l'ASSE en 1987, pour trois ans sans grand succès. Il s'éloigne ensuite des terrains après une dernière étape au Red Star.

Simplicité et modestie

Né à Paris et élevé dans le XIXe arrondissement, quai de la Loire, comme une prémonition, Robert Herbin est appelé "le Sphinx" pour son coté énigmatique. Il n'est pas à l’aise avec la communication, peu affable avec les journalistes. "Roby", pour ses amis et pour ses joueurs, réserve ses sourires à sa sphère privée. "Je pense que l'on a souvent confondu mon souci de protéger mes joueurs contre les agressions extérieures, avec un certain attrait pour le mystère", écrit-il à propos dans On m'appelle le Sphinx.

Installé sur les hauteurs de la commune de l’Étrat qui abrite le centre d’entrainement des Verts, Robert Herbin vit son après-carrière en partageant son temps entre sa passion pour la musique classique et ses chiens. Il garde alors toujours un œil sur l’ASSE, suivant ses rencontres et devenant un ambassadeur à vie du club. "C'est de la folie de se dire qu'on peut descendre en Ligue 2! Je ne peux pas y croire", s'inquiétait-il dans Le Progrès début mars après le derby perdu 2-0 contre l'OL.

Dans le livre de Robert Herbin, l'ancien sélectionneur Michel Hidalgo le décrit en ces termes dans la préface: "En dépit de son prestige et de sa réussite sportive, Robby ne s'est jamais écarté des chemins de la simplicité et de la modestie. C'est l'un des côtés les plus sympathiques et les plus attachants de sa personnalité. (...) Saluons donc en Robert Herbin l'homme de sport qui a su créer son propre univers pour traverser les aléas et les obstacles d'une fonction exaltante mais délicate".

Julien Absalon et Timothée Maymon