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Saint-Etienne: pourquoi la situation est très inquiétante

En chute libre en Ligue 1 (15e), privé de victoire depuis deux mois, Saint-Etienne traverse une crise très inquiétante. De Julien Sablé à Roland Romeyer, en passant par les joueurs, RMC Sport fait le point sur la situation.

La situation sportive des Verts

Le doute Sablé

Il a succédé à Oscar Garcia cet automne. Après cinq matchs à la tête des Verts, Julien Sablé compte trois défaites et deux nuls… Sa position ne changera pas d’ici la trêve, mais son rôle pourrait être revu si Saint-Etienne prend moins de trois points sur les deux derniers matchs, contre Monaco et à Guingamp. Enfant du club, protégé de Roland Romeyer, Julien Sablé reprendrait son poste de directeur du centre de formation s’il devait ne plus être entraineur de l’équipe première.

Le cas de l’absence de diplôme de Julien Sablé sera par exemple étudié à la trêve. L’ASSE payera donc, selon Dominique Rocheteau, l’amende de 25 000 euros prévue à partir du match à Guingamp (20 décembre). Et espère pouvoir inscrire Julien Sablé à la prochaine session du BEPF, le but étant ensuite d’obtenir une dérogation de la LFP.

Sur le terrain, Julien Sablé veut mettre en place un 4-3-3, avec trois joueurs à vocation défensive au milieu. C’est ce qui explique l’absence d’Hernani dans les dernières compositions d’équipe. Une absence qui laissent interrogatifs les observateurs, qui voient en Hernani l’un des rares "joueurs de ballon" dans l’effectif. Le vestiaire émet d’ailleurs des doutes sur Julien Sablé, apprécié humainement mais jugé un peu inexpérimenté pour gérer une telle situation.

Selon un cadre du vestiaire, "les joueurs vivent mal la situation et sont émoussés tant mentalement que physiquement." Toujours protégés par Christophe Galtier en son temps, la cellule médicale et les préparateurs physique du club sont dans l’œil du cyclone après que 14 blessures de nature musculaire ont été détectées cette saison.

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Un effectif à remodeler

Les deux numéro 9 du club, Alexander Söderlund et Loïs Diony, n’ont toujours pas marqué cette saison en Ligue 1. Jonathan Bamba a inscrit cinq buts, dont quatre sur penalty. Romain Hamouma, Rémy Cabella et Kevin Monet-Paquet en sont à un but chacun. Les six joueurs de la ligne offensive de Saint-Etienne ont donc inscrit quatre buts dans le jeu en 17 journées.

Conscient qu’il ne peut pas se tromper, le club entend recruter au mercato un joueur par ligne. Le profil défini est celui de joueurs de haut niveau connaissant bien la Ligue 1. La situation de David Wantiez, directeur de la cellule recrutement de l’ASSE et "responsable" de trois mercatos ratés, est intenable. Il pourrait être le premier fusible à sauter dans les jours qui viennent.

Le départ de Söderlund vers Rosenborg est souhaité par le club et par le joueur. Saint-Etienne cherche en effet à trouver un point de chute à son attaquant décevant. La femme du joueur, avec son bébé né il y a une petite année dans le Forez, ne se sent pas bien et aimerait rentrer dans son pays natal. Mais les discussions avec le club de Trondheim en sont à leur prémices.

Le retour de Robert Beric, en échec à Anderlecht où il est en prêt et où il ne joue pas, est une option même si cela ne dépend pas des Verts mais bien du club belge. Saint-Etienne l’accueillerait avec plaisir mais ne verrait pas en lui, une solution miracle.

L’ASSE a rendez-vous ce mardi avec les représentants de Jonathan Bamba, en fin de contrat en juin 2018, pour évoquer une prolongation de contrat. Le clan Bamba avait des prétentions salariales supérieures à 100 000 euros par mois cet été, quand le club ne proposait que 35 000 euros. Les performances du joueur grèveront probablement les prétentions de celui-ci. Et la situation du club pourrait le dissuader de prolonger.

Florentin Pogba ne sera pas retenu cet hiver. Le joueur, en fin de contrat en juin, ne sera pas nécessairement prolongé. Son dilettantisme n’est pas compatible, aux yeux du club, avec l’urgence de la situation. L’ASSE essayera en revanche de prolonger le contrat de Kévin Théophile-Catherine, qui s’achève également en juin. Mais le club ne proposera une prolongation que de courte durée.

Kevin Monnet-Paquet, lui aussi en fin de contrat en juin prochain, a terminé la saison dernière très éprouvé et souhaite changer d’air. Selon un proche du joueur, il se rapprocherait d’un départ à Bursaspor (Turquie) dès cet hiver.

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La situation administrative des Verts

Romeyer fragilisé, Caïazzo silencieux

Roland Romeyer est aujourd’hui seul maître à bord à l’ASSE. Au sein du club, il n’y a plus de "contre-pouvoir". Il y a encore quelques mois, quelques années, à l’heure de prendre des décisions, Roland Romeyer pouvait compter sur Stéphane Tessier et Christophe Galtier pour remettre les choix en question, s’interroger et nourrir un débat. Aujourd’hui, entouré d’une cour ne souhaitant pas risquer sa place, Roland Romeyer prend des décisions, comme l’intronisation de Julien Sablé, sans que personne n’ose remettre en doute son bien-fondé. David Wantiez, en charge de la cellule de recrutement, Dominique Rocheteau (directeur sportif) et Jean Marc Barsotti (président de l’association) sont autant de personnalités avec leurs qualités mais pas suffisamment charismatiques ou assez sures de leurs positions pour "tenir tête" à Roland Romeyer.

Fatigué sur le plan physique, le président emblématique du club stéphanois n’aurait pas exclu l’idée de céder sa place. Mais, très pragmatique sur le plan financier, il ne cèdera pas sa place à perte. Le projet de reprise qui pourrait aujourd’hui pousser Roland Romeyer à laisser la barre, serait français, avec la promesse d’un investissement d’envergure et financièrement intéressant pour lui. Autrement dit, un projet peu réaliste.

Pourtant, la position de Roland Romeyer n’a jamais été aussi précaire. Les supporters, auprès desquels il bénéficiait d’une certaine mansuétude au regard de son attachement au club bien réel, l’ont lâché. Aucun groupe de supporters ne souhaite voir Roland Romeyer rester aujourd’hui. La gestion parfois archaïque du club a poussé les supporters à souhaiter un autre modèle. Les pouvoirs publics stéphanois, les anciens Verts, comme Robert Herbin, et les supporters réclament une visibilité à terme, un projet pérenne. Une chose que Roland Romeyer ne peut garantir en l’état.

Bernard Caïazzo, président du conseil de surveillance, fait lui preuve d’un silence inhabituel. Sa position et ses ambitions d’hégémonie sur le club pourraient être revenues et s’être renforcées à mesure que la situation de Roland Romeyer s’est détériorée. Un conseil de surveillance du club, où toute les parties seront présentes, est prévu en cette fin de semaine. Il devrait entériner le départ de David Wantiez, le directeur du recrutement. Un point positif, quand même : le club a des finances saines, qui lui permettent de réfléchir sereinement, au moins sur ce plan.

En vidéo: Christophe Galtier dans Team Duga

Timothée Maymon